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A bâtons rompus avec … Michel Didym, nouveau directeur de la Manufacture

Publié le 31 janvier 2010 par Lorraine De Coeur

micheldidymparericdidym2-800x600Jamais cette expression « à bâtons rompus » n’a été aussi juste pour qualifier une rencontre. J’avais accepté la proposition d’une petite conversation avant la répétition d’Invasion ! qui est la future création du metteur en scène, ayant promis à l’attachée de presse de m’éclipser le moment venu.

Mais rien ne s’est passé comme prévu. La salle fut difficile à trouver, dans une banlieue parisienne un peu excentrée. Michel Didym a eu un contretemps et l’entretien allait être décousu parce qu’il n’était pas question de retarder la répétition ni de faire attendre les comédiens.

D’autant plus que l’enjeu est de taille : c’est le premier spectacle qu’il va signer en tant que directeur du Centre dramatique national de Nancy Lorraine dont il a pris la tête au premier janvier dernier. Il a été nommé par Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, en accord avec André Rossinot, maire de Nancy, ancien ministre, et Jean-Pierre Masseret, sénateur de Moselle, président du conseil régional de Lorraine.

Un nouveau directeur déjà bien connu des Lorrains

Michel Didym est comédien et metteur en scène. Formé à l’École nationale supérieure d’Art dramatique de Strasbourg, il a joué notamment, sous la direction d’André Engel, Jorge Lavelli, Georges Lavaudant et Alain Françon dont il a été l’assistant sur plusieurs spectacles. Son lien artistique avec la Lorraine est naturellement très fort. Il est né à Nancy et depuis 1995, il est présent à Pont à Mousson, où il a créé « La Mousson d‘été », véritable laboratoire des écritures contemporaines. Car sans renier les classiques il avoue préférer défendre les auteurs vivants français, européens et étrangers.

C’est lors de la Mousson 2007 qu’il a rencontré Jonas Hassen Khemiri venu présenter Invasion ! une pièce qui a aussi fait l’objet d’une lecture au Festival d’Avignon l’année suivante par Patrick Pineau. Invasion ! est la première pièce de ce jeune auteur, de mère suédoise et de père tunisien, déjà primé pour plusieurs de ses romans. Elle est toujours à l’affiche à Stockholm où elle rencontre un succès qui ne se dément pas auprès de la jeune génération.

Nom de code : Abulkasem

L’écriture de Jonas Haasen Khemeri est réjouissante, un peu comparable à celle de Georges Pérec pour ce qui est de jouer avec les mots ou d’Emile Ajar pour dénoncer les idées préconçues. Il jongle avec les points de vue, racontant la même scène en permutant les rôles. Il multiplie les accents, les différences de syntaxe. Et il glisse le nom d’Abulkasem qui va vite devenir l’expression de toutes les projections. Il suffit de se souvenir du fameux « grande casse, moyenne casse, petite casse » que Jean Dujardin a lancé dans le film Brice de Nice pour imaginer l’effet.

Abulkasem est  bien davantage. Sa signification évolue tout au long de la pièce, provoquant des quiproquos et sollicitant l’imaginaire. Sésame, mot de code, c’est le truc qui une fois lâché, ne s’arrêtera plus. Le public va rire mais il entendra aussi un message sur les questions essentielles de l’identité, de l’intégration, du racisme et du terrorisme qui résonnent avec beaucoup d’actualité.

Michel Didym accuse une fatigue toute compréhensive qu’il oublie dès qu’il arrive sur le plateau. Il répond à mes questions de bonne grâce sans perdre de vue ce qui se passe autour de nous. Julie Pirod répète la chorégraphie. Il se précipite pour l’accompagner dans ses pas de danse. Un musicien accorde son instrument. Le voilà qui bondit pour lui proposer un accord. L’instant d’après il épluche une clémentine car le théâtre réclame des forces. Le temps est compté mais cela ne l’empêche pas de plaisanter avec les acteurs pour que l’atmosphère ne soit jamais tendue.

Des projets multiples

Son expérience est immense et il sait manifestement où il veut arriver. Il n’a pas encore pris possession de son nouveau théâtre, lequel va d’ailleurs être en travaux quelques mois, mais ce n’est pas pour décourager Michel qui a l’habitude du nomadisme théâtral. Lauréat du prix de la Villa Médicis hors les murs en 1989, il a profité de sa bourse pour partir à New York et San Francisco et diriger des ateliers sur des textes français. Il a aussi travaillé à mexico et Berlin. Son rêve serait maintenant de faire voyager la Mousson sur l’eau par les boucles de la Moselle jusqu’à Liverdun, jusqu’au Luxembourg, et jusqu’en Sarre. Une péniche aménagée en scène de concert s’arrêterait dans 25 sites remarquables et les spectateurs écouteraient la musique depuis la berge.

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Au centre dramatique national de Nancy Lorraine, qu’il veut avant tout une maison de production, il prévoit de tisser des liens entre les textes d’hier et les écritures d’aujourd’hui, d’attirer un public diversifié en créant un temps fort baptisé « RING » (Rencontres Internationales des Nouvelles Générations). Il envisage également la création d’une « Académie théâtrale du temps libre », organisée en miroir avec la programmation du CDN et ouverte à tous ceux qui ont du temps et la curiosité de découvrir et de se découvrir eux-mêmes par le théâtre.

C’est un homme qui a des convictions et des objectifs. Pourtant on le sent prêt à accepter de changer de chemin pourvu de garder le cap. Les propositions des comédiens et des musiciens sont accueillis avec confiance.

Une création très prometteuse

Contre toute attente il m’a autorisée à assister à l’intégralité du premier filage, ce qui est une belle marque de confiance. J’ai passé un après-midi formidable. Le texte est ultra-savoureux. Les personnages sont nombreux et radicalement différents. Les comédiens enchainent les rôles sans changer totalement de costume et malgré le contexte de la répétition je vois les ados, les chercheurs, le guide, le journaliste, le cueilleur de pommes. Ils étaient déjà tous formidables. Alors imaginez avec les costumes, le décor, les lumières, et la musique que Michel Didym a voulu « en live » … ce n’en sera qu’encore meilleur.

La question de l’identité culturelle est au centre de la pièce. On devine que l’auteur a des comptes à régler mais il le fait avec un humour qui n’empêche pas d’apprécier le choc des cultures, bien au contraire. Jonas Hassen Khemiri a intentionnellement cherché à ce que le ton de la pièce soit vraiment drôle. Et on rit franchement même si le propos est parfois noir.

Si je vous racontais davantage la pièce j’aurais le sentiment de trahir l’équipe. Mais j’ai suffisamment l’expérience du théâtre pour prédire que ce sera un succès.

Avec Quentin Baillot, Léna Bréban et Julie Pilod (en alternance), Nicolas Chupin, Luc Antoine Diquéro. Musiciens  Philippe Thibault et Flavien Gaudon. Lumières Joël Hourbeigt. Invasion ! est édité aux Editions Théâtrales.

Spectacle créé du 9 au 12 février 2010 à Metz
Espace Bernard-Marie Koltès – Théâtre du Saulcy

Puis du 17 au 20 février au théâtre de la Manufacture / CDN Nancy Lorraine, 10 rue Baron Louis à Nancy

Puis à Vire (14) le 2 mars, Bourges (18) les 4 et 5 mars, le Havre (76) du 9 au 11 mars et enfin Nanterre (92) du 19 mars au 17 avril
Pour plus de renseignements : www.theatre-manufacture.fr

La photo de Michel Didym est signée Eric Didym.


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