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"Le vrai trésor, c'est l'amour"

Par Ernestoviolin

Le Trésor De Rackham Le Rouge

Après les considérations métaphysiques du précédent, Hergé met un peu d'eau dans son vin et retourne à une valeur sûre : la chasse au trésor. Dès le premier jour de sa vie, Tintin prit la route de l'Île au Trésor. Il n'avait pas d'autre carte que son coeur, oui! son coeur se languissait d'une Île au Trésor. Ses parents, à la maison, lui disaient qu'il ne réussirait pas, mais il écouta son coeur, oui! son coeur se languissait d'une Île au Trésor. Il dut d'abord se constituer un équipage, le Capitaine Haddock, le professeur Tournesol et le brave Milou, et en route pour l'Île au Trésor !

On pourrait croire que le professeur Tournesol est un personnage sympathique mais faible (comment baser tout un caractère sur la surdité et des références obscures à la savate ?) mais on se tromperait lourdement. Après tout, il sert de déclencheur dans Les Sept Boules de Cristal, L'Affaire Tournesol ou Objectif Lune. Sa douce folie rappelle les bouffons shakespeariens et leur sagesse tortueuse (on gagne souvent à relire ses interventions six ou sept fois.) Sa première apparition ici est remarquable grâce au fameux requin mécanique, qui contrairement à la fusée lunaire ne sera pas construit en vrai quelques années plus tard.

Il faut être honnête : si Hergé ne s'est pas foulé pour le scénario (la deuxième apparition du voyage inutile qui renvoie à un trésor caché sous nos yeux), ses décors sont féériques et enchantent encore un demi-siècle plus tard. Gardant le meilleur des vieilles légendes de pirates (trésor, épave, perroquets), rappelant par moment l'esprit enchanteur des premiers Monkey Island, il transporte dans des îles fantasmées de jeunes lecteurs qui deviendront plus tard profs, plongeurs ou magasiniers et ne partiront jamais nulle part. Hergé réinvente le baume au coeur, et permet à toute une fange de la population de savourer l'exotisme à distance.

La fortune sourit aux audacieux : à la fin de l'album, le Capitaine devient propriétaire de Moulinsart. Le vieux loup de mer incontrôlable se condamne lui-même à la muselière. Le navigateur furieux que nous avons appris à aimer va jeter l'ancre dans des eaux tempérées et bourgeoises pour ne plus jamais parcourir les vastes étendues océanes. C'est triste (le Capitaine, tout flamboyant qu'il soit, finira lui aussi par mourir un jour) mais le repos sera de courte durée : rien ne pourra jamais calmer sa rage de vivre, et il repartira rapidement à l'aventure, poussé malgré lui par la bougeotte qui frappe les vieux marins quand ils approchent de la tombe.


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