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Toi même tu sais - Josselin Bordat & Basile Farkas - Dictionnaire de la mauvaise foi musicale (Chiflet et Cie) par Thomas Bausardo

Publié le 28 janvier 2010 par Fric Frac Club
Toi même tu sais - Josselin Bordat & Basile Farkas - Dictionnaire de la mauvaise foi musicale (Chiflet et Cie) par Thomas Bausardo Toi même tu sais - Josselin Bordat & Basile Farkas - Dictionnaire de la mauvaise foi musicale (Chiflet et Cie) par Thomas Bausardo « La vie sans musique est une erreur ». Cette petite phrase attribuée à Nietzsche est à la musique ce que la tête sérigraphiée d'Ernesto Guevera sur t-shirts, mugs et autre posters de midinettes et autres rebelles fumeurs de ganja fans de Sinclair est à la rébellion contre l'ordre établi. Elle doit orner un bon nombre de blogs musicaux et doit servir de référence intellectuelle à tous ceux qui n'ont pas encore réalisé que le silence était aussi, sinon plus, important que le bruit qui sortait de leurs écouteurs.
On se dit que cette phrase aurait très bien servir d'exergue au Dictionnaire de la Mauvaise foi Musicale de Josselin Bordat et Basile Farkas, à bref mais libérant petit bréviaire du zeitgeist musical de ces 40 dernières années. Avec une nette orientation sur ces vingt dernières années (la mode est aux bilans de fin de décades, et tristes sommes-nous de constater que cela va faire vingt ans que les horribili anni 90 (comme toutes les décennies qui ont précédé et qui suivront, cela va sans dire) ont commencé, sur la trace flamboyante laissés par les restant de cocaïne ornant les rebords de lavabos de toute boite de nuit qui se respecte. Avec une nette orientation sur tout ce qui tourne autour du rock.
Série de définitions aussi drôles que parfois sérieuses, ne reculant devant aucun calembour ni jeu de mot vaseux, ne reculant devant aucune référence absconse comme autant de clins d'œil à ceux qui auront lu la presse musicale plutôt mainstream, aux enthousiasmes éphémères et au discours irrémédiablement vide de ces dernières années (les deux auteurs savent de quoi ils parlent) dont ils reprennent les clichés un par un pour montrer toute la vacuité d'une critique musicale qui décrit tout sauf la musique, qui n'essaie en aucun cas de faire sens de ce qui est produit mais essaie du plus ou moins bien vendre un produit plus ou moins bien écouté, abandonnant l'idée même que la musique est un art et que nos oreilles aussi sensibles que nos yeux.
La « Mauvaise Foi » musicale ce sont aussi tous ces petits morceaux de trivia que l'on connaît sans connaître, ces morceaux, ces coupes de cheveux, ces clips pourris estampillés MTV ou plus artisanaux, sur fonds verts, années 80 expérimentatrices acides des couleurs criardes et des épaulettes, stroboscopisme, tous ces petits faits qui nous rappellent des souvenirs que nous ne pouvons pas avoir eus et tous ceux que nous sommes en train de nous faire. La mauvaise foi, c'est l'ironie que nous mettons en les évoquant ces petits faits paramusicaux, pour nous la raconter un peu, mais aussi pour montrer que la musique et le rock dans toutes ses déclinaisons en particulier n'est pas réductible à elle même, en bien ou en mal mais procède d'un affect composé d'images plus ou moins vivaces (plus ou moins profondes….) qui entourent ce que nous écoutons et avons écouté a pu développer un folklore plus moins élaboré, plus ou moins marquant. Ce second degré tant revendiqué est en fait la marque affichée de la plus grande tendresse dans l'acceptation de notre propre crânerie accumulatrice de faits inutiles façon Question Pour un Champion et triviale poursuite de cet élément qui transforme tout morceau en autre chose que lui-même. November Rain des Guns N Roses serait-elle la même chanson sans son clip grandiloquent, ses mouvements de camera osés et incohérents autour d'un Slash martyrisant sa Les Paul en face d'une petite chapelle blanche dans le désert le temps d'un solo héroïque qui n'a que d'égal les nappes de violons sur les quelques mauvaises notes de piano s'imprimant sous la voix nasillarde d'Axel, sous son bandana et ses lunettes rondes colorées à la Lennon e tout servi par des lyrics à la limite de la nanardise (d'aucuns considèrent que l'expression des sentiments tels qu'un enfant de 8 ans pourrait les exprimer comme de la sensibilité, d'où le « presque »). Cette chanson serait-elle la même sans ce clip ? C'est tout cet ensemble qui fait que la chanson est géniale et purement inoubliable, n'est-ce pas ? Et donc tous les détails du clip précédemment évoqués en sont partie intégrante. Il n'est pas question de la qualité de la musique, mais de tout ce qu'on connaît (et dans toutes ces entrées, laquelle mérite réellement le label « indispensable ») sur la musique et le rock, plus que toute autre musique peut être a su développer par tous les moyens mis à sa disposition, une mythologie de l'inutile, de l'éphémère lui octroyant, en plus d'elle même un semblant d'âme.
On rit donc beaucoup en lisant ce dictionnaire bien rangé et mal famé, on rit parce qu'on retrouve des choses que l'on connait et que l'on croyait que personne d'autre ne connaissait, des groupes éphémères dont on a pourtant les disques et qui sans faire partie de quelconque panthéon personnel ont marqué à leur façon. On retrouve des discussions qu'on a eues mille fois, des coïncidences jamais relevées, et des milliers de petites choses qui ont crée et font vivre le rock.
L'ensemble est bien évidemment futile et superficiel, autant critique d'un discours que nostalgie d'une parole créatrice qui ajouterait quelque chose à ce qu'elle se propose d'étudier, qu'accumulation vacharde et enjouée. On trouve tout et n'importe quoi, avec une préférence pour cette dernière catégorie. On y trouve aussi de quoi alimenter de savanteries une centaine d'autres discussions possibles. Une légèreté bienvenue, cela va sans dire.

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