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Dominique de Villepin et le jugement impossible

Publié le 24 janvier 2010 par Exprimeo
A partir du moment où des institutions glissent sur des terrains mettant en cause les qualités essentielles de leurs fonctions, la radicalisation de l'opinion devient redoutable. Une démocratie apaisée ne peut reposer sur une hiérarchie de pouvoirs. Elle ne peut exister qu'à partir d'une diversité de fonctions dans des conditions d'équilibre et de déontologie respectueuses des attributions et des valeurs de représentations de chaque fonction. La fonction d'information traverse une crise ouverte. Vincent Peillon a ouvert un dossier qui va connaître de nombreux rebondissements à l'exemple des derniers développements ce matin lors d'un échange sur Europe 1 entre François Bayrou et Jean Pierre Elkabbach (voir vidéo ci-dessous). Il en est de même pour la justice. Un procès est d'abord une tragédie parce qu'il met en cause des questions d'honneur et expose à des sanctions majeures. C'est donc un acte grave qui ne doit jamais être instrumentalisé. Si chacun s'accorde à reconnaître que la justice est humaine, elle ne peut en effet devenir inhumaine au point de laisser le moindre doute sur le fait qu'une relation de pouvoir pourrait, de façon directe ou indirecte, conduire à briser l'innocence d'un individu. C'est pourquoi, elle doit d'abord s'inscrire dans la logique rigoureuse de règles de droit claires qui sont un devoir déontologique pour les juges mais aussi une protection pour chaque justiciable. Dès qu'une institution s'éloigne de ses principes fondateurs, elle prend le risque de s'exposer à un naufrage d'ampleur. La justice est rendue au nom du peuple. La décision de justice doit être aussi comprise et acceptée par le peuple. Or, la politisation du procès Clearstream va poser d'énormes difficultés au moment du rendu de la décision. C'est désormais devenu un sujet trop emblématique. Par conséquent, la semaine à venir sera d'abord une nouvelle épreuve pour les équilibres institutionnels car chacun cherchera à interpréter ce qui a fait la décision au-delà du droit. Ce seul constat est déjà un terrible échec pour le pouvoir garant du bon fonctionnement des institutions dont le cheminement serein, impartial de la justice. Quand un système de pouvoir connaît déjà deux fonctions en crise (le Parlement et l'information), il est à craindre que l'ouverture d'une crise supplémentaire d'une autre fonction (juger) devienne une épreuve redoutable. Cette radicalisation fait que le jugement sur Clearstream ouvrira une nouvelle crise presque sans rapport avec son contenu. Il est ainsi devenu le jugement impossible. NB : dans un billet précédent, nous avions titré "la condamnation bienvenue" pour montrer que même cette hypothèse ultime ne serait pas de nature à remettre en cause certaines décisions de Dominique de Villepin. Ce titre est une erreur dans la forme et une faute sur le fond. Il est une erreur sur la forme car il peut être interprété comme une acceptation d'instrumentalisation d'une procédure ; ce que nous dénonçons par ailleurs. Il est une faute sur le fond car imaginer qu'une condamnation injuste puisse être "positivée" n'est pas concevable pour tout individu innocent. Nous présentons donc nos excuses aux internautes qui lisent nos billets pour ce titre inapproprié et les remercions pour les messages adressés à ce sujet.

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