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En Suisse, le chef d’entreprise fait encore rêver. En France, il est suspect

Publié le 28 janvier 2010 par David Talerman

onde-de-chocJ'ai suivi avec un grand intérêt il y a deux jours sur France 2 une émission intitulée "La réussite en héritage" (Onde de choc), où des journalistes ont suivi plusieurs jeunes issus de milieux très différents : le fils d'Alain Afflelou, des fils d'immigrés, des jeunes issus de "bonnes familles" et de classes sociales plus modestes etc... avec pour objectif de voir l'impact de la provenance sociale sur la réussite professionnelle. Le reportage, plutôt réussi était animé par la journaliste Marie Drucker.

Ce reportage m'a aussi intéressé parce qu'il mettait indirectement en perspective des valeurs fondamentalement différentes en Suisse et en France : la culture du travail, l'impact de l'environnement social, la relation que les individus ont avec le succès, et l'impact des diplômes sur la réussite.

En France, le chef d'entreprise est suspect, en Suisse il peut être un modèle

En fin d'émission, l'invité Marc Fiorentinno, fondateur d'Allofinances, a fait une remarque très intéressante, en disant qu'en France, les jeunes ne pouvaient s'identifier ou rêver d'être chef d'entreprise ou entrepreneur, pour la simple et bonne raison que dans l'imaginaire collectif, le chef d'entreprise est "suspect". Suspect car s'il a réussi, c'est probablement en exploitant les autres. Et puis en France, la réussite sociale, lorsqu'elle s'affiche, est mal vue. Dans les autres pays, comme les États-Unis ou le Royaume-Uni, s'est exactement le contraire.

Autre commentaire très intéressant : quand vous regardez la liste des 50 personnalités préférées des Français, pas un seul chef d'entreprise, il n'y a que des comiques, acteurs et sportifs... Ça laisse songeur.

La question que je me suis posée immédiatement est : comment ça se passe en Suisse ? Le chef d'entreprise est-il aussi mal aimé ? Dans l'imaginaire collectif, on n'a pas ici la même relation avec le succès ni avec les chefs d'entreprise : il y a en Suisse une vraie culture du travail, et les entrepreneurs sont plutôt montrés en exemple. De là à dire qu'ils font rêver, je ne sais pas, mais ce qui est certain, c'est que quelqu'un qui réussit en Suisse n'apparaît pas comme un paria.

Si les Français qui réussissent scolarisent leurs enfants en Suisse, ce n'est pas pour rien...

La Suisse a fait malgré elle une apparition remarquée dans l'émission : d'une part avec Rodolphe Pedro, un jeune entrepreneur français issu de l'immigration, qui a réussi dans la Finance, et qui était filmé dans son chalet familial avec sa famille à Nandaz. Le couple dit avoir scolarisé leur fille dans l'une des plus prestigieuses écoles à Genève, pour lui donner les meilleures chances de réussir. Je crois qu'il n'est pas nécessaire de commenter davantage...

La valeur "travail" a bien plus de sens en Suisse qu'en France

Ce que je trouve intéressant par ailleurs, c'est ce que la femme de cet entrepreneur dit à la caméra : "notre fille, nous ne lui donnons pas tout, nous lui expliquons bien que pour avoir ce qu'on a aujourd'hui, nous avons dû travailler, et que si elle veut la même chose, elle devra elle aussi travailler...". Cette valeur "travail", on peut sérieusement se demander s'il elle existe encore en France dans les jeunes générations, alors qu'en Suisse c'est un pilier très important pour la plupart des personnes (voir cet article sur la valeur du travail sur le site Travailler-en-Suisse.ch)

Les diplômes en France sont encore perçus comme une "assurance" pour trouver un travail...

Dans cet échantillon probablement pas complétement représentatif se trouvait une jeune diplômée de Science-Po, qui disait être dégoutée de ne pas avoir de travail malgré ses 4 langues parlées et son diplôme de Science-Po. Vu de Suisse, ce commentaire fait vraiment bien rire (jaune), et montre à quel point la France s'est enfermée dans son système diplômant. D'ailleurs, un des invités le dit bien : "En France, on a envoyé des étudiants faire des bac+5 complètement inutiles et aujourd'hui on se demande pourquoi ces jeunes sont au chômage ?". En Suisse, le nombre de personnes accédant aux formations supérieures est bien moindre qu'en France, et on oriente les jeunes très tôt dans leur scolarité (vers 12 ans déjà, des portes peuvent se fermer, ce qui a par ailleurs été critiqué dans un récent rapport de l'OCDE sur la Suisse). Du coup, on a moins de diplômés supérieurs, et les autres formations, dont l'apprentissage, sont, comme en Allemagne valorisées et valorisantes. Et c'est par ailleurs un des grands conseils que je donne régulièrement aux Français qui veulent travailler en Suisse : lorsque vous vous présentez en entretien, ne commencez par présenter votre formation et vos diplômes, et parlez rapidement de ce que concrètement vous savez faire, et ce que vous avez réalisé. Bref, inutile de montrer que vous êtes intelligent, mais que vous êtes un bon professionnel... intelligent.

Je serai très heureux d'avoir votre avis sur ces sujets, mais avant cela je vous propose de jeter un oeil sur l'émission en question, que vous trouverez en streaming sur le site de France 2.

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