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Le paradoxe électronique de Montréal

Publié le 02 février 2010 par 1forthetreble

Le festival Igloofest 2010 se termine tout juste et ses 9 soirées ont rencontré comme on pouvait s’y attendre, un large succès. Alors, coup d’envoi de l’année électronique ou bien dose saisonnière de bpm ? L’événement permet de mettre en relief la place des musiques électroniques à Montréal.

Poumon artistique de la Belle Province, métropole multiculturelle de 2 millions d’habitants qui vit toute l’année au rythme effréné d’une offre de spectacles pléthorique, Montréal s’est progressivement érigée comme une tête de pont des cultures numériques en Amérique du Nord. En témoigne des événements majeurs comme les festivals Mutek et MEG qui réunissent, chaque année depuis 10 ans, des musiciens (inter)nationaux de renom et des festivaliers en masse. Sans compter les temps forts plus « folkloriques » que sont l’Igloofest et les piknics electroniks qui allient programmation pointue et décor pittoresque. Des noms viennent également à l’esprit à l’évocation de la ville comme Mike Shannon, Akufen ou Tiga pour les plus historiques. Cependant…

Le paradoxe électronique de Montréal

Joakim fait bouger son monde au Parc Jean-Drapeau, Piknic electronik

La ville de Montréal nourrit un paradoxe ; celui d’être une cité qui bât au pouls des nouvelles technologies et des arts numériques (installations artistiques, festivals autour de la culture digitale, ville arrosée par le wi-fi, utilisation stratégique des réseaux sociaux très fortement intégrée chez les musiciens) mais qui manque malheureusement d’une véritable « scène » en ce qui concerne les musiques électroniques.

Non pas que la ville ne possède pas les artistes, ils sont bien présents. C’est plutôt qu’elle manque de lieux de diffusion, et à proprement parler d’une offre de clubs adaptée à sa population – par ailleurs très étudiante – ainsi que de médias qui relaient son actualité.

Par exemple, je me suis rendu plusieurs fois à l’Igloofest cette année et j’ai été vraiment surpris de constater l’absence de rabatteurs pour des soirées, de personnes venues pour distribuer des flyers ou des magazines gratuits. C’est pour moi la preuve que ces événements ne sont que des îlots dans l’océan de programmation musicale qu’offre la ville. Les musiques électroniques n’ont pas pignon sur rue alors que le public existe.

L’aspect positif dans tout ça, c’est que ce terrain musical n’est pas devenu une source d’exploitation commerciale outrancière où le clubber représente la proie des marketers les plus acerbes. Mais de là à s’en satisfaire, il y a un juste milieu.

Le paradoxe électronique de Montréal

Space Invader @ Igloofest 2010

On rapproche pourtant souvent, çà et là, les villes de Berlin et Montréal. Le festival Mutek est parfois qualifié de mini Sonar (le festival barcelonais référence est d’ailleurs partenaire de son homolgue montréalais) mais c’est plus souvent la métropole allemande qui est citée. Le parallèle se justifie sur le côté bohème que partagent les deux villes et le foisonnement culturel qui les anime. Les liens entre les artistes électro de ces deux cités sont aussi forts : de nombreux musiciens berlinois se produisent lors des événements montréalais et plusieurs Québécois à l’image de Deadbeat ou Guillaume and The Coutu Dumonts ont élu domicile sur les bords de la Spree.

Le paradoxe électronique de Montréal

Deadbeat, de Montréal à Berlin

Musicalement parlant, et ici sur les musiques électroniques, c’est plus compliqué de comparer deux scènes aux envergures bien différentes. Le rôle social de la techno n’est pas non plus le même. Au lendemain de la chute du mur, cette musique a joué un rôle unique de lien social dans la nouvelle génération, et qui s’est assimilée avec le temps comme un élément presque patrimonial, alors que la Belle Province défend toujours bec et ongle la francophonie et les musiques qui la diffuse, pour entretenir son identité originale. C’est peut être plus difficile pour la techno de se faire entendre dans ce contexte.

Montréal possède en tout cas le terreau idéal pour voir fleurir de bien jolis bourgeons dans les années à venir. Ne reste plus qu’à avoir la main verte et à semer. Espérons que cela prenne rapidement sous peine de voir s’exiler les nouveaux talents.


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