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Quel déclencheur pour la prochaine grande séquence baissière ?

Publié le 30 janvier 2010 par Loïc Abadie

La 1ère étape de la crise (les elliotistes,  l’appelleront « vague I ») que nous connaissons (de l'été 2007 à mars 2009) a connu comme déclencheur les « subprimes ».

Evidemment ces subprimes n’ont pas été la cause de la crise, ils étaient simplement un petit voyant qui s’est allumé. Voyant qui nous a dit la chose suivante :

"La capacité d’endettement du système a atteint ses limites, le modèle de croissance précédent, basé sur la seule expansion d’une bulle de crédit, ne fonctionnera désormais plus."

Les « boucs émissaires » de cette vague I ont été naturellement les établissements financiers : Vu qu’ils ont été l’instrument (utilisé par les états) de la croissance de la bulle de crédit et de la période faste précédente, l’opinion les a désignés comme « coupables » dès lors qu’ils ont été dans l’incapacité de poursuivre l’expansion de la bulle de crédit.

Le second temps, celui du rebond et de la « vague II », a été caractérisé par l’intervention des états, et l’espoir que les politiques de relance de la demande permettraient de revenir à la situation d’avant-crise.

Les dirigeants et experts se sont simplement dit que les théories keynésiennes qui avaient permis de prolonger le cycle de croissance précédent allaient encore fonctionner cette fois. Et que comme la crise était plus forte que les précédentes récessions, il fallait simplement en faire beaucoup plus en matière de fuite en avant (c’est à dire de « relance de la consommation » par la dette).


Très logiquement, les partisans les plus radicaux du déficit, comme Ben Bernanke ou Paul Krugman, pour moi le « prix Nobel de la fuite en avant », ont connu un regain de popularité important et leurs idées ont connu un large écho dans la presse.

La déclaration d’une dirigeante socialiste Belge, Mme Onkelinx, résume bien la pensée dominante de cette période : « En période de crise, il faut oser un déficit ».

Les dirigeants de presque tous les pays développés ont effectivement « osé », au delà de toutes les « espérances », avec des déficits budgétaires atteignant ou dépassant souvent 10% du PIB, présentés à l'opinion comme "seule solution possible" par ceux-là même qui ont utilisé l'intervention étatique pour gonfler au maximum la bulle de crédit à l'origine de la crise.

Les marchés se sont alors dit que la fête allait reprendre, et durer, que les états pourraient remplacer les autres opérateurs du système pour continuer l’expansion de la bulle de crédit, et le rebond a eu lieu.

Depuis la mi-janvier cependant, on peut observer un retournement de tendance, sans qu’il y ait aucune mauvaise nouvelle particulière : pas de faillite retentissante, pas de chiffres économiques spécialement mauvais par rapport à ceux des mois précédents (le PIB du  T4 US est même à +5,7%/an en première estimation), pas de conflit majeur qui se déclenche.

Il y a par contre eu trois faits importants, qui vont tous dans le même sens :

- La Chine qui a déclaré vouloir réduire l’expansion du crédit en 2010, après une année 2009 caractérisée par une expansion sans précédent du crédit (l’agrégat M2, qui en est une mesure indirecte a augmenté de 30% en un an en Chine, 4 fois plus vite qu’aux USA aux meilleurs moments de la croissance de la bulle de crédit).

-  Les problèmes de la Grèce, avec une inquiétude croissante des marchés au sujet de son endettement public (113% du PIB actuellement, avec un déficit budgétaire supérieur à 12% du PIB)


- Les gros ennuis  électoraux de Barack Obama aux USA, avec la défaite des démocrates au Massasuchets, pourtant bastion démocrate «imprenable » depuis près de 60 ans, défaite causée par le rejet de l’opinion publique vis à vis de la politique économique actuelle, et en particulier de la dérive des déficits publics. La popularité du président US ne cesse d'ailleurs de chuter.

Ces faits sont importants, parce qu’ils traduisent une résistance croissante vis à vis des politiques étatiques de relance de la demande par le déficit. Les blocages viennent à la fois des marchés qui rechignent à financer (Grèce) ou de l’opinion (USA par exemple).

Les discours des dirigeants commencent aussi à changer : Obama a placé la réduction des déficits dans ses priorités, Nicolas Sarkozy vient de faire de même en promettant un "plan d'action contre le déficit" pour le mois d'avril.

Je ne suis pas naïf, et sais bien que pour l’instant, il ne s’agit que de belles paroles et de vœux pieux, les objectifs étant plus que lointains (2013) pour la France par exemple, et intégrant d’hypothétiques prévisions de croissance pour pouvoir être tenus.
Mais c’est déjà un changement par rapport aux discours de 2009, où le déficit était vu, et présenté à l’opinion comme « la solution ».


Début de revirement également au niveau des banques, avec par exemple Obama qui déclare vouloir imposer aux banques des normes bien plus restrictives en matière d’utilisation des capitaux

http://www.investir.fr/infos-conseils-boursiers/actus-des-marches/infos-marches/banques-prudence-europeenne-face-aux-propositions-d-obama-198880.php

Là encore, ces déclarations ne sont que de belles paroles, totalement en contradiction avec les actes réalisés jusqu’ici (tout ayant été fait au niveau des états pour inciter les banques à prêter le plus possible en 2008 et 2009, sans tenir compte des risques associés, que ce soit aux USA ou en France). Mais elles montrent que nos dirigeants sentent que le vent de l’opinion commence à tourner.

Le « déclencheur » de la prochaine grande séquence baissière, la « vague III » des elliotistes, si elle a lieu, sera sans doute à chercher ici :

Dans la prise de conscience par les marchés, puis par les dirigeants eux-mêmes que les politiques actuelles de fuite en avant dans le déficit ne pourront pas durer, et que les états n’ont absolument pas la capacité financière pour contrer l’implosion de la plus grande bulle de crédit de l’histoire

Rappelons les chiffres en présence : 52 000 milliards de $ pour la bulle de crédit US, 2000 à 2500 milliards de recettes annuelles pour l’état US...

Au cours de cette étape suivante de la crise, le dogme de la « relance de la demande » et de la pensée unique keynésienne  se heurtera aux limites physiques de la capacité d’endettement des états.

Et comme il n’y a à priori aucun relais de croissance possible en dehors de la fuite en avant (le système précédent étant basé entièrement sur la bulle de crédit),  surtout si l'économie chinoise subit dans le même temps un coup d'arrêt lié à la fin de l'expansion de sa bulle de crédit, les économies ne pourront que replonger dès que les états seront forcés de se « serrer la ceinture », même modérément (si ils ne veulent pas être mis en situation de faillite, ce qui aboutirait à une situation encore plus grave).

Cette "vague III" serait alors le « tombeau » de Bernanke et du système Fed qu’il représente, des partisans du déficit public et de la vie à crédit à la Krugman, et de leurs « plans de relance ».

Si les « bouc-émissaires » de la vague I étaient les banques, ceux de la vague III pourraient bien être ces adeptes de la fuite en avant plus ou moins portés en triomphe au cours du rebond de 2009 (dirigeants de la FED, « experts » keynésiens…)

Pour la Grèce en tout cas, la vague III est déjà une réalité : l’indice Athex a déjà perdu 35% en trois mois, et effacé 2/3 des gains enregistrés au cours du rebond de 2009. La cassure des plus bas de 2009 se rapproche à grande vitesse pour cet indice.


athens-copie-1.jpg
 

Pour ce pays, il ne sera plus question de « plan de relance » à l'avenir en cas de rechute de l’économie. Il a grillé toutes les cartouches autorisées par le marché en matière de fuite en  avant budgétaire, et n’a aujourd’hui plus d’autre choix que de commencer à se serrer la ceinture.

La Grèce n’est pas une « mini-anomalie » comme l’Islande, c’est une économie développée comparable à beaucoup d’autres, juste un peu en avance sur la France au niveau de la dette publique (113% du PIB contre 82% en France), l’intensité de la fuite en avant budgétaire (déficit à 12% du PIB) y étant à peine supérieure à celle des USA (10% du PIB).
La Grèce pourrait donc bien être un indicateur avancé à suivre pour savoir ce qui attend nos économies et nos marchés.

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