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Bloody september de Will Argunas, éditions Casterman

Par Aaapoum Bapoum

Bloody_eastwood American vertigo

Ci-contre Clint Eastwood interprète un médecin légiste.
C'est la seconde fois que Will Argunas utilise l'acteur dans une de ses bédés. La première c'était dans L'Irlandais que nous avions abordé dans le cadre de notre clintophilie. A l'époque Will s'appelait encore Arnaud Guillois. L'Irlandais était une honnête proposition de polar se déroulant dans un cadre parisien vraisemblable. Depuis l'auteur n'a pas su résister à l'attrait de l'Amérique et il s'est rebaptisé Will Argunas, anagramme approximatif de son patronyme du terroir. Sa première œuvre sur ce nouveau terrain,
Missing, faisait partie du haut du panier de la première salve d'albums édités par KSTR, le label autoproclamé wok'n'woll des éditions Casterman. Comme d'habitude je ne me rappelle pas grand chose de précis, mais cette histoire m'avait parue un exercice de style réussi. Le flic hanté et obsessionnel était bien campé et son enquête inaboutie assez réaliste. Le dessin employé, avec ses aspects incertains de gribouillis crasseux dépeignait avec succès une ambiance malsaine et le découpage était efficace.
Découpage toujours réussi et cinématographique pour le second opus de Will... Et pour cause, Black Jake (KSTR encore) est un décalque même pas honteux du Bad Lieutenant d'Abel Ferrara. On y voit donc Harvey Keitel, un flic ripou, se débattre avec ses problèmes de drogue, ses créanciers et toutes ses autres embrouilles. Will a juste transposé l'intrigue sur la côte Ouest et a rajouté une moustache à son flic. Tant de créativité pouvait dérouter, mais l'ensemble se lisait avec le confort que l'on éprouve à s'installer devant un écran pour voir défiler un terrain déjà connu et balisé, ce qui est malheureusement le principe récurrent de l'industrie hollywoodienne. De l'exercice de style nous étions passé à l'assimilation.

Bloody_soprano
Avec le nouvel opus, Bloody September, Argunas enfonce le clou et s'enlise dans le radotage. Devenu simple machine a brasser les clichés télévisuels et cinématographiques en provenance des Etats-Unis, le bédéaste fournit une livraison ultra-prévisivible et saturée d'emprunts. Oui car Will a beaucoup regardé son écran depuis la dernière fois... Des pornos, mais aussi des bonnes séries. Surtout les Soprano. James Gandolfini lui a tapé dans la rétine.  Ainsi les familiers de HBO retrouveront Tony qui n'arrive pas à dormir, Tony en peignoir devant la porte de son frigo, Tony chez sa psy... Tiens elle a le même bureau qu'à la télé. Sauf que là elle est jouée par Glenn Close avec la coupe qu'elle avait dans The Shield...

Construisant son histoire à l'aide de captures d'écran, Will Argunas gratifie aussi son lecteur de la présence d'Eva Mendes en artiste peintre lesbienne (c'est celaaaa oui...), Terry Kinney (le directeur d'Emerald City dans Oz), et de bien d'autres, sans compter ceux que l'on arrive pas à reconnaître...

Comme l'intrigue met en scène un horrible serial killer fasciné par la pornographie et les têtes coupées[1], on peut aussi voir des scènes de tournage de X, présentées exactement comme leur rendu vidéo, sans aucun apport de point de vue.

L'ensemble pourrait être drôle comme une satire façon Mad ou Pierre La Police, mais malheureusement l'auteur ne prend aucune distance avec son procédé créatif et semble même se prendre très au sérieux si l'on en juge par l'édifiante liste d'ouvrages cité en bibliographie et par la conclusion de l'histoire, consternante de bêtise à force de vouloir tirer de son intrigue de grandes considérations politico-historiques.

Je me dis qu'un éditeur ne devrait pas laisser ainsi se gâcher un talent dans les brumes télévisuelles... mais après tout, pourquoi est-ce que nous nous obstinons à exiger d'avantage de la BD que des autres industries culturelles ?


[1] qui utilise les têtes de la même façon que le méchant de Haute Tension d'Alexandre Aja, un autre frenchie qui aime tellement singer les Ricains qu'il a fini par faire des films pour eux.


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