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Premiers pas vers la culture africaine

Publié le 16 janvier 2010 par Gnali
Jeune enseignante, je suis nommée dans un quartier du Havre où la population africaine représente 30% des effectifs de nos classes de maternelle.ils s’agit surtout de sénégalais et de maliens. Cette année là je travaille auprès d’enfants de 4 à 5 ans et deux frères n’ayant que 4 mois d’écart attirent particulièrement mon attention ! Au début de l’année ils sont timides, baissent la tête chaque fois que je m’adresse à eux, mais curieusement ils sont très câlins, l’un d’eux, lorsqu’il est contrarié se refugie dans mes bras par je ne sais quelle escalade, léger comme une plume !
Plus tard dans l’année, disons le clairement, ils vont dépasser les bornes, je vais donc les réprimander et pensant juste obtenir le soutien du papa qui parle bien le français, je lui explique le nouveau comportement de l’un des 2 frères : la réponse fût, une gifle pour l’enfant et « s’il te désobéit, tu n’as qu’a le frapper ! »
Vous pouvez imaginer mon sentiment de désarroi ! Désormais je m’abstiendrais de raconter les bêtises de ces deux petits fripons, et je me contenterais de leur faire comprendre à ma manière, plus pédagogique !
En discutant avec mes collègues tout aussi nouveaux dans le quartier que moi, nous nous rendons compte qu’en général, les enfants africains (qui sont des enfants jeunes, parfois primo-arrivant, ne parlant pas toujours le français pour les 2/3 ans), que ces enfants là donc, qui sont effacés au début de l’année, deviennent dissipés ou bavards pendant le travail , au fur et à mesure du temps qui passe .
Autres constations : on ne sait jamais qui est la mère de qui : une femme vient chercher un groupe d’enfants en allant de classe en classe , en ayant pour tout bagage qu’un minimum de mots français : (c’est ainsi qu’un jour ,l’une d’entre elle met sa tête à ma porte et me demande « y’a plus de noirs là-dedans ? »)
Nous apprendrons aussi que pour tout problème, il faut demander à voir le papa qui lui, parle français et qui parfois nous étonne en sortant une liasse de billets pour régler la totalité du voyage scolaire trois mois à l’avance, alors que nous sommes plutôt habitués dans ce quartier difficile à accorder, des étalements qui durent toute l’année.
Sans dire que tout ceci nous contrariait, lorsque nous avons appris qu’un monsieur sénégalais d’une association de quartier donnait une conférence pour expliquer la culture africaine, nous y sommes allés de bon cœur et de nombreuses situations devinrent claires pour nous :
Si les enfants baissent les yeux lorsqu’on leur parle, c’est parce qu’on représente l’autorité parentale ! (inutile donc de leur dire « regarde-moi quand je te parle ! »)
S’ils dépassent les bornes 4 mois plus tard, c’est parce que les enseignants de maternelle, croient à l’apprentissage par le jeu, et celui qui joue ce n’est pas celui qui détient l’autorité chez eux !
Si les enfants bavardent pendant les ateliers de lecture, au lieu de chercher seuls la solution, s’ils copient, c’est parce que depuis qu’ils sont tout petits, on leur apprend à s’entraider, pas à faire mieux que le voisin ou à être «le premier » !
S’ils se refugient dans vos bras c’est parce que le rapport au corps est plus tactile chez eux que chez nous !
S’ils ont de magnifiques dentitions, c’est parce que leur alimentation est dépourvue de sucre !
S’il faut faire venir le papa, ce n’est pas seulement parce que lui est en France depuis plus longtemps que la maman, et qu’il parle mieux le français, c’est parce qu’il est le chef de famille (autorité et finances : souvent c’est lui qui fait le plein de courses au supermarché !)
Si les mamans ne sont pas toujours très souriantes, c’est parce que nous sommes perdus , nous ne savons pas qui est la maman de qui , nous savons qu’il y a plusieurs épouses mais quelque part cela nous rend mal à l’aise, nous ne savons pas comment ils vivent et ce qu’on peut dire et à qui.
Pourtant si nous savions que ces femmes déracinées, habituées à vivre en cohabitation, installées chacune dans un appartement, si nous comprenions qu’elles se sentent seules loin des leurs, des sœurs, mère, tantes qui les aident sans doute à vivre la polygamie…nous saurions peut-être les aider à s’ouvrir, elles se sentiraient moins « prise de haut »!
Lorsque j’eus compris tout cela, je sus m’adapter, c’est alors que je me pris d’intérêt pour une magnifique sénégalaise, toute aussi ronde que moi, mais tellement belle avec son port de tête, sa coiffure travaillée toujours assortie à sa tenue ! Son boubou tombait négligemment sur son épaule ronde et brune, à la peau si parfaite !
Elle parlait vraiment très bien le français ! Elle avait déjà 4 ou 5 garçons, un dans le dos, un trottinant à coté d’elle l’autre en petite section et le mien en moyenne section !elle était toujours souriante, et bientôt, je lui fis quelques compliments sur sa maîtrise du français « mais quand on a la tête bien faite, il n’y a pas de problème à parler français ! » me répondit-elle !
Au fur et à mesure, j’ai vu cette femme, faire partie d’une association d’intégration africaine, et à ce titre, avec une amie, paraître en photo dans le « Océane »local !mais surtout, et là, ce fût ma plus grande surprise ( de celles qui vous épatent ) lire un texte aux enfants de la classe !
Nous avions été invités par la crèche du quartier, à l’occasion de Noël je crois. Son amie et elle, assises à même le sol, allaient nous lire une histoire !
Les enfants s’assirent en tailleur devant elles et se turent respectueusement : leur lecture était courante mais encore hésitante à la manière des « grands de la grande école » qui venaient nous lire des histoires ! Et là … je vis les enfants s’allonger un à un devant elles… s’appuyant sur leur avant bras … attentifs ….passionnés même…. Et ce jusqu’à la fin de la lecture !
Je suppose qu’elles ont ressenti ce que j’ai aussi ressenti pour elles : de la fierté ! Quelle victoire sur l’intégration, sur leur vie de femme !
J’ai revu cette dame dernièrement sur son lieu de travail, ses enfants sont grands mais elle est toujours aussi belle, aussi souriante et toujours bien dans sa culture, comme dans la nôtre.
RMQ-ZAKO

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