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POP(O) CULTURE ::: Ode à la putasserie musicale

Publié le 21 février 2010 par Gonzai

Filip des 2be3 est mort et en visionnant près de 15 ans après ce qui a été à l'origine de l'éveil sensuel d'un pourcentage non négligeable de jeunes femmes de ma génération, un mot s'est imposé à moi : «PUTASSERIE».

A l'époque, ces types à la chemise largement ouverte et aux chorégraphies improbables me faisaient tout juste sourire, mais avec la maturité (et l'aigreur associée), j'en suis logiquement venue à considérer que le spectacle offert était simplement putassier. Je pars sciemment de l'exemple des Boys bands dont il est trop facile de dire : « Ce n'est pas de la musique ». Ce n'est pas de la musique mais ça s'est vendu gravé sur CD, c'est passé en radio et ça a été diffusé à la télévision lors de prime time devant lesquels nous étions tous collés. Faire usage de son sens critique n'a rien d'inné et pour notre génération biberonnée au fascinant clip de Sabrina Boys, Boys, Boys. A un degré plus un moins conscient, musique et vulgarité sont insidieusement liées.

MTV et Madonna ont fait le reste et l'an 2000 a marqué l'avènement d'une Kylie Minogue version micro-short lamé. Le scud s'intitulait Spinning Around et cet épisode a marqué ma première confrontation consciente au phénomène de la putasserie musicale. La mise en scène de clones de Barbie et de Ken hyper-sexués sur une musique hyper-calibrée n'était pas loin d'être aussi excitante que le port des talons aiguilles de maman, lorsqu'on est enfant. Je réalisais que le retour de l'australienne tenait au moins autant à la bonne idée de la costumière (associée à la paire de fesse intelligente de Kylie) qu'à la qualité de ses nouvelles productions.

Et loin de me révolter, cette idée me fascinait.

POP(O) CULTURE ::: Ode à la putasserie musicale


Un peu plus tard, l'Electroclash s'est imposé à moi comme l'aboutissement du phénomène de la putasserie musicale, lorsque celle-ci a dépassé le stade de la simple recherche d'ordre « esthétique » pour muter en putasserie sonore. Dans la même veine que la musique utilisée pour habiller les clips de Britney Spears et de ses consoeurs, l'Electroclash était régressive et addictive. La recette était simple : des mélodies pop basiques servies par une instrumentation à base de nappes de synthés sur lesquelles une voix robotique récite, atone, des paroles gentiment salaces. Sans prétendre que la putasserie est le degré 0 de la création artistique, le résultat est pourtant aussi délassant qu'une lobotomie : j'étais conquise et ma passion pour ces musiques simplistes n'a fait que s'accroitre en suivant le cours naturel de ma paresse intellectuelle.

Je suis désolée de constater que la jeune femme que je suis (et que je voudrais moins influençable que la moyenne) est à ce point fascinée par la vulgarité musicale, pourtant j'assume sans problème d'être en mesure de chanter en playback sur les derniers singles de Britney Spears. Chez moi, le mauvais goût est devenu une habitude à laquelle il me couterait trop de renoncer. Or c'est officiel, l'heure est venue de justifier cette attraction pour la putasserie et les Inrocks eux-même s'y emploient, affichant récemment Lady Gaga en couverture du support. Ce dernier avatar de la blonde peroxydée MTV y est présentée comme la fille cachée de Madonna et de Warhol. Risible à première vue, la comparaison est loin d'être inepte : l'imposture artistique cherche une légitimité qu'elle semble trouver dans la vulgarité... à la grande satisfaction de l'industrie de l' « entertainment » musical.


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