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Deux univers qui se percutent sans violence...

Publié le 28 février 2010 par Sarah Oling
Un samedi dans un centre commercial, coutumière agitation.... Me réfugiant quelques instants  dans un salon de thé, à la seule table disponible, mon carnet et mon stylo posés devant moi, je laisse errer mon regard. A ma gauche, un homme semblant très âgé  se tient assis avec une étonnante raideur,  les mains posées devant lui, presque sans mouvement. Rejet.
Ainsi fut ma première réaction instinctive. Rejet. Au delà de mon habituel bonheur à aller à la rencontre, quelque chose en moi chassait cet inconnu, dont je n'apercevais dans l'instant que le profil.  Son sac, en déséquilibre sur la banquette que nous partageons, tombe. Il ne réagit pas et cela, cette absence de réaction, m'intrigue.  Le sac est lourd, il pèse de ce silence que je décide enfin de rompre en me penchant vers lui pour le ramasser. C'est ainsi que je vis, pliée sur ses genoux, une canne blanche. Vaguement honteuse, j'entre en contact avec lui et voilà que ce vieil homme cesse d'être un étranger.
Il se tourne vers moi. Ses yeux sont d'un bleu translucide, immenses. Je soutiens son regard, oubliant un instant la canne blanche et son aveuglante signification. Premiers mots échangés. Il me dit qu'il s'appelle  Yann... Avec ce que me semble un fort accent yiddish.  Ma raison se trouble. Yann, le prénom du personnage que j'ai créé pour "Le Rassembleur d'Etincelles". Ses yeux translucides. La canne, l'attitude, les miettes de gâteaux répandues autour de lui. Deux univers qui se percutent...
Je suis sur un banc avec Yann, à Villers sur Mer. Il attends un jeune élève qu'il forme pour entrer au Philharmonique de Berlin. Autour de nous, un peuple d'oiseaux se prépare à festoyer des graines lancées à la volée par le vieil homme. J'entends presque le bruit des vagues se cassant contre les rochers en contrebas. Quelqu'un joue au violon l'ouverture de Fidélio...
 Je me sens soudain violemment projetée en arrière par quelques mots prononcés d'une voix puissante :  "Vous aimez le foot?"  Et par une main qui me secoue avec insistance... Si j'aime le foot? Non, en vérité, je n'aime pas le foot, pas plus dans l'instant que d'être rejetée hors de ma rêverie. Ce vieil homme assis à ma gauche dans ce salon de thé se révèle être un fan de foot, qui veux là, tout de suite, me montrer un trésor qu'il possède, si je veux bien l'aider à ouvrir ce sac qu'il tient désormais serré contre lui.
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 Que faire? Lui dire que cette écharpe de l'Olympique Lyonnais qu'il sort comme un trophée vient d'étrangler un temps de partage entre nous? Casser son rêve à lui? Son rêve du temps où il était libre de voir ce qui pour lui représente plus que mon délire d'écrivain fatigué?  Je l'ai juste aidé à remettre son manteau, revêtir son écharpe totem, ai pris sa main un instant, puis l'ai regardé partir..
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