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Arnaud Fleurent-Didier – La Reproduction

Publié le 17 janvier 2010 par Mathieugandin

Arnaud Fleurent-Didier – La Reproduction

C‘était le matin, Patrick se trouvait dans la salle de bain, il se tenait face au miroir et avait du mal à se raser. D’habitude, il exécutait ce geste avec un certain automatisme, comme une procédure enregistrée au fond de son cerveau, destinée à être exécutée à heure fixe. Mais ce matin, il restait pensif, la faute à l’application qui diffusait la radio dans son téléphone portable, qu’il avait écouté avec une surprenante curiosité pour une fonction dont il avait bien du mal à comprendre l’utilité. Mais en ce matin d’octobre, il avait décidé de perdre un peu de son temps sur les ondes hertziennes, comme une rémanence du siècle dernier. Il avait alors entendu une chanson française, France Culture, qu’il avait trouvé sur le moment un peu idiote, il ne comprenait pas cette voix monocorde et cette orchestration qui semblait venir d’un autre temps. Il n’y connaissait pas grand-chose à la musique d’ailleurs, tant sa vie tournait autour de codes de programmation, de batchs et de langages orientés-objets. Arnaud Fleurent-Didier, c’était le nom du compositeur de la chanson en question, l’animateur l’avait comparé à Delerm, Katerine ou encore Houellebecq. Des noms qui ne disaient rien à Patrick, mais un détail l’avait interpelé, Arnaud Fleurent-Didier avait été ingénieur avant de faire de la musique.

Il était ingénieur en informatique et se demandait bien pourquoi Arnaud Fleurent-Didier s’était mis à la musique. C’est à ce moment que Patrick s’est rappelé de trois inactifs qui étaient dans la même section que lui en école d’ingénieur. Il y avait le barbu, qui avait de bons résultats scolaires, l’orgueilleux à lunettes, et le grand brun timide. Ces trois là trainaient souvent ensemble, parlaient beaucoup de musique, parfois même en disant qu’ils en feraient et de la bien bruyante. Le barbu prendrait la guitare, l’orgueilleux à lunettes la batterie et le grand brun timide à la basse. Patrick ne comprenait pas bien ce qu’ils pouvaient trouver d’intéressant à tout ça, il préférait snober les gens, surtout quand on lui demandait de l’aide, un bon moyen pour se préparer au difficile milieu du travail. Et il aimait plus que tout développer l’interface homme-machine d’un programme informatique développé en C++.

Ces trois-là étaient sûrement le résultat d’une éducation trop laxiste, des parents soixante-huitards, des anciens hippies ou bien des gauchistes. Patrick n’avait pas eu de ça pendant son enfance ; ces parents qui haïssaient Mitterand l’avait envoyé chez les scouts, l’avaient éduqué avec des valeurs républicaines et religieuses. Il sentait bien que ces trois-là n’étaient pas comme lui, mais il riait à l’intérieur de lui-même en imaginant la fin de leurs stupides illusions de jeunesse, qu’ils ne suivraient pas complétement la voie d’Arnaud Fleurent-Didier. Le barbu finirait peut être par lâcher prise avec ce monde d’ingénierie, l’orgueilleux à lunettes arrêterait de faire le malin, écrasé par une tonne de boulot, quant au grand brun timide, il risquerait de vite s’effacer tant il ne dit rien et passe son temps à observer les gens, ou à rester coller à sa copine. D’ailleurs il le détestait aussi pour çà, car depuis le début de l’adolescence de Patrick les filles s’étaient tout le temps moquées de lui et de son évidente laideur. Depuis, comme pour répondre à de vieux désirs qui le dérangeaient, il s’était mis à payer quelques filles ; et de temps en temps Patrick se sentait détendu lorsqu’il jouissait dans la bouche de ces dernières.

Ces souvenirs étaient revenus dans la tête de Patrick, une autre fois sur le trajet qu’il empruntait tous les matins pour se rendre à son bureau situé aux Ulis. France Culture était repassée dans son autoradio. Dans son automobile, il n’avait pas eu le temps de voir la sortie d’autoroute, et pour ne pas perdre de temps il tourna immédiatement, sa voiture heurta violemment la barrière. Patrick en avait oublié sa ceinture de sécurité, son corps fut expulsé hors de son véhicule, au travers du pare brise. Sa tête fut écrasé sur le béton, son bras disloqué, sa jambe tordu, ces côtes écrasée quand il rebondissat une deuxième fois sur le terre-plein. Il mourrut instantanément alors que le sang coulait abondement de son crâne et formait une sorte de marque indélibile avec le béton. Sa dernière pensée fût celle d’un Risotto Aux Courgettes

Arnaud Fleurent-Didier – La Reproduction

Par Mathieu

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