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"FAST FOOD NATION" ( 2006 ) de Richard Linklater

Par Charlyh

Après le questionnement sur mon éducation alimentaire – à savoir si je continue à être carnivore ou fais le choix de devenir végétarien voire végétalien -  que je vous ai exposé au début du mois lors de ma critique du film « EARTHLINGS » de Shaun Monson, ce n’est sans doute pas par hasard que je continue ce cheminement décisionnaire personnel en vous proposant, ce soir, de parler de cet autre film engagé en ce qui concerne mon et notre alimentation :

« FAST FOOD NATION » de Richard Linklater

Adapté du livre-enquête sur la fabrication de ce qu'on appelle la Junk-Food ou malbouffe « Fast Food Nation » ( « Fast Food Nation, The Dark Side of the All-American Meal », « Le Pays de la restauration rapide, le côté obscur d'un repas bien américain », de son titre complet ) du journaliste d’investigation ou fouille-merde ( selon vos positions idéologiques ou économiques ) Eric Schlosser, le film de Richard Linklater s’en éloigne pourtant un peu.
Si, en 2001, le journaliste new-yorkais, qui a publié dans « Rolling Stone », « Vanity Fair » ou « The New Yorker » et a été récompensé ( le National Magazine Award en 1994 pour ses articles sur le trafic de drogues aux USA et le Sidney Hillman Foundation Award en 1995 ), dénonçait dans son best-seller les pratiques discriminatoires et autres manipulations - jusqu’à l'impact local aux Etats-Unis et d’un point de vue mondial - de cette industrie de la bouffe rapide et sur le pouce, le film du réalisateur multi-casquettes Texan, lui, ne va pas en développer tous les chapitres sans pour autant en rester aussi incisif.

Alors que dès sa prépublication dans « Rolling Stone », à partir de 1999, Schlosser examine la naissance et le développement de la restauration rapide au sein de la culture populaire et suburbaine américaine en parallèle avec l’émergence des automobiles et les modifications de conditions de travail dans des entreprises en pleine évolution, le scénariste ( mais aussi réalisateur ) de « DAZED AND CONFUSED ( GENERATION REBELLE ) » en 1993 ou « SLACKER » en 1991 ( dans lequel il apparait également en tant qu’acteur ), Linklater, lui, ne va pas revenir sur cette pourtant forte intéressante et primordiale étape constructive d’une telle investigation dans le cheminement de ce qu’il entama comme un documentaire en août 2005.
Mais son film n’en reste pourtant pas moins intéressant.

A travers l’enquête de qualité d’un ponte d’une chaine de restaurants ( si on peut appeler ça des restaurants ) fictive, qui a découvert des résidus de merde dans la viande de leurs burgers, les deux hommes – Eric Schlosser et Richard Linklater signant à quatre mains cette adaptation, dont l’écrivain est aussi producteur – vont ainsi faire découvrir au spectateur curieux de savoir ce qu’il peut ingurgiter dans ces établissements à l’hygiène douteuse ce qu’il en est, en fait, de leur prétendu steak et de ce fictif Big One, qui n’est pas sans rappeler le trop célèbre Big Mac du non-moins célèbre Clown distributeur de gastros et autres intoxications alimentaires en tout genre.
L’entrée illégale sur le territoire américain de trois clandos Mexicains ( Wilmer Valderram, Catalina Sandino Moreno et Ana Claudia Talancon ) appuyant en parallèle les conditions de travail lamentables ou plutôt d’exploitation sociale et professionnelle d’une partie du petit personnel de cette industrie alimentaire. Travailleurs sans papiers qu’on retrouve aussi chez nous en France, je vous rassure, mais d’origines africaines ou pakistanaises, entre autres…

Car, oui, si l’action du film se déroule au Texas ( comme beaucoup d’autres des films du réalisateur ), les effets catastrophiques d’une telle entreprise ( et je ne parle pas que de cette société fictive Mickey’s qui en désigne tant d’autres ) sont bel et bien mondiaux. Malheureusement.

« FAST FOOD NATION » ne se contentant pas de dénoncer le massacre quotidien dans des conditions d’hygiènes déplorables de milliers de bovins, même si le début du film veut bien vous laisser croire le contraire comme au personnage de Don Anderson ( ce ponte de chez Mickey’s ). Le discours de ce film de 2006 dénonçant en 114 minutes l’extermination spéciste de milliers de vaches ( complètement stupides pourrions-nous croire lors d’une scène du film avant de se reprendre et se souvenir qui sont les monstres dans le crescendo sanglant de la découverte des entrailles de l’abattoir ), les dégâts écologiques qu’entraînent un tel élevage massif de bovins dont la merde contamine les sols comme la merde qu’ils deviennent entre deux tranches de pains bousilleront votre corps, les risques sanitaires que prennent alors les consommateurs de telles viandes avariées, contaminées ou qui risquent d’être mal préparées ( « faites cuire la viande et tout sera réglé » se défend l’un des personnages ), les risques criminels encourus par le personnel de ces fast-foods ( avec la multiplication des hold-ups dans le coin dont ne cessent de parler les trois jeunes employés ) et les accidents quotidiens d’un travail excessif et dangereux des employés de ces abattoirs, le travail au noir de ces clandestins sur lequel ces grandes sociétés s’appuient mais fermeront les yeux au moindre couac, etc, etc. Les infractions ou flirts avec l’infraction des animaleries évoquées dans une courte phrase de la mère d’un des personnages étant à compter dans ces « etc »…

Et même si ce film semble ne pas être resté sans réaction et avoir eu du succès, du moins en terres américaines où ce film que The New-York Times décrivit comme le film politique américain le plus important depuis « FAHRENHEIT 9/11 » de Michael Moore provoqua de nombreux débats quant au fonctionnement concret et réel d’une telle industrie, je dois avouer que jusqu’à aujourd’hui et en parcourir la fiche IMDB et ce qu’il en était sur la toile je l’aurais pris pour un inédit.
Coproduction franco-américano-britannique ( La Fabrique de Films associée avec la Fox et Tartan Films ) tournée entre le Mexique et les Etats-Unis, et terminée en octobre 2005, « FAST FOOD NATION » est donc sorti dans l’anonymat chez nous le 10 novembre 2006 ( après une Première au Festival de Cannes de la même année ), engrangeant un petit million de dollars bien que classé R/interdit au moins de 17 ans ( car contenant, il est vrai, des images chocs, de la sexualité, de l’usage de drogues et un certain langage peu châtié par moments ) et basé sur une écriture cinématographique documentaire – ce qui n’aide pas au pays des popcorns movies dont on ne loupe rien en revenant des gogues ( où l’on pourrait avoir été vomir son burger ).
Mais ce n’est pas parce que ce film pourrait vous paraître inconnu qu’il vous faudra passer à coté. Et c’est pourquoi je vous le conseillerai aussi et encore ce soir.

Entre ce « EARTHLINGS » dont je vous reparlais en ouverture et le plus connu « SUPER SIZE ME » de Morgan Spurlock sorti en 2004 ( dans lequel le discret Eric Schlosser apparait dans une interview pour les bonus du DVD de ce film sur lequel je reviendrai aussi ), deux documentaires chocs, « FAST FOOD NATION » n’en reste pas moins un intéressant docu-fiction critique, où les cinéphiles pourront retrouver des stars hollywoodiennes dans d’étonnants et non-moins intéressants rôles.
Ethan Hawke ( à l’affiche ce mois-ci dans le film de vampires « DAYBREAKERS » où il cherche à sauver le bétail humain : décidemment !! ), acteur fétiche du réalisateur Richard Linklater ( « BEFORE SUNRISE » en 1995, « LE GANG DES NEWTON » en 1998, « WAKING LIFE » et « TAPE » en 2001 avant le prochain « UNTITLED 12 – YEAR RICHARD LINKLATER PROJECT » en 2013 ), y apparaissant dans le rôle de cet oncle Pete un brin anarchiste de la jeune protagoniste Amber. Une apparition dont le discours ne fait que conforter le rôle de poil à gratter de ce film et va peut-être modifier les vues d’esprit de sa nièce sans vous spoiler le film.
La jeune Ashley Johnson ( la petite Chrissy Seaver de la série « Quoi de Neuf, Docteur ? » vue récemment dans « TOY BOY » ) étant cette ado : Amber, lycéenne aux aspirations aéronautiques travaillant en attendant comme serveuse chez Mickey’s ( mais non vous ne verrez pas de souris à grandes oreilles dans ce film. Des rats, oui, mais pas de souris de dessin animé ) pour payer ses études et aider sa mère. Avec pour collègue le jeune et cynique punk-goth Brian : Paul Dano, vu dans « THE GIRL NEXT DOOR » et revu dans ce « THERE WILL BE BLOOD » sur lequel Eric Schlosser a été aussi producteur exécutif.
La mère d’Amber, Cindy, étant interprétée par la jeune et insouciante Alabama de « TRUE ROMANCE » qui se cache sous les aventures télévisées d’Allison Dubois ( « Medium » ), Patricia Arquette, dont les aventures amoureuses semblent être catastrophiques pour cette employée d’animalerie ( sic ! ).
Lou Taylor Pucci ( « SOUTHLAND TALES » et « FANBOYS » ) et la chanteuse canadienne Avril Lavigne, dans son  premier rôle, incarnant deux étudiants post-soixante-huitards épris de révolutions auxquels va s’associer Amber.
Greg Kinnear ( pathétique Captain Amazing dans l’excellent « MYSTERY MEN » ) y étant ce ponte de Mickey’s, Don Anderson, dont l’équipe a créé ce fameux Big One, venant enquêter pour savoir dans quelles conditions sont préparés leurs futurs steaks…
L’éternel Whistler de « BLADE », le cowboy Kris Kristofferson, y étant l’un de ces éleveurs de vaches que va rencontrer Don Anderson. Son personnage permettant d’aborder les transactions entre éleveurs et distributeurs mais aussi l’avenir incertain de ces éleveurs avec l’expansionnisme immobilier menaçant leurs terres.
Bruce Willis ( éternel John McLane de la saga « DIE HARD », lui ) y trouvant l’un de ces caméos les plus horribles – dans l’idéologie et l’éthique consuméristes et commerciales de son personnage. L’un de ses rôles méconnus et à un tarif syndical les plus intéressants.
L’acteur Bobby Cannavale ( découvert dans l’excellente série « New-York 911 » ) tenant dans ce film le rôle de ce genre de salaud qui existe dans de nombreuses entreprises : ces petits chefs qui abusent de leur position pour profiter du personnel et plus particulièrement lorsque ces jolies jeunes femmes sont clandestines et tiennent absolument à travailler.
Luiz Guzman, sur cette photo qui résume presqu'en un seul cliché tout le film, ( vu dans « Oz » mais également $« MYSTERY MEN » ) poursuivant cette panoplie de portraits de salauds profitant de la misère de certains en incarnant le passeur Benny qui permet à tous ces clandestins de venir espérer une vie meilleure dans les usines américaines.

Et ce sera sur ce casting que je terminerai cet article en vous conseillant encore une fois ce film de 2006 : « FAST FOOD NATION », plus fictif que « SUPER SIZE ME » et moins intolérable que l’excellent « EARTHLINGS ».


Vous pouvez maintenant éteindre votre télévision et regardez attentivement ce steak dans votre assiette ( ou entre ces deux tranches de pain )…

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