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Des églises en bois

Publié le 06 juillet 2009 par Sylvie_bigant

Puerto Varas – Quellon … 01/01 – 08/01

Le départ se fait tard… il faut émerger, ranger les sacoches, nettoyer un peu la cabana. Les Suisses partent avant nous. Ils embarquent pour une croisière de quatre jours de Puerto Montt jusqu’à Puerto Natales. Nous les envions un peu, être quatre jours au chaud à voir défiler les côtes du Chili et jouer aux cartes… Pédaler avec des risques de pluie est beaucoup moins tentant en comparaison ! Heureusement les 75 km jusqu’au ferry se font au sec. C’est toujours la Panaméricaine, une grande route plate. Un petit transbordadore (ferry) nous fait traverser et en 20 min, nous sommes sur l’île de Chiloé. Nous campons dans le jardin d’une maison, une sorte de camping officieux (il y a une pancarte ‘Camping’ mais pas de douche !).

Petite journée pour arriver à Ancud, 30 km, et déjà nous avons un avant-goût de ce qui nous attend pour traverser l’île : beaucoup de montées et descentes. L’île est très vallonnée, des collines vertes à perte de vue, des prés clôturés, des petites fermes aux murs aux lattes de bois. Ancud est un petit port agréable aux maisons colorées. Céline et Félicien nous ont donné une bonne adresse : Su casa, une hospedaje tenue par un couple très sympathique d’une cinquantaine d’années. La maison est bien tenue, on voit que ses propriétaires en sont fiers. A l’étage, il y a une salle commune avec canapé, poêle en bois, wifi… Nous arpentons les rues en pente, faisons quelques courses au Full Fresh… ces grands magasins sont moins cher que les petites boutiques de village mais ils recèlent beaucoup plus de tentations aussi.

Le petit déjeuner est à la hauteur de ce que Céline et Félicien nous avaient annoncé : gâteaux, biscuits, pain, confiture maison, beurre, œufs au plat, fromage, charcuterie, jus de fruit… Nous sommes cyclistes et pourtant nous avons du mal à finir ! La crainte de la pluie et du froid nous rend toujours le départ difficile. Qu’est-ce qu’on aimerait tenir une hospedaje, s’affairer toute la journée bien au chaud plutôt que pédaler sous la pluie et dans le froid ! Heureusement, nous pédalons sous un grand soleil ce jour-là. Pédaler en t-shirt, prendre des photos, prendre son temps pour pique-niquer sans craindre de se refroidir… le soleil transforme le voyage à vélo. Nous quittons la Panaméricaine après une trentaine de km et prenons une petite route qui ondule sur les collines pour rejoindre la côte. La route est bordée de buissons aux fleurs jaunes, comme des genêts. De temps en temps nous passons une petite église en bois. A la côte, la route goudronnée se transforme en un chemin de terre aux montées impressionnantes. Nous sommes un peu inquiets, nous avons 30 km de ripio avant de rejoindre le goudron, plus au sud. Si en plus, il y a des montées très raides, nous ne sommes pas arrivés. Nous rejoignons l’Isla Aucar par une longue passerelle en bois. C’est une île minuscule, verdoyante et couverte d’arbres. Nous plantons les tentes derrière une petite église blanche et bleue. Beaucoup de gens viennent visiter et même pique-niquer mais nous sommes en fin d’après-midi, tout le monde est en train de repartir. Ben et Patrice repartent sur la terre ferme avec les outres. Un homme leur indique un robinet derrière sa maison : ‘Je pars mais vous pouvez vous servir. Faites seulement attention au chien, il est attaché mais la chaîne est un peu longue !’. Une fois que Ben a parlé au chien, l’animal se calme. En fait, ils manquent d’attention ces chiens de garde. Les chiens d’Amérique du Sud (en tout cas Chili et Argentine) sont beaucoup moins agressifs que ceux d’Asie. Ils nous coursent quand nous passons à vélo mais lâchent vite. Et il faut les voir quand nous pique-niquons : ils se posent à quelques mètres, ne réclament pas mais nous regardent d’un air tellement suppliant que nous ne résistons pas !

Patrice est malade toute la nuit, nous avons tous mangé et bu la même chose, difficile de savoir ce que c’est. Céline ne se sent pas très bien non plus, il faut dire que passer la nuit a côté de quelqu’un qui vomit n’aide pas. Ils décident de se poser à Quemchi, le village à quelques km en arrière, ils nous rejoindront demain par la grande route. Nous continuons sur la route en terre, il y a deux églises qui apparemment valent le détour. A peine sommes-nous partis qu’un fin crachin se met à tomber. Nous enfilons nos épais ponchos de travailleurs de la route et continuons notre succession de montées et descentes sur le gravier. La pluie complique tout : les patins de frein frottent sur les jantes pleines de boue, la chaîne prend aussi du sable, au niveau des pignons. Nous glissons sur les cailloux dans les montées malgré nos pneus cramponnés. Quant à nous, nous pédalons engoncés dans nos vêtements de pluie : veste plus poncho en haut, pantalon de pluie qui colle avec la condensation, guêtres pour protéger nos chaussures. La température tombe vite quand il pleut. Sylvie enfile ses gants en soie qui procurent un peu de chaleur même mouillés. Ben préfère enfiler ses gros gants mais ils mettent une journée à sécher une fois mouillés. La pluie s’intensifie et nous roulons dans une sorte de brume. Nous n’en revenons pas, comment le temps peut-il passer en 24 h d’ensoleillé à complètement bouché ? Les sacoches sont dégoûtantes, couvertes de boue et de sable. Les voitures passent dans les flaques et nous éclaboussent au passage. Nous avons hâte d’arriver et de nous mettre au chaud et en même temps, nous nous sentons un peu découragés à l’idée du nettoyage qui nous attend. C’est toujours gênant de rentrer chez les gens avec nos sacoches sales. Pour ajouter à l’ambiance, une voiture immatriculée en France nous dépasse, une main sort : ‘Bonjour !’ et continue… Quoi, c’est tout ? On en bave sous la pluie et ils ne sont même pas capables de s’arrêter pour dire bonjour à des compatriotes ? Nous rageons mais nous ne sommes pas surpris, les étrangers sont les derniers à s’arrêter en général. Ce sont les locaux qui nous offrent leur aide ou vérifient que tout va bien. Nous grignotons quelques chips sous l’auvent d’un magasin à l’intersection. La jolie église rouge et bleue de Tenaun est encore à 8 km, c’est-à-dire un détour de 16 km. Cette église est la raison pour laquelle nous avons fait ce détour par la route en terre mais il pleut tellement que nous décidons de ne pas y aller. Nous ne verrons rien et l’arrêt-déjeuner de 5 min nous a déjà bien refroidi. Juste après l’intersection, nous retrouvons le goudron avec une montée si pentue que Sylvie est obligée de pousser. Si les patins de frein ne frottaient pas sur les jantes, elle aurait pu pédaler mais elle craint pour ses genoux. Nous nous motivons pour les derniers 50 km en visualisant une chambre chaude et un bon feu. Nous arrivons complètement frigorifiés à Dalcahue, un petit port de pêche en face de l’île de Quinchao. Il n’y a pas beaucoup de choix pour loger mais nous finissons par trouver une hospedaje très sympa et notre chambre a même une salle de bain privée ! Avant de nous réchauffer sous la douche, nous devons encore enlever les sacoches des vélos, les nettoyer, mettre les sur-sacoches à sécher. La famille est très sympa, nous donne accès à une pièce avec cuisine pour mettre nos affaires à sécher et le père glisse gentiment nos chaussures près du fourneau à bois. Quelques heures après notre arrivée le ciel s’éclaircit…

Le lendemain, nous laissons un mot à Patrice et Céline sur la barrière près du ferry et partons pour Achao, un village sur l’île de Quinchao. Le bus roule au milieu des collines sous un grand ciel bleu, c’est exactement ce qu’il nous fallait hier ! L’église d’Achao est effectivement très belle, un superbe plancher de bois doré et un plafond peint en bleu sombre. Chiloé est réputée pour ses églises en bois. Chaque église semble avoir sa propre architecture, clocher à un ou plusieurs étages, toit généralement recouvert de tuiles en bois, murs bleus, blancs ou en bois naturel. Le village est agréable, les maisons ont aussi leurs caractéristiques, couleurs différentes, en tôle ou en bois, recouvertes de lattes horizontales, verticales et parfois de tuiles en bois. Nous retrouvons Patrice et Céline le soir au supermarché. Ils ont pique-niqué juste à côté de notre petit mot et ne l’ont pas vu !

Petite journée de 20 km pour rejoindre Castro, la ville principale de l’île. Céline est fatiguée, du mal à pédaler, manque d’appétit. En bus, un malaise passe inaperçu mais pas à vélo. Castro est réputée pour ses palafitos, petites maisons colorées sur pilotis. De loin, ces rangées de cabanons un peu bancales paraissent charmantes mais on se dit que de plus près, ces logements ne doivent pas être très salubres. Nous visitons l’église de Castro, sur la place principale, encore un style différent, l’intérieur est en bois verni clair. Nos sacoches ne sont pas suffisamment imperméables, surtout celles du bas. Nous achetons un grand poncho et tentons d’emballer les sacoches dedans mais au final, c’est trop compliqué à coudre. Ben bricole des protections avec des sacs poubelle et beaucoup de scotch. Quand on arrive tout boueux le soir, il n’y a plus qu’à sortir les sacoches des sacs poubelle, toutes propres !

Il n’y a qu’un ferry par semaine pour Chaiten et le bateau part de Quellon, la ville tout au sud de Chiloé. D’habitude, en été, il y a aussi un bateau de Castro mais il ne démarrera que deux semaines après notre passage. Céline ne se sent toujours pas très bien donc ils mettent le tandem dans le camion d’un transporteur et prennent le bus. Cette fois-ci, pas de messagerie sauvage, ils nous laisseront un mot à l’office du tourisme pour que nous sachions où les retrouver. Nous bavardons avec deux jeunes Israéliens très sympas avant le départ. Nous en croisons beaucoup, souvent en bande de cinq ou six. Ils voyagent quelques mois après leur service militaire et en profitent pour se défouler … C’est un des sujets récurrents d’ailleurs : ‘les Israéliens, ah oui, on a de la chance, on n’a pas encore eu trop affaire à eux…’. Nous entamons la route sous un ciel couvert et déjeunons sur le bord de la route sous un fin crachin. Déjeuner est plus facile que dans beaucoup de pays d’Asie. Ici, nous sommes revenus aux sandwichs pain-moutarde-jambon-fromage-avocat … les jours fastes. Les jours maigres, c’est pain-moutarde-thon voire même juste crackers-thon quand il n’y a pas de boulangerie. C’est agréable de pouvoir se poser quand on veut sur le bord de la route plutôt que d’attendre qu’un petit resto apparaisse. Le ciel se découvre dans l’après-midi et nous apprécions la balade. 85 km vallonnés mais la route est goudronnée ! Patrice et Céline nous ont laissé l’adresse de l’hospedaje à l’office du tourisme. Les chambres sont minuscules mais il y a une pièce commune avec un poêle sur lequel nous pouvons cuisiner. Nous y passons la journée entière le lendemain, le bateau ne part qu’à minuit. Vers 8h du soir, nous rejoignons le port. Le bateau est à quai, un grand ferry orange et bleu. Une surprise nous y attend, un bus avec une énorme remorque, ‘Das Rollende Hotel’, le même bus que nous avions vu á Aksu, en Chine, en juillet dernier ! Enfin, la même agence de voyage plutôt. Bizarrement ces bus sont immatriculés en Allemagne alors qu’ils ne quittent probablement pas le pays où ils sont. De jour, les gens voyagent dans le bus et le soir, ils s’arrêtent près d’un hôtel pour profiter de la salle de bain. La remorque s’ouvre sur toute la longueur pour que chacun puisse accéder à son lit superposé. Nous retrouvons aussi trois cyclistes, un couple américain et une Néo-Zélandaise qui habitent Santiago. Les filles enseignent l’anglais et lui s’est lancé dans la fabrication de sacoches de vélo ! Nous attachons solidement vélos et bagages, le second qui supervise l’embarquement nous disant qu’il y a pas mal de mer. En fait, il nous fait marcher ! Le départ était annoncé pour minuit mais nous ne partons qu’à 3h et demie du matin. Apparemment, il n’y a pas d’électricité à Chaiten, il faut attendre qu’il fasse jour pour accoster.


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