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Entretien avec Raoul Peck

Publié le 30 janvier 2010 par 509
Entretien avec Raoul PeckPlus de deux semaines après le séisme, Haïti est "à la merci de n'importe quel populiste sur le retour" si la colère de la rue "n'est pas rapidement canalisée", dit à l'AFP le cinéaste haïtien Raoul Peck, invité du festival Un état du monde... et du cinéma ouvert vendredi à Paris.
QUESTION : - Vous revenez d'Haïti où vous teniez à vous rendre utile, qu'avez-vous constaté ?
REPONSE : On ne peut vraiment imaginer ce que veut dire cette catastrophe, ni pour aucun pays ni pour celui-ci en particulier. C'est en marchant à pied parmi les décombres, les odeurs, les restes de ce qu'on a connu intimement et qui ne sera plus jamais comme avant, qu'on commence à comprendre un peu. Je me demande quelle catastrophe supplémentaire nous aurions eue si la population haitienne n'avait pas dès le premier jour pris les choses en main. Chacun a réagi au plus vite, travaillé à tirer les survivants puis les morts des décombres, à mettre en place un premier réseau de solidarité. Sur ce plan, je suis fier de mon pays. Je n'aurais en aucun cas supporté de n'être pas là, ne serait-ce que pour apporter aide et confort à familles et amis, partenaires politiques, associations avec lesquelles je travaille, anciens collègues... C'est comme si le pays était en pleine guerre et je ne ferais que le suivre par télévision interposée.
Q : Etes-vous confiant dans la reconstruction de Haïti ?
R : Non. Absolument pas, certainement pas dans la manière dont elle semble s'annoncer. Je suis même inquiet. Je ne comprends pas bien ces batailles futiles de pouvoir entre les grands donateurs, je comprends encore moins la confiscation du pouvoir par une petite équipe locale qui n'a pas les moyens de mener seul cette immense et exceptionnelle entreprise de reconstruction. Là où l'heure devrait être à la réconciliation nationale et au retroussage de manche pour tous, je vois déjà poindre les premières délimitations de territoire. Ni le gouvernement haitien, ni l'international ne peuvent à ce jour montrer une seule "success story" dans ce domaine en Haiti, ou même ailleurs. Les rois sont nus, les rois blancs et les rois nègres, et personne n'ose encore le dire. Mais déjà les voix s'élèvent dans les émissions de radio +libre tribune+ pour demander des comptes. Si cette colère montante n'est pas rapidement canalisée et organisée, nous sommes à la merci de n'importe quel populiste sur le retour.
Q : Votre dernier film, "Moloch Tropical", instruit le procès d'un pouvoir abusif en pleine déliquescence. Pensez-vous qu'Haïti va surmonter ces récents traumatismes politiques ?
R : Nous n'avons pas le choix. Contrairement à l'idée reçue que rien n'a changé en Haiti, je pense que ce pays, dans son long combat pour la démocratie, a fait d'énormes pas en avant. Aujourd'hui je peux dire ce que je veux, quand je le veux, sans craindre pour ma vie, ou en tout cas pas de la main de l'Etat. Je suis ouvertement un adversaire du président René Préval, mais je n'ai pas hésité à me mettre au service de mon pays. On se doit de respecter l'institution. Ce qui n'était pas aussi évident il y a encore six ans. Nous avons fait du chemin, parfois malgré +l'aide+ des pays amis d'Haïti. Mais il est également vrai qu'on est loin du compte.

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