Magazine En France

Le bout de la route a un accent vermeil

Publié le 11 novembre 2007 par Eric Mccomber

Cognac !
J'ai passé du temps ici l'hiver dernier, avec la Ptite. On a été bien, tellement qu'on est restés une semaine. Là, je m'y rendais avec crainte. La peur d'être déçu. En plus, j'avais bien noté toutes ces côtes, au cours de nos balades, en me disant que c'était pas un coin jojo pour du vélo (ou le contraire). Alors si ça c'était bien passé à Saintes, je serais peut-être allé directos sur Bordeaux. Un instinct comme ça… Un désir de fuite. Une envie morbide de rester dans l'inconnu, chais pas.
Mais à Saintes, ça a été nul. Plusieurs personnes m'avaient dit « oua, vas à Saintes, Saintes c'est génial… ». Je suis donc arrivé, fourbu, crevé comme un pneu, mais bourré de préjugés favorables, prêt à tout aimer, les yeux brillants de bonhommie. Ça faisait des mois que j'avais hâte à cette fameuse Saintes.
J'entre dans le village et déjà, en 5 minutes, j'ai été klaxonné dix fois. Les bagnoles me coupent, me barrent la route, étranglent la bande le long du trottoir. On m'ouvre une portière à la gueule. C'est subjectif, bien sûr. Je rate sans doute la plus belle bourgade de France. Je demande mon chemin, on m'envoie chier, ou on ne connaît pas. Le moins hostile est ce vioque boîteux qui me prévient qu'il fait trop froid et que je ne pourrai pas rouler en shorts (ma journée est finie, merci papy, ta yeule papy). Les gens ne savent pas où est le centre-ville de leur propre ville. Je monte finalement un longue avenue surchargée d'automorons aux veines bourrées de sucre raffiné, pour parvenir au Bureau d'acceuil-pigeons.
Là, je poireaute. Longtemps. Rosie est dehors parce qu'un escalier abrubt mène au local. Finalement une des trois jeunes femmes se dévoue pour venir voir ce que je veux. Elles ont pas envie, de parler aux gens. Elles s'en foutent, que tu viens de traverser leur coin de pays à vélo, que t'es fatigué, elles ont tout vu. Rien ne les intéresse. C'est comptables, qu'elles auraient dû faire, ou opératrices de fraiseuses. Enfin. Elle m'indique poliment le chemin de l'auberge de jeunesse, avec un rien de froideur, en prononçant le mot. Je suppose qu'on préfère les millionnaires qui débarquent au Château, dans ce patelin si sympathique. Elle me montre donc le chemin en faisant une vague croix sur la carte (à deux coins de rue de la position réelle du bâtiment), mais néglige de me prévenir du fait que l'établissement est fermé pour encore deux heures.
Je finis par trouver, après avoir risqué ma vie dans deux ronds-points hystériques (oui-oui, les gars, vous êtes Ayrton Senna, Place de l'Étoile, dans un stock car enflammé). Tout est barré. Je frappe à la porte. Il commence à faire froid.
Merdre. Je m'assois sur un parapet de béton et je fume un cigare. Deux heures à glander. Je téléphone tout de même à la réception, pas de réponse. Une jeune femme passe près de là, je prends une chance :
— Madame… Savez-vous comment rejoindre les…
— Est-ce que je sais, moi ? Ça toujours été fermé jusqu'à six heures, non ? Il me semble que c'est pas nouveau !
Il est exact que comme les 7 autres milliards d'individus de la Terre, je suis né à Saintes. Dans le quartier Sud, près de l'auberge de jeunesse. Il est impensable que des gens baignent dans une autre réalité que celle de la madame. Cet effort d'élasticité cérébrale est au-delà de ses forces. C'est ainsi.
Ensuite, elle est gonflante, cette auberge. Pleine de petites restrictions, de petits règlements pingres et arbitraires. J'en dis pas plus, c'est plat même d'y songer. Marde. C'est tout neuf, mais conçu tout croche. Ça pue déjà. Ça croupit. Boah !
Point positif : rencontre extra-sympa d'un bourlingueur très animé, un certain Luis du Portugal qui parle cent langues et a visité tous les pays avec les yeux et le ventre grands ouverts. Imaginez son boulot, le salaud : il achète du vin pour une coop. Il fait le tour du monde comme ça. J'allais presque être jaloux quand j'ai réalisé que j'avais encore mieux ! Y serait temps que je me la ferme et que je commence à jouir un peu, peut-être ?!
Donc, je reste pas, et je file à Cognac dès le réveil ! En réalité, en longeant la Charente, y a pas de côtes pantoute. C'est un maneige. La route nous transporte sans efforts dans ses grands bras blonds. Les champs. Le cours d'eau argenté. Les arbres qui dansent dans la brise. Le soleil est de la fête.
À l'arrivée, chaleur. Comme avant. Plus encore. Toute la famille est là ! L'hôtel Héritage de Cognac est véritablement un endroit unique au monde. Et on sort les bouteilles, et je monte chercher les Partagas et y a des bûches dans l'âtre du café. Tout le monde entre et relaxe d'un coup, on le sent, ici, c'est pas pareil.
Je vais rester, je crois.
Rosie est collée dans le garage, tout contre une petite bicyclette blanche avec panier de guidon en osier et sacoches de cuir à l'arrière. Très son genre. Rosie !… Ça la changera de son géant de La Rochelle, que je trouvais un peu bourrique.
Y a Fleetwood Mac qui joue, puis tout le monde se dit bonjour. Se présente, tend la main. Je vais rester un peu, on dirait. Le Cognac, c'est aussi bon que le Scotch, qu'en dis-tu, l'ancêtre ?

Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Eric Mccomber 400 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines