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L'écologisme,c'est quoi ? (2)

Publié le 28 février 2010 par Dominique Lemoine @lemoinedo

Je lisais dernièrement un article en 5 actes concernant une réflexion conduite par Claudio Pironne qui s'intitulait : l'écologisme est une impasse.
A cette réflexion politique que vous pourrez trouver sur le blog Skeptikos,  je souhaiterais présenter la vision de l'écologie politique que je défends au sein de CAP21. Bien évidemment cette vision n'engage que moi et pas mon parti politique.
La première chose que je souhaiterais faire comprendre est qu'il faut rompre avec l'idée que la planète est en danger du fait du changement climatique car ce n'est pas vrai. Ce qui est en danger, c'est le vivant qui ne pourra pas s'adapter si le changement est trop brutal.
La terre est née d'une gigantesque explosion où la vie n'était pas possible.  Puis les conditions de l'émergence de la vie se sont réunies et nous connaissons la suite...
Mais la vie est fragile, sa capacité d'adaptation nécessite du temps et si la transition est trop forte, alors la vie disparaît.
2010 est l'année de la biodiversité, c'est donc le moment de prendre conscience que nous connaissons une nouvelle période de disparition massive des espèces qui ne sont pas capables de s'adapter à la pollution physicochimique, aux modifications des territoires et au changement climatique.
Il faut rappeler à l'homme qu'il fait partie d'un tout qui le dépasse et dont il dépend. Si ce tout disparaît, alors la capacité de survie de l'homme pourrait être remise en cause.
Le deuxième point est de sortir de ces paroles sirupeuses qu'on entend régulièrement : relier notre lien qui nous unit à la mère nature.
En réalité, la nature n'est ni docile, ni protectrice. Elle est belle, magnifique, source de plaisir intense pour celui qui sait la contempler, source de repos et lieu de ressourcement pour celui qui sait composer avec elle.
Elle nous apporte la nourriture et l'eau indispensable à la vie mais  n'oublions pas que la nature est également prédatrice, insaisissable, colérique, secrète, complexe...
Regardons ses derniers grondements, le dernier séisme en date, les déserts qui avancent et les exodes qui en découlent...
Elle impose depuis la nuit des temps (la création même de la vie) à ses hôtes l'adaptation ou la mort. Donc, l'homme doit respecter la nature pour sa beauté mais il doit également respecter les lois non écrites qu'elle nous impose. Les anciens avaient appris au fil du temps mais aussi parfois à leur dépens à les lire  et respecter les règles élémentaires que la Nature nous impose.
Aujourd'hui, la foi en nous est trop grande, trop puissante pour que nous n'y prenions garde et ce sont les sursauts de la nature qui ont des conséquences dramatiques lorsque l'homme s'est installé dans des endroits non propices, lorsqu'il a modifié les grands équilibres naturels qui nous rappellent sévèrement à l'ordre.
Nous devons apprendre à regarder de nouveau la nature pour respecter les règles implicites qu'elle nous impose. Ces règles remettent l'homme à sa vraie place, c'est à  dire pas à celle d'un créateur qui maîtrise la nature mais à celle d'un des éléments du biotope, certes placé au sommet de l'intelligence et normalement de la raison, mais indivisible et sous domination des forces naturelles qui le dépassent.
 L'écologie politique maintenant
Engagé fortement depuis 1995  pour le développement d’une société plus juste, plus humaine, plus solidaire et ne pouvant pas me détacher de ma formation scientifique, il m’est très difficile d’adhérer à une pensée idéologique toute faite (de type pensée unique).
Ce point est important car l’idéologie écologique actuelle tente d’imposer un modèle unique universel de développement et tout le combat politique actuel est de savoir quelle sera l’idéologie qui s’imposera comme référence absolue.
Dans ce schéma, il est évident que toute personne qui ne se réfère pas aux modes de pensée dominants devient immédiatement un représentant de l’obscurantisme.
Face à ce comportement, je reprendrais une phrase qui me convient bien de François Bayrou « si nous pensons tous la même chose, c’est que nous ne pensons rien ».
Les écologistes devraient être vigilants en comprenant que tout système porte en lui les germes de sa propre destruction, c’est vrai pour le capitalisme et ce sera également le cas pour l’écologie si elle impose un mode de pensée unique !
Les trois piliers de l'écologie, comment les interpréter ?
Les trois piliers de l’écologie sont présentés comme une "chose statique"où le développement durable se trouve à l’intersection de l’environnement, de l’économique et du social. Ce schéma conduit à présenter une aire d’intersection ridiculement petite qui peut même conduire à s’interroger sur la véritable pertinence de cette durabilité !
Pour moi, cette structuration doit être vue dans une vision dynamique et l’objectif que nous devons avoir n’est pas de chercher à positionner notre action dans la petite aire qui correspond à l’intersection des trois disciplines mais à mettre en mouvement ces trois piliers afin que les centres de ces piliers viennent se superposer.
Lorsque la superposition sera effective, alors la durabilité sera complète, l’économie permettra de créer de la richesse et de l’emploi et la dimension sociale et humaine sera complètement intégrée à l’économie. La solidarité transversale (aujourd’hui) et verticale (demain) sera également garantie.
C’est cette mise en mouvement qui compte et, dans une vue élargie, on pourrait même penser que la superposition des centres de ces trois piliers permettrait un « passage d’ordre ontologique » entre ces trois cercles, mais c’est une autre discussion plus philosophique du développement durable qu’il faudrait engager.
Une phrase qui va peut-être mettre en colère certains écologistes, pour obtenir la DURABILITE, ce n’est pas de développement durable dont nous avons besoin (le développement durable étant probablement un oxymore) mais d’un développement soutenable.
Le problème de l’écologie politique est qu’elle est souvent source d’un « certain enfermement  intellectuel » qui pousse l’acteur (qui veut pourtant faire bien) à construire une sphère où la démocratie risque d’être absente.
Il faut veiller à ce que l’écologie ne devienne pas une source d’écototalitarisme (c’est dit !). Un livre « Quelle démocratie voulons-nous » (rédigé sous la direction d’Alain Caillé) met bien en évidence ce point. Dans le paragraphe « la démocratie au défi écologique » Geneviève AZAM  en fait l’analyse.
Nous avons une double problématique à régler : celle de la gestion de la rareté des ressources et celle d’une juste répartition dans le temps et dans l’espace des richesses (en prenant en compte les éléments démographiques).
Le monde contemporain dans lequel nous vivons est un monde fragmenté dans sa vision du progrès et dans la construction de son avenir. Il n’y a donc pas un objectif d’avenir commun au niveau  mondial mais un mille feuilles d’intérêts personnels ce qui rend difficile la gestion d’une maison commune qui n’est pas uniquement la terre mais la terre et sa biosphère.
Il y a aussi de nombreuses façons de s’inscrire dans la durabilité, les uns voient l’avenir dans un progrès illimité et continu de la technologie, les autres broient du noir et annoncent l’apocalypse pour demain.
Certains veulent donc privilégier l’individualisme et cherchent le bonheur dans un matérialisme exacerbé alors que d’autres voudraient imposer dès à présent de très fortes contraintes réduisant les libertés individuelles et nous projetant même sous une sorte d’écototalitarisme.
Tout le sujet est de savoir quelle démarche idéologique à emprunter : le top-down qui permet de structurer une démarche du haut vers le bas mais dont le risque évident est un glissement vers le totalitarisme.
Le bottom-up où les citoyens, les réseaux sociaux… essaient d’impulser une démarche démocratique mais dont l’efficacité n'est pas garantie (risque de se diluer dans des conflits d’intérêts particuliers).
Où en est la démocratie dans de tels schémas ?
Ce sera l'objet de mon prochain billet
Dominique Lemoine

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