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Pour la Nation, d’Eric Besson

Publié le 30 janvier 2010 par Jlhuss

eric-besson-2-oct-2008-antibes1234594328.1264791772.jpgIl peut y avoir, même sur des sujets rebattus, des livres de circonstance qui ne déméritent pas. C’est le cas de Pour la Nation, le récent opuscule que publie le ministre Eric Besson en écho au débat qu’il a lui-même organisé à la demande du Président de la République, dans le tumulte que l’on sait : mais citez-moi en France un débat sans tumulte…

Le livre comporte quatorze chapitres, chacun menant de façon concise (certains diront sommaire) une analyse ciblant l’un des aspects de ce plaidoyer pro natione. Du premier chapitre : Une nation taboue, au dernier : Une Nation européenne dans la mondialisation, M.Besson tente de mettre au net le sentiment d’appartenance nationale en nous menant sans pesanteur du constat de dénigrement franco-français, à la perspective du rebond européen, en passant par un éclairage historique, la mise en garde contre les dérives (nationalistes et « post-nationalistes »), le retour sur les fautes de l’Occupation et de la période coloniale et surtout une revue des divers bénéfices dont l’idée de « nation française » est porteuse, telles que la protection des droits de l’homme et du citoyen, l’aide à l’intégration des immigrés, une laïcité raisonnable, la recherche de la diversité dans l’unité, l’effort de solidarité sociale et une démocratie fondée sur le suffrage universel.

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Constat de dénigrement ? M.Besson se doutait que ses ex-amis le chargeraient  d’infamie : « On parlerait de nouvelle transgression. Certains à gauche, pourtant héritiers de Jaurès, de Blum, de Mendès-France, choisiraient, en bons pavloviens, de faire semblant de confondre ‘identité nationale’ et ‘front national’. Les ‘sans-papiéristes’ (l’expression est de Jean-Pierre Chevènement) iraient psalmodiant la thèse selon laquelle parler de Nation c’était ériger des forteresses. » Se réclamer de l’identité nationale, dit-on, ce serait « aboutir à un examen de conformité », nuire à la diversité, conduire à « une dérive totalitaire ». Mais le mot même de  nation n’ “est devenu obscène” que « chez certains intellectuels et quelques journalistes », preuve de « cette distance grandissante qui éloigne le peuple de France d’une partie de son élite ».
Eclairage historique ? Besson rappelle rapidement quelques jalons : l’ « Allemand » Clovis choisissant la langue romane, la religion catholique et Paris comme capitale ; Philippe-Auguste faisant naître à Bouvines le sentiment de fierté nationale ; François Ier imposant l’usage du français à Villers-Cotterêts ; les soldats de l’An II repoussant à Valmy la coalition des monarchies. Mais l’essentiel est de comprendre que la France, « terre d’invasions et de migrations », est plus que toute autre « une nation créée par l’Etat », « une Nation fondée par un pouvoir centralisateur parce qu’elle ne repose ni sur la coopération entre régions, ni sur l’agglomération de communautés, ni sur des origines linguistiques et culturelles communes, ni sur l’ethnie, la race ou la religion. »
Or, pour une telle Nation, l’émiettement communautariste est mortifère. Le chapitre Une nation laïque rattache à cette problématique celle du fait religieux. « En France plus qu’ailleurs, l’appartenance religieuse est toujours susceptible de prendre la forme d’une revendication identitaire, présentée comme concurrente de l’identité nationale (…) Les possibilités d’identités alternatives ont presque toujours été exploitées pour tester la volonté de l’Etat »  L’actuelle épreuve de force pour enrayer la propagation de la burqa trouve là sa justification ultime, dans « le refus de toute segmentation de la nation fondée sur la religion ». Pourtant Eric Besson ne prêche pas l’uniformité. L’espace public est « un échangeur social qui a précisément pour objectif de mettre en présence des citoyens dans la diversité de leurs cultures, de leurs origines et de leurs religions ».  Le port de signes religieux est possible tant qu’il ne constitue pas « un acte de pression, de provocation, de prosélytisme et de propagande » (de l’avis même du Conseil d’Etat du 27 novembre 1989). « La burqa n’est pas une exigence du Coran, rappelle M.Besson, elle est une dérive intégriste récente » imposant « une mutilation de l’identité des femmes ». On objecte que certaines femmes revendiquent le choix de cette tenue. Justification insuffisante : « L’autorité publique est fondée à protéger la dignité de la personne, y compris contre elle-même. »
Cette question de la laïcité n’est d’ailleurs pas envahissante dans une réflexion cursive qui rappelle aussi d’autres devoirs de l’Etat Nation, comme celui d’assurer l’égalité des chances dans la promotion sociale. « Les fils d’ouvriers, rappelle l’auteur, représentaient 25% des admis à Polytechnique dans les années 1950, contre seulement 1% aujourd’hui ». La Nation a le devoir de briser le moule de la reproduction des élites, par exemple en renforçant l’aide des bourses, en ouvrant les concours, et par toutes mesures de discriminations positives seules capables en particulier de donner espoir aux populations que la République accueille. Car Eric Besson ne comprend pas qu’on veuille considérer séparément identité nationale et immigration s’agissant d’un peuple qui s’est fait et continue de se faire par vagues migratoires successives. France, pays d’accueil et de métissage, bien sûr, et plus qu’aucun autre avec les Etats-Unis ; mais Nation qui veut rester maîtresse de ses choix. Besson s’en prend assez vivement aux « sans-frontiéristes » , « ces belles âmes qui se prennent pour Robin dans les bois de Sherwood, voire Jean Moulin dans le maquis. Ils sont en mal de cause juste. Par la plume et le verbe, ils se rêvent résistants. Ils comparent les étrangers en situation irrégulière aux juifs sous l’Occupation. Ils assimilent les centres de rétention administrative (créés par Mitterrand) aux camps de concentration (…) Ce rapprochement permanent de la situation des juifs sous l’occupation nazie et de celle des étrangers en situation irrégulière dans notre République, relayé par une partie de la presse, continue à me choquer au plus haut point. »

C’est un des rares mouvement d’humeur dans ce petit ouvrage de cent vingt pages, écrit sereinement sur un sujet passionnel par un homme en charge de l’action.  A ce Pour la Nation, il ne faut demander que ce qu’il peut offrir, mais c’est déjà beaucoup  : une mise au point claire et franche, conduite sans lyrisme mais sans « langue de bois », avec le souci d’établir des nuances, d’éviter le ton pamphlétaire et de proscrire au-delà de l’avant-propos tout ce qui pourrait ressembler à de la confidence ou de la posture personnelle. Amateurs de caricatures, s’abstenir.

Arion


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