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L’Afghanistan, une guerre de l’inutile ou un prétexte ?

Publié le 19 janvier 2010 par Philippejandrok

Errare humanum est sed persevare diabolicum

L’erreur est humaine, mais persévérer est diabolique

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L’Afghanistan est ce pays d’Asie Centrale qui a toujours posé un problème aux autres nations, tous les empereurs, rois et seigneurs de guerre de l’antiquité jusqu’au XVIIIe siècles ont été confronté à une lourde résistance de la part d’une population constituée de peuplades ennemies rivales et aguerries au combat.

En conséquence, cette zone tampon n’a jamais pu être soumise à l’autorité d’aucune nation, et si ce fut le cas, jamais très longtemps.

Dans la seconde moitié du XXe siècle, en 1979, les Soviétiques ont commis l’erreur d’investir l’Afghanistan en croyant naïvement prendre le pays par la force ; mal leur a pris, car une guerre en territoire Afghan est une guerre de maquis qui n’épouse aucune règle stratégique traditionnelle d’Occident ou d’ailleurs.

Quoique les Soviétique avaient développé une méthode sordide comme celle de jeter des jouets minés près des villages pour handicaper les enfants, de sorte que les parents étaient supposés s’occuper de leur progéniture malade sans avoir le temps de former une rébellion hostile à l’Union Soviétique et à son armée. On avait là une guerre ouverte contre la population civile.

Les Afghans, fortement aidé par les Américains sous l’administration Reagan, et particulièrement par le Député Démocrate du Texas au Congrès de 1973 à 1997, Charlie Wilson - acteur incontournable de la fameuse « Opération Cyclone » en Afghanistan de 1979 à 1989 – celui-ci en convaincant le Congrès des USA, à fourni des équipements modernes de combat comme des lance-roquettes destinés à abattre les hélicoptères soviétiques et les chars, or grâce à ces équipements les tribus afghanes ont porté un coup fatal à l’économie soviétique.

En effet, le coût d’un hélicoptère abattu et celui de chars de combats s’élevaient à plusieurs millions de dollars, ces sommes ajoutées les unes aux autres étaient bien trop importantes pour une économie soviétique déjà au bord de la faillite, favorisant de sorte leur retrait et leur abandon total d’un conflit que l’on qualifia de Vietnam Russe.

Nous avons là, le parfait exemple d’une guerre remportée par la destruction lente et inévitable de l’économie d’un pays puissant, l’Union Soviétique. Si les Hongrois en 1956 et les Tchèques en 1968 avaient bénéficié de l’appui de l’Occident, ces révolutions auraient changé le cours du monde.

Les Afghans insoumis et victorieux ont cru par la suite pouvoir instaurer un état islamique dirigé par des tribus dominantes ultra religieuses, les Talibans en 1989, mais cet état fut renversé par une coalition internationale en 2001. Malgré tout, la République Islamique fut restaurée en 2004 jusqu’à aujourd’hui.

Depuis, le pays est livré à la terreur des Talibans qui n’ont peur de rien, ni de personne et qui ne reconnaissent pas la légitimité de l’état Afghan. Pour continuer leur lutte armée ils cultivent en tout impunité d’immenses champs de pavot pour fabriquer de l’héroïne qu’ils écoulent dans le monde en échange d’équipement de guerre ; trafic extrêmement lucratif leur servant à engager des soldats combattants dont la solde est de 200 dollars plus élevée que la solde officielle de l’armée Afghane, ce qui explique le nombre important de désertions de la part des soldats Afghans au profit des Talibans.

Malgré l’insistance des USA pour détruire les plantations de Pavot, le gouvernement Afghan refuse cette action qui mettrait un terme à la terreur des Talibans, sans pavot, pas de drogue, pas de financement. Politique de la terre brûlée, ancienne certes, mais utilisée par les Américains au Vietnam avec l’Agent Orange fabriqué par Monsanto.

On est en droit de se demander pourquoi le président Karzai s’acharne à refuser cette disposition ? La légitimité de l’exploitation de la drogue serait-elle la seule ressource de revenus des Talibans et des Afghans ?

Les Occidentaux vendent des armes de guerre et des usines, les Afghans, de l’héroïne, c’est malheureusement une marchandise comme une autre, une économie dans un monde prisonnier d’un système capitaliste de plus ou moins libre/échange.

À présent, les Américains, comme toujours, victimes de leur arrogante supériorité et de leur volonté de croire qu’ils sont les gendarmes du monde tout en étant responsables d’une grande partie des conflits actuels, décident d’éliminer les Talibans qu’ils ont eux-mêmes formés et équipés contre les Soviétiques quelques années plus tôt.

Y parviennent-ils ?

Certainement pas, ils ne sont pas entrainés à réfléchir à un autre type de guerre que celles qu’ils connaissent et on pourrait les comparer à un taureau enragé fonçant dans le tas sans réfléchir, car les Talibans pratiquent une autre guerre, une guerre de maquis à laquelle les américains ne sont pas préparés. « L'investissement humain et matériel en Afghanistan est démesuré par rapport au résultat obtenu.» (officier français)

Ainsi, des dizaines de milliards de dollars sont inutilement dépensés en formation, recherche, consulting, et les spécialistes en stratégie américains sont incapables de faire face à la réalité du terrain Afghan, tant humain que géographique. Ils continuent à appliquer des stratégies tactiques, héritées de la seconde guerre mondiales, de la guerre de Corée et de celle du Vietnam. Ils ne réalisent pas que pour gagner ce que l’on qualifie de guerre asymétrique, il faut développer d’autres ressources. Mais ils gardent systématiquement la même attitude qui provient d’une éducation de la concurrence et non de celle de l’entraide :

- C’est nous qu’on est les meilleurs, Dieu est avec nous, c’est nous qu’on va gagner, parce que c’est nous qu’on est les plus intelligents ! »

Et bien non, je regrette et Dieu est aussi avec les Talibans qui défendent la terre de leurs ancêtres contre un énième envahisseur. À force de continuer bêtement à fonctionner de la sorte, les Américains quitteront l’Afghanistan comme les Soviétiques, en n’ayant rien gagné hormis des morts et de la haine de la part des populations civiles, exactement comme cela se passe actuellement en Irak.

Les bavures de l’armée Américaine sur place sur les populations civiles sont déplorables, et on a du mal à imaginer que le haut commandement américain soit si peu capable, si peu enclin à comprendre cette réalité.

Au lieu d’exterminer les populations civiles, surtout par erreur et par bêtise, ils feraient mieux de les aider à améliorer leur quotidien pour s’en faire des amis qui les aideraient à détruire les Talibans, mais aujourd’hui, les Talibans sont moins détestés que les Américains sensés venir aux secours des Afghans, quelle ironie.

D’autres parts, la politique de formation des soldats Afghans est toute à l’image de cette arrogance Yankee.

- On arrive avec nos gros sabots, c’est nous qu’on est les champions de la stratégie et on va vous apprendre à vous battre et à tuer les méchants.

Sincèrement, croient-ils vraiment qu’ils vont apprendre aux Afghans à se battre, quand on constate que les Talibans ne sont même pas des soldats surentraînés, qu’ils se débrouillent très bien avec une Kalachnikov, alors qu’ils ont en face des soldats suréquipés portant des combinaisons, des charges beaucoup trop pesantes pour mener une guerre intelligente contre des petites unités agressives qui se déplacent et se réfugient dans des grottes secrètes ? Des bouseux qui mettent en échec les armées les plus puissantes de la planète ?

Il suffit de voir la malheureuse patrouille Française dont les soldats ont été exécutés sur place. Les rebelles étaient certainement moins bien équipés que nos soldats et pourtant, ils ont le dessus, c’est là que la réponse se trouve.

Pour combattre un ennemi il faut apprendre à le connaître et à le comprendre, ensuite penser comme il pense, c’est le seul et unique moyen de vaincre un ennemi qui se rend invisible. Les Russes ne l’ont pas compris et les Occidentaux prennent le même chemin.

Un grand bravo à l’arrogance de ces nations judéo-chrétiennes, persuadées d’être plus intelligentes que les autres.

Il me semble que les Britanniques au XIXe siècle ont vécu leur plus cuisante défaite coloniale contre des sauvages Zoulous armés de boucliers de peau et de Sagaies, combattant contre des fusils Lee Enfield, des mitrailleuses et des canons, lors de la bataille d’Isandhlwana le 22 janvier 1879 en Afrique du Sud. 23 500 Zoulous ont littéralement balayé six compagnies du 24e régiment d’infanterie et d’un contingent de sa majesté.

Les militaires connaissent aujourd’hui tout des batailles d’Alexandre, celles de Jules César, des batailles Napoléoniennes, celles de W. Churchill, mais c’est à croire qu’ils ne comprennent rien à la réalité de terrain pour être aussi peu efficaces. À quoi bon avoir une éducation militaire, une armée ultra moderne si celle-ci se montre incapable de maîtriser quelques « barbares » ?

Encore une preuve de l’incompétence de ceux qui savent toujours mieux que les autres et des gouvernants qui les laissent agir. On n’apporte pas des méthodes occidentales pour contrer une méthode orientale qui a fait ses preuves depuis des centaines d’années.

On ne compare pas ici un combat de chars allemands contre un régiment de Hulans Polonais, mais bien des rebelles invisibles, indétectables, capables de surgir à tout moment pour décimer l’ennemi, et malheureusement avec succès.

Là encore, on constate que la présence américaine n’est pas dénuée d’intérêt, c’est que les américains écoulent, entres autres, leur fameux M-16 désormais obsolète en l’imposant aux soldats de la coalitions donc aux soldats Afghans, alors que l’armée US est à la recherche d’un nouveau fusil d’assauts plus adapté aux guerres modernes, car le M-16, ne fait plus le poids. Il n’y a pas de raisons.

Les Afghans seraient bien inspirés de se rapprocher de l’arme Française le fameux Famas, une arme dont la légèreté est légendaire sans parler de sa précision. Mais que voulez-vous, chaque guerre est une affaire de gros sous qui cache bien des secrets que nous découvrons après coup avec effroi.

Pour conclure, cette guerre d’Afghanistan ressemble à une farce organisée qui coutera la vie à de nombreux jeunes soldats et qui ne viendra jamais à bout de la résistance des Talibans, et ce n’est d’ailleurs peut-être même pas le véritable objectif des Occidentaux.

Nous vivons une époque formidable…


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