Magazine Journal intime

Queenstown souffle le froid et le show

Par Simplybrice
Fais pas ci, fais pas ça.
Lève-toi donc de bonne heure, ça te fera pas d'mal.
Mange équilibré et puis brosse toi les dents.
Mets une petite laine, tu vas attraper froid.
Remets-toi à l'écriture, espèce de gros feignant.


Bon, d'accord... Essayons. A reculons mais essayons.

J'arrive à Queenstown. C'est en théorie ma dernière base avancée dans le sud reculé. Sur la carte, au sud de la ville, les autres options tiennent plus de repères à moutons que de lieux d'habitation humaine. Tenons-nous en à ça.

La ville, car c'en est une, est renommée mondialement. Ici, tout est possible ou presque pour peu qu'on veuille s'envoyer en l'air. Le saut à l'élastique autrement que sous la forme d'un rituel papou où on s'accroche une liane aux chevilles a été inventé ici. Ca vous plante le décor. Certains l'appellent un paradis pour touristes, moi j'hésite encore. Chaque enseigne ou presque y est dédiée; on ne compte plus les agences de voyages, les restaurants en passant par les magasins de souvenirs. La ville manque singulièrement d'authenticité malgré le décor dantesque au milieu duquel elle est plantée, en bordure d'un lac magnifiquement ourlé de montagnes dont les sommets sont encore tapissés de blanc neigeux. Le problème aussi, pour peu que c'en soit un, est qu'une échoppe sur deux est un tripot ou une enseigne vendant exclusivement des bouteilles d'alcool, que l'énorme majorité des passants en sac à dos a une vingtaine d'année ou moins, que c'est une beuverie à ciel ouvert où chacun hurle à qui veut l'entendre ses effusions d'adrénaline du jour. En gros, c'est la foire et rare sont les recoins où on peut échapper à la vague de foutre et d'hormones dans laquelle je peux me fondre à l'occasion mais qui ici tient plus du pugilat pour adolescents décérébrés que des après-midi "thé dansant" de Jacques Martin.

Par exemple, le second soir sur place, je me pose tranquillement à une table posée entre la cuisine de la GH et les baies vitrées donnant sur le lac, mon ordinateur devant les yeux prêt à te pondre une symphonie de lettres. Cinq minutes plus tard, un groupe de sept personnes arrive avec des pacs de bières, des bouteilles de vodka et autres, de quoi se substenter si la fin du monde est pour demain, avec encore la possibilité d'inviter toute une caserne tant le stock respire les grands espaces. De mon côté, je me fais tout petit et attends l'apaisement ne pouvant décemment pas être à ce que je fais dans cette ambiance de corrida. Puis, comme l'apaisement n'est d'évidence pas dans le vocabulaire local qui décline le mot "brailler" et l'expression "à tue-tête" à l'infini, je boucle mes petites affaires pour installer mes neurones littéraires ailleurs. Seulement, en tentant de quitter la place, je me fais remarquer des sonneurs qui m'invitent aussi sec à m'imbibiber à leur compte. Comment veux-tu que je me recentre sur mon Ying pendant que mon Yang danse la valska, la valse de la vodka? D'autant que je ne suis pas de là, les verres se déversent comme les seaux dans l'Apprenti Sorcier, l'heure tourne et dès le tout petit, minuscule matin, j'entame ma phase active si tant est que boire des coups à la dure avec des vikings australiens équivaut à se la couler douce.

En effet, au matin de mon troisième jour, je me lance dans une opération "quatre fers en l'air", à la découverte du deltaplane. Le rendez-vous est à 8h, je fais partie et j'en ai fais le choix de la première escadrille. Voilà pourquoi je ne suis pas mécontent quand, alors que je suis encore atablé avec l'équipe des gosiers en chaleur, le veilleur de nuit intervient suite à la plainte de tous ceux qui dorment dans un rayon de 2km. On se fait virer purement et simplement. Plus besoin d'avoir à s'excuser de quitter son verre, le bon sens veut qu'on ne discute pas avec un maori de plus de 100kg. L'écriture est donc passée au second plan, momentanément recalé à l'autel de la soif sans soif.

Durement touché par la bouteille et un coucher qui tangue, je suis le dernier à rejoindre le minivan conduisant les voltigeurs sur les contreforts d'une montagne dominant Queenstown; le deltaplane c'est comme le parapente, si tu décolles du niveau de la mer, tu n'as que peu de chances d'en découdre avec les aigles.
En plus de ma petite personne, une famille de coréens attend d'en découdre avec Eole. Ils sont quatre, les parents plus deux filles d'une quinzaine d'années. Parmi eux, tous trépignent sauf le père qui, sauf retournement de situation, joue le role du photographe sans envol.
Le minibus arrêté, tout le monde descend. Les touristes profitent de la vue, les moniteurs montent les voiles.
Puis, un ordre de passage s'instaure. Les filles décollent en premier. Ce sera ensuite au tour de la mère et moi, sur deux deltaplanes différents, il va sans dire... J'ai donc tout le temps de profiter de l'endroit ainsi que du breefing auquel ont droit les futures hirondelles. Celui-ci fini, elles décollent l'une après l'autre, se lançant gaiement dans une pente dans laquelle il ne ferait pas bon se prendre les pieds dans le tapis à l'heure du grand voyage. D'ailleurs, au moment où c'est à moi qu'on fait le discours introductif, je pose la question :

- Qu'est ce qui se passe si la phase de décollage ne se déroule pas comme il faut et qu'on ait besoin de remonter?

Réponse laconique :

- Il faut qu'on décolle, il n'y a pas de plan B.

Soit.
On m'équipe alors d'une combinaison spatiale ou presque, d'un casque et mon guide m'appelle. C'est l'heure. Lui et moi sommes alors tous deux attachés aux montants portant la voile, le vol est en tandem, sécurité avant tout!!
Portant l'ensemble, on se dirige alors vers la pente. Dernières recommandations d'usage avant l'ultime compte à rebours. 3, 2, 1, chargez!!!!!

En moins de cinq pas, le plancher des moutons n'est plus qu'un lointain souvenir pour la plante des pieds et celui-ci s'éloigne à vitesse grand V à mesure que l'on s'éloigne pour rejoindre la vallée.

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