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Nicolas Sarkozy à Mayotte : le chantage colonial ?

Publié le 19 janvier 2010 par Juan
Nicolas Sarkozy à Mayotte : le chantage colonial ?
Nicolas Sarkozy est à Mayotte lundi 18 et mardi 19 janvier. Le président français peut célébrer les 90% de votes favorables à la transformation institutionnelle du territoire en département français. Dans la ville de Mamoudzou, des tentes et des enceintes de 35 000 watts ont déployées sur l'esplanade pour quelques minutes de discours. Rien n'est trop beau pour la visite inespérée du Monarque élyséen.
A Mayotte, l'identité nationale reconnaissante.
L'île, située à quelques miles marin des Comores, accueille à son corps défendant quelques 30 000 clandestins chaque année. Près de la moitié d'entre eux sont expulsés, et viennent discrètement gonfler les statistiques d'éloignements du ministère de l'Identité Nationale. En milieu de journée, lundi 18 janvier, Nicolas Sarkozy a rencontré des "acteurs" de la lutte contre l'immigration clandestine. Le Monarque a besoin de se réconcilier avec l'Outre Mer. Et Mayotte est un terrain de jeu sur mesure pour lui. Le président de la collectivité a même déclaré férié ce lundi 18 janvier, en l'honneur de la visite du Monarque. L'Empire français n'est pas mort.
En mars 2009, près de 92,5% des électeurs de Mayotte avaient voté oui à la question : « Approuvez vous la transformation de Mayotte en une collectivité appelée ‘département’, régie par l’article 73 de la Constitution, exerçant les compétences dévolues aux départements et aux régions d’outre-mer? ». Le référendum organisé ayant été un succès, Nicolas Sarkozy a pu se montrer lyrique. Paraphrasant avec maladresse François Mitterrand qui déclarait en 1954 "L'Algérie, c'est la France !", le président français s'est écrié devant 10 000 Mahorais: "Mayotte, c'est la France !". Le Monarque évacue ainsi d'une main le contentieux qui demeure avec les Comores, qui réclament le rattachement de Mayotte.  Pourtant, son discours fut plutôt ferme et peu conciliant. Maintenant que Mayotte deviendra le 101ème département français, Sarkozy est confronté à d'autres problèmes : la mise en place des dispositifs sociaux de métropole (comme le récent RSA), et surtout l'immigration clandestine, en provenance des Comores voisines, qui est endémique. On parle de 60 000 sans-papiers, pour une population totale de 190 000 personnes. Sur place, Sarkozy s'est félicité mais a bafouillé des chiffres contradictoires. "Près de 20 000 étrangers en situation irrégulière ont été éloignés en 2009 ! C'est presque autant que pour tout le territoire métropolitain !" Les statistiques d'éloignements d'Eric Besson (29 000 en 2009) incluent pourtant pas les expulsions depuis Mayotte. Le ministère reste très discret sur les pays de retour des clandestins expulsés. Sarkozy s'énerve ensuite : "Qui n'a pas croisé à Mayotte un voisin que l'on savait reconduit vers les Comores quelques jours plus tôt ? Qui n'a pas donné un travail à un Comorien que l'on savait en situation irrégulière ? Il faut mettre fin à une vaste hypocrisie: près de 15 000 travailleurs à Mayotte sont des clandestins". Pas un mot sur les conditions de rétentions des clandestins. la France s'est faite épinglée sur le sujet par un reportage télévisé en 2008. Mayotte n'a même pas été incluse par Eric Besson dans sa liste des sites insalubres qu'il entendait fermer et moderniser, liste qu'il a communiquée la semaine dernière.
Le malaise social, comme ailleurs en Outre-Mer, est également patent : « Une brique de lait est vendu à deux euros , une plaquette d’œufs atteint le prix de 10 euros , le prix d’un kilo de poissons dépasse 5 euros , comment voulez-vous que la majorité des gens s’en sortent du fait notamment de l’inexistence des minima sociaux et de l’éloignement de ce territoire, dépendant des produits importés de la France métropolitaine et d’ailleurs ? » expliquait un responsable syndical local à RFO ces jours derniers.
Le problème Outre-Mer
Il y a quelques jours, le référendum sur l'autonomie relative de la Martinique et la Guyane a été un échec pour les autonomistes. Les 18 juin et 2 septembre 2009, les conseillers généraux et régionaux de la Martinique et de la Guyane avaient réclamé au gouvernement l'organisation de ce référendum, dans la foulée de la tenue des Etats généraux de l'Outre-Mer. L'argument gouvernemental a porté, un chantage à la réduction, voire la suppression des aides de l'Etat à ces territoires parmi les plus pauvres de la République. «Le jeu de la peur a très bien fonctionné» a expliqué Christiane Taubira. Le référendum portait seulement sur la constitution d'une collectivité territoriale unique, et non pas l'indépendance. Le "chantage colonial" a-t-il joué à plein ?

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