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« Pour le moment, le villepinisme politique n’existe pas »

Publié le 01 février 2010 par Delits

« Pour le moment, le villepinisme politique n’existe pas »Alors que le parquet a fait appel du jugement ayant relaxé Dominique de Villepin, l’ancien premier ministre apparaît de plus en plus explicite quant à sa volonté d’incarner une alternative à Nicolas Sarkozy. Nous avons interrogé Bruno Cautres sur les conséquences politiques du procès Cleartream et sur les ressources politiques dont dispose Dominique de Villepin.

Délits d’opinion : En termes d’image et d’opinion, à qui profite l’affaire Clearstream et le procès qui en a découlé ?

Bruno Cautres : Il est difficile de le dire pour le moment. La perception qu’ont les Français de la politique et des hommes politiques n’est de toute façon pas très bonne : l’image d’un « microcosme » politique un peu décalé vis à vis des réalités est fortement installée dans l’opinion publique. Cette affaire, compte-tenu de  ses principaux acteurs et de son important écho médiatique, est néanmoins suivie par les Français. Au delà d’un intérêt pour une forme de politique-spectacle, il n’est donc pas sûr que les conséquences de cette affaire dans l’opinion soient importantes. Les images de Nicolas Sarkozy et de Dominique de Villepin sont déjà bien ancrées.

Délits d’opinion : Le positionnement de Dominique de Villepin en temps que victime de « l’acharnement de Nicolas Sarkozy » vous semble-t-il efficace d’un point de vue politique ?

Bruno Cautres : D’une certaine manière Dominique de Villepin a su tirer parti et engranger quelques bénéfices à partir d’une situation qui semblait difficile. Sans doute sa stratégie de défense a t’elle eue une certaine efficacité car en toile de fond il y a, à ce moment de la présidence Sarkozy, des interrogations sur le projet politique présidentiel. L’impopularité de Nicolas Sarkozy dans certains segments de l’électorat, de gauche et du centre bien sûr mais aussi dans certains segments des « déçus du sarkozysme » (certaines franges de l’extrême droite), a pu faire écho avec l’affaire Clearstream en montrant, lors du procès, un président très engagé dans l’affaire (on se souvient du lapsus sur « les coupables »).

Délits d’opinion : Selon certains commentateurs, l’avenir de la vie politique française était suspendu au verdict du procès. Or, seule une  moitié  des sympathisants UMP ont aujourd’hui une bonne opinion de Dominique de Villepin tandis que Nicolas Sarkozy bénéficie dans son camp d’une très forte popularité. L’avenir électoral de Villepin se situe-t-il encore à droite ?

Bruno Cautres : Pour que Dominique de Villepin puisse politiquement capitaliser sur sa relaxe puis éventuellement sur la confirmation de celle-ci en appel, il lui manque encore quelques atouts clefs d’une entreprise politique réussie : ses bases, tant au plan des militants de l’UMP qu’en termes d’élus, sont pour le moment faibles, voire inexistantes. Il ne dispose pas d’un réseau d’élus lui permettant de relayer son message sur le thème de la droite gaulliste. Son club politique peut néanmoins constituer l’amorce d’un parti ou d’une force politique. Beaucoup de commentateurs soulignent qu’il n’en a pas les moyens politiques ou financiers ; il faut nuancer un peu cette analyse rapide : après-tout, Jean-Luc Mélanchon est parvenu à créer le Parti de Gauche et à obtenir plus qu’un succès d’estime aux européennes. La comparaison est très limitée néanmoins : la stratégie de Mélanchon a été fortement articulée à une analyse politique sur le manque de gauche à gauche et répondait à une vraie déception de la gauche de gouvernement dans certaines couches de l’électorat de gauche et d’extrême gauche. Et la situation interne au PS au moment où Jean-Luc Mélanchon le quitte n’est pas du tout la situation de l’UMP aujourd’hui.

Par ailleurs, l’insatisfaction vis à vis de l’action de Nicolas Sarkozy n’est pas encore assez significative à droite pour que l’on soit dans la même situation. Il n’est également pas sûr que la flamme gaulliste soit toujours allumée dans l’électorat de droite. La référence au gaullisme est une posture qui continue d’avoir une certaine efficacité au plan du discours politique, mais dans le même temps le gaullisme est devenu une référence largement acceptée dans la vie politique française : l’idée d’une France indépendante qui parle au reste du monde, la recherche d’un équilibre entre ‘progrès social’ et efficacité économique sont aujourd’hui des acquis de la vie politique française. Dominique de Villepin pourrait-il apporter sa contribution à un large front anti-Sarkozy ? Rien n’est moins sûr car l’anti-sarkozysme ne peut constituer un ciment suffisamment solide et ne fait pas un projet politique. Il faudra néanmoins prêter attention à d’éventuelles insatisfactions des électeurs de droite au cours des deux ans qui arrivent et à l’éventuelle capacité de Dominique de Villepin à les canaliser vers lui. Mais pour le moment, le « villepinisme » politique n’existe pas encore.

Délits d’opinion : Les convictions gaullistes de Philippe Séguin étaient reconnues. La mort de celui-ci a-t-elle mis un terme au courant héritier de la pensée du Général ou bien survit-il encore au travers de personnalités telle Dominique de Villepin ?

Bruno Cautres : Il est incontestable que la mort de Philippe Séguin aura des conséquences pour ce qui reste de ce courant politique. Son image personnelle et son relatif retrait de la vie politique depuis qu’il présidait la Cour des Comptes, donnait à sa parole la force de celle d’un « grand sage » à droite. Pour que Dominique de Villepin reprenne ce flambeau, il lui faut faire du chemin mais il est certain qu’il a ici une carte à jouer. La valorisation de l’action politique et du volontarisme en politique, le rôle de l’Etat et du service public, l’indépendance stratégique et diplomatique vis à vis des Etats-Unis, la traversée du désert et le sursaut, autant de référents gaullistes sur lesquels Dominique de Villepin peut essayer de donner sens à ses projets d’avenir. Il dispose de quelques atouts, notamment il reste, aux yeux de l’opinion, l’homme du discours à l’ONU pour s’opposer à l’intervention américaine en Irak. Mais le contexte a changé depuis : Obama est à la Maison Blanche et…Nicolas Sarkozy à l’Elysée !

Propos recueillis par Frédéric Pennel


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