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La cruauté de la compassion

Publié le 31 janvier 2010 par Copeau @Contrepoints
La cruauté de la compassion La cohésion sociale est devenue une excuse pour éviter les réformes nécessaires en Europe.

La cohésion sociale est une de ces valeurs auxquelles adhère tout européen décent : moins de conflit social et moins d'inégalités qu'en Amérique ou en Grande Bretagne. Certains pays, notamment l'Allemagne, arrivent réellement à marier harmonie sociale et réformes économiques. Lors de décennies récentes, l'Allemagne a –grâce à de bons managers et des syndicats obligeants- limité son secteur public, partiellement libéralisé son marché du travail, réduit le chômage, et regagné de la compétitivité. Ailleurs, par contre, le besoin de préserver la cohésion sociale, répété à l'envie comme des perroquets par les politiciens européens de droite comme de gauche, est devenue une excuse en forme de balle dans le pied pour éviter toute réforme.

En Grèce par exemple, le gouvernement socialiste de Georges Papandreou, sous forte pression, n'a que la cohésion sociale à la bouche pour éviter des baisses de salaires de sa fonction publique hypertrophiée dans le cadre de sa baisse urgent de la dépense publique. Le premier ministre socialiste espagnol Jose Luis Rodriguez Zapatero, exploite le concept pour justifier de garder une réglementation du marché du travail qui rend ruineuse un le licenciement d'un employé en CDI. Le gouvernement de droite italien, sous Silvio Berlusconi, est tout aussi réticent à lever des réglementations écrasantes sur les petites entreprises et les services par peur des protestations et des grèves. Le chef du centre droite suédois, Fredrik Reinfeldt, rechigne a être perçu comme s'attaquant au modèle social surdimensionné de son pays en taillant dans les avantages, la paie et les retraites publiques. Même le président conservateur français Nicolas Sarkozy se refuse à menacer la cohésion sociale (et à risquer des troubles dans la rue), en poussant avec détermination pour des réformes du marché du travail, des retraites et de l'Etat providence.

Deux fils communs très inquiétants peuvent être distingués dans tout cela : l'un est qu'on abuse du désir naturel de cohésion sociale pour justifier la protection de ceux à l'intérieur du système, ceux en CDI, les syndicalistes ou les professions jouissant de privilèges. Mais le coût de cette protection frappe surtout ceux qui sont à l'extérieur du système, les chômeurs, les CDD et intérimaires, particulièrement les jeunes et les immigrants. Le fossé entre ceux qui sont à l'intérieur et ceux à l'extérieur du système détruit cette cohésion sociale même que la politique en question cherche à préserver. Et à long terme, c'est mauvais pour tous, parce que les employeurs ne forment pas les CDD –un problème particulièrement grave dans des économies comme l'Italie ou l'Espagne, ou les nouveaux CDI sont rares. Ce manque de formation est une des raisons principales pour laquelle la productivité Européenne est à la traine de l'américaine, de façon persistante, sur les deux dernières décennies.

Le second fil rouge est que la cohésion sociale est devenue une raison pour défendre les privilèges et avantages du secteur public, qui est aussi désormais le dernier bastion des syndicats. Dans toute l'Europe de nombreux travailleurs du privé ont vu leur paie, leur retraite et autres avantages gelé ou réduits par des employeurs en manque de liquidités pendant la récession. Cependant les gouvernements, même en Grande Bretagne, se sont refusé à appliquer les mêmes mesures au secteur public. Un résultat logique est que l'Etat s'accapare une part croissante du PNB, ce qui ne peut mener qu'à un alourdissement de la fiscalité. Un autre résultat est que la paie et les avantages du secteur public on fait un bond en avant tandis qu'une caste dorlotée accroit ses privilèges.

Suivez les Irlandais, ou les Allemands. La plupart des gouvernement ont l'air trop paralysés par leurs propres discours embrumés sur la cohésion sociale pour pouvoir agir, malgré la difficulté à financer de gigantesques déficits. ET pourtant ils ont maintenant devant eux l'exemple frappant de l'Irlande. Ayant du faire face à un déficit budgétaire béant et à une récession, le gouvernement irlandais à déchiré son contrat social de 30 ans avec les employeurs et les syndicats. Il a coupé la dépense publique et la paie des fonctionnaires. En fait, la paie baisse maintenant dans l'ensemble de l'économie. Sans surprise, les travailleurs et les syndicats ne sont pas contents. Cette semaine, la fonction publique a entamé une grève du zèle. Mais le traitement de choc semble fonctionner, avec une sortie de la récession, des finances publiques qui s'améliorent, et une économie qui regagne la compétitivité perdue au sein de l'Euro.

Il n'est même pas toujours nécessaire de faire face à des grèves. L'Italie et l'Espagne pourraient apprendre une chose ou deux de l'Allemagne, qui réforme sans accrocs. Mais ceci n'est peut-être pas à la portée de pays en grandes difficultés comme la Grèce, qui n'a probablement pas d'autre option que de copier l'Irlande. Ce que tous les gouvernements européens doivent saisir, quoi qu'il en soit, c'est que de nombreuses politiques adoptées au nom de la cohésion sociale ne favorisent pas la compassion aux dépends de la cruauté. Au lieu de cela, elles encouragent le déclin, crispent les divisions, et donc mettent danger l'harmonie qu'elles prétendent défendre.

Traduit de The Economist.


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