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Interview de Pierre-Henry Muller

Par Nounours78

Aujourd’hui une interview de Pierre-Henry Muller, auteur du livre  « Photographie HDR », que j’ai eu l’occasion de lire et de critiquer, dans mon billet du 18/12/2009. Pierre-Henry est ce genre de personnes que j’aime trouver dans la photographie, très disponible au moment de sa vidéo en Time Lapse sur Paris, aucun problème pour le contacter par téléphone et j’ai même eu le droit à une formation sur les objectifs à bascule et à décentrement. J’espère qu’il pourra nous rejoindre à une prochaine sortie photo, car je le sais avec beaucoup de projets sur 2010 donc bon courage.

Je vous laisse commenter l’interview en espérant qu’il vous aide dans vos projets HDR.

Pierre-Henry, peux tu te présenter en quelques lignes ?

Pierre-Henry Muller, je suis un photographe auteur de 29 ans. Je découvert la photo très jeune et l’ai bien expérimenté
au club photo au lycée. C’est avec le numérique que j’ai vraiment pu m’épanouir dans mon style. J’étais trop limité par l’argentique, faire des tests dans des environnements de prises de vues difficiles, revenait bien trop cher en pellicule pour l’étudiant que j’étais.

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Avec le numérique j’ai pu expérimenter pas mal de techniques déjà existantes et m’investir parfois sans le savoir sur des techniques inédites comme l’étais la photo HDR il y a 5 ans maintenant.
Souvent ce sont les limites de la photographie sur une scène donnée qui me pousse à trouver des solutions pour contourner les limites.
On peut citer par exemple le focus blending qui permet d’agrandir la plage de netteté sur des photos macros.

Si j’ai croisé autant de limites en photographie c’est sans doute par les thèmes que j’affectionne le plus à savoir en priorité l’exploration urbaine. C’est un terme générique qui regroupe l’exploration
de lieux abandonnés de tout types (industriel, historique, privé, public, …), l’exploration de sous terrains (carrières, mines, catacombes, galeries techniques, …) et tout lieu peu commun comme les toits d’immeubles ou de monuments par exemple.

Tous ces lieux permettent d’avoir une vision du monde qui nous entoure plus seulement par ce qui est encore visible et imposé par les architectes mais par ce que nos ancêtres ont laissé en ces lieux avant nous. Les historiens et archéologues s’occupent de préserver notre passé lointain mais ils délaissent notre proche passé, celui dans lequel nos parents et grands-parents ont évolués.

On peut parler alors d’archéologie moderne.

Quel est ton matériel photo ?
Je préfère souvent dire que je suis Canon tout simplement et que tout matériel peut faire de belles photos il suffit juste d’être à l’aise avec son appareil.
Mais j’ai noté que beaucoup de personnes sont curieuses, mon appareil principal est un Canon 20D, il n’est plus tout jeune face aux derniers boîtiers dernier cris mais il a été fidèle, a connu les pires situations de prises de vue (poussière, humidité, boue, …) sans poser aucun problème. J’utilise aussi des boîtiers plus récents en location ou en prêt comme le 40D ou 5Dmk2 et j’espère très bientôt le 7D pour des projets bien précis et des usages qui dépasse le 20D (haute sensibilité, résolution élevée, …).
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Pour les optiques, ma principale (80 à 90% de mes photos) est le Canon 10-22mm EF-S équivalent à un 16-35mm en 24×36. C’est une nécessité quand on manque de recul dans des bâtiments, des galeries, des carrières.

En seconde place le Canon 24-105mm EF pour sa polyvalence plus importante que le 24-70, c’est, pour moi, l’optique de reportage idéale. Le traditionnel 50mm EF f/1.4 qui certes n’est pas utilisé à sa juste valeur sur un petit capteur mais qui procure un bokeh très doux et compense pas mal mon manque de haute sensibilité avec le 20D. Enfin pour les longues focales mon choix s’est porté sur le Canon 100-400 EF, il est très polyvalent et même si le système pompe a mauvaise réputation pour la poussière il me procure un
changement rapide et très appréciable de focale. Les accessoires autour sont pour les principaux : trépied, rotule ball, télécommande, flashs, lampes diverses, tête panoramique, câbles TTL, filtres ND et polarisant. Comment est venu la passion de la photo HDR ?
Au départ cela n’était pas une passion mais bien un besoin. Le besoin de faire une photo tel que mon œil l’a vu et à tout moment. Une photo où peu importe si je suis en contre jour, si le soleil est dur, j’ai ce que je vois.

Pourquoi un tel besoin! Tout simplement que lorsque je prévois une journée photo loin de chez moi ou en tant que touriste dans un lieu, je n’ai pas souvent le choix de l’heure à laquelle je vais être sur place et donc trop rarement aux bonnes heures photo (matin et soir).
Alors que faire prendre des photos où se dirent je repasserais plus tard aux bonnes heures. Souvent on n’a pas trop le choix, si vous avez un WE pour aller à tel endroit, que vous avez parcourus des centaines de km, peu importe la météo, la position du soleil, votre session photo doit avoir lieu.

La photographie HDR sert justement à dépasser ces limites habituelles de la photo.

Au début j’ai commencé par faire plusieurs photos en sous exposant ou surexposant certaines pour avoir toutes la plage de lumière, puis j’assemblais le tout avec des calques sous Photoshop.
C’est une technique que les graphistes connaissent bien, qui s’inspire même des masques en carton ou de sable sur une plaque de verre sous l’agrandisseur en argentique. On nomme cette technique DRI en photographie.

Mais le temps nécessaire au traitement d’une photo est exponentiel en fonction des découpes de zones à faire et devient limite impossible si il y a des arbres sur un ciel surexposé par ex.
Un ami lors d’une sortie photo m’a dit mais « pourquoi tu n’utilises pas la fonction bracketing de l’appareil pour faire automatiquement les prises de vues à différentes expositions? »
J’ai alors cherché les usages que les photographes pouvaient avoir avec cette fonction et c’est là que j’ai découvert la photographie HDR qui à l’époque était plus que méconnue (2005).

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Comment es tu arrivé a faire des photos HDR ?

Après cette découverte, j’ai pu explorer les différentes solutions de traitement qui étaient disponibles et mon choix s’est porté rapidement sur un logiciel dédié comme Photomatix qui en était à ces débuts  avec les contraintes que cela avait. Là j’ai repris toutes mes séries photos en plusieurs expositions et j’ai testé ce que cela pouvait donner. A l’époque les algorithmes étaient très peu stable dans les rendus, certaines séries donnait presque immédiatement de très bons résultats alors que d’autres générait du bruit ou des artefacts.

A ce moment j’ai préféré remettre mes photos en cause plutôt que de dire que le logiciel n’était pas bon (puisque tous avaient plus ou moins ce problème). J’ai entrepris alors
de chercher quel type de photo, quel écart de lumière entre chaque, quel sous exposition ou surexposition maximum étaient nécessaire à une bonne photo HDR.

Et de là j’ai pu établir une liste de « règles » pour être quasi sur à l’époque de réussir sa photo HDR à rendu réel.

Il faut savoir qu’en photographie HDR il existe plusieurs rendus :
- le rendu réel ou TTHDR (True Tone High Dynamic Range)
- le rendu de type peinture / extraction de texture
- le rendu de type impressionniste

J’ai vite constaté que le rendu TTHDR était le plus dur car il faut que la prise de vue soit correcte et comporte toutes les informations nécessaires au rendu. Là où avec une mauvaise prise de vue on peut toujours faire un rendu  impressionniste.

Décris nous une séance spécial HDR, et peux tu nous donner une de tes techniques
Mon objectif est qu’une technique de prise de vue photo s’oublie rapidement dans une session photo.
Faisant habituellement toutes mes prises avec un trépied et une télécommande, il ne me reste qu’à programmer une séquence avec la fonction bracketing d’exposition pour faire 3 photos ou plus.
Il me suffit ensuite de contrôler les histogrammes des photos pour m’assurer que toute la plage de lumière est correctement capturée.
Il n’y a donc pas beaucoup de modification dans mes prises de vue habituelle pour faire du HDR mais c’est l’étape la plus importante, elle conditionne à elle toute seul 80% de travail en HDR, mais c’est malheureusement ce travail qui est le plus bâclé par les photographes HDR.

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Le meilleur exemple est que certaines personnes ne font que 3 photos (nombre de base de la fonction bracketing) alors que la scène qu’ils prennent en méritait 9, 12, 15!
Et du coup ils n’ont plus le choix que soit jeter les photos soit faire des rendus artistiques qui pour moi doivent rester un choix délibéré du photographe et pas un traitement par défaut.

Qu’est ce qui te fais choisir un type de rendu HDR plutôt qu’une autre ?
Quand je fais de la photo HDR, je teste toujours en premier lieu le rendu TTHDR et je traite le résultat comme n’importe quelle photo. Le rendu réel est pour moi la raison du HDR, j’apprécie et j’aime les HDR impressionniste mais je n’ai pas trouvé beaucoup de photos de mes séries qui soient vraiment adaptées à cela.

Si j’estime que le rendu réel n’apporte rien à la photo j’ai plusieurs solutions, soit j’opte pour une des photos seule sans traitement HDR pour récupérer l’effet de halo lumineux d’un ciel par ex, soit je refais le traitement HDR en essayant si un rendu peinture ou impressionniste rend mieux pour cette scène.

Au final je dois avoir pas plus d’une dizaine de photos HDR impressionniste pour presque 3/5 de mes photos qui sont en TTHDR, le reste étant des photos normales ou panoramiques.

Quel logiciel utilise tu pour faire tes HDR et ton post traitement ?
Pour la fusion HDR et l’Exposure Fusion j’utilise principalement Photomatix Pro, mais Photoshop est incontournable pour les HDR de nuit, il ne génère pas de bruit numérique ou d’artefact dans ces scènes difficiles là où les concurrents tentent d’éclaircir à tout prix un ciel très sombre.
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Ensuite j’exporte le rendu en fichier TIFF 16 bits et je traite cette nouvelle photo comme les autres non HDR dans Lightroom.

Après j’ai tendance à ne pas chercher à traiter le contraste ou la saturation dans les étapes du HDR mais gérer cela après dans la post production.
Ce qui fait que mes photos HDR sont souvent pâles et peu contrastées à la sortie de Photomatix.

Pour un photographe qui débute dans le domaine de la photo HDR, quels sont les 3 conseils que tu pourrais donner ?
1 – J’invite tout débutant (il n’y a pas de mal à cela, on y est tous passé) et curieux à découvrir le HDR, ses applications, ses bénéfices, ses contraintes et tous les conseils que j’ai pu donner au Salon de la Photo 2008 et au club photo de Vincennes Images. J’ai pu enregistré en vidéo la conférence au club de Vincennes et elle est disponible à cette adresse :
http://www.photo-hdr.com/tutoriaux/expose-sur-la-photographie-hdr

2 – La prise de vue étant primordiale pour bien réussir une photo HDR, le deuxième conseil est tout simplement de bien s’appliquer et de prendre son temps pour faire ses premières prises de vue en bracketing. Trop souvent j’ai des retours de personnes déçus de ne pas arriver à un résultat correct et quand je leur demande à voir les photos sources je me rend compte que bien souvent seules trois photos ont été prises alors que la personne s’était attaqué à une scène difficile comme un contre jour avec un soleil puissant.
Il vaut mieux faire trop de photos, quitte à ce que les plus sombres soient toute noires et les plus claires toute blanche, que de rater sa prise de vue. C’est avec l’habitude qu’on arrive à estimer le nombre de photos. Ce conseil est valable aussi pour le fait de ne pas bouger l’appareil photo pendant la séquence.

3 – Ne pas se décourager, les débuts ne sont pas forcément simples, il faut connaître un peu son boîtier pour trouver le bon écart entre les photos, tester plusieurs logiciels car chacun ont leurs styles.
Si le résultat n’est pas celui espéré, recommencer, être critique sur les paramètres de sa prise de vue, trouver et tester plusieurs pistes d’amélioration pour sa prochaine prise de vue.

Promets-tu de nous tenir informé de tes prochaines séries ou livre ?
Oui bien sur, cela sera à mon avis plus facilement des séries que des livres car le travail est assez conséquent pour un livre. Cela reste une très bonne expérience mais je garderais toujours en mémoire une phrase de Jean-Christophe Courte qui a fait que ce livre existe : « il y a un fossé immense entre la volonté d’écrire un livre et avoir le premier exemplaire dans ses mains ».

Actuellement je termine un projet artistique en collaboration avec Canon et Focus Numérique qui consiste en une vidéo time lapse avec la dernières optique à bascule et décentrement le TS-E 17mm, elle devrait être diffusée courant décembre.

D’autres projets à échéances plus lointaine sont en phase de réalisation, cela sera pour 2010.


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