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Un “Crazy Heart” qui bat la chamade

Par Kub3

The Crazy Heart passe plutôt inaperçu dans les salles françaises… à tort. Récemment récompensé par l’Oscar du Meilleur Acteur, Jeff Bridges y est impressionnant dans son incarnation d’un chanteur de country vieillissant. Une belle variation sur une rédemption annoncée.


Jeff Bridges, figure bien connue des amateurs de bowling depuis son rôle du “Dude” dans The Big Lebowski, s’extirpe de son Van, dévisse sa bouteille en plastique et en vide la pisse sur le parking. “A fucking bowling“, peste-t-il en claquant la portière rouillée, avant de se diriger vers l’entrée, sa guitare à la main.

Ainsi débute Crazy Heart, film sur le fil d’une tournée d’un chanteur de country vieillissant qui carbure au Bourbon. De bars de seconde zone en cachets ridicules, de motels minables en autoroutes brûlantes où l’on s’endort au volant, cuisant sous le soleil du Nouveau Mexique, Bad Blake traîne sa carcasse blasée, enfoncé par le succès fracassant de son poulain Tommy Sweet. Jusqu’au jour où son Van défoncé va croiser la route de Jean, journaliste débutante de l’Oklahoma, et qui va tomber sous le charme de ce vieux country singer… Film cliché aux ficelles usées comme une selle de Peau Rouge, histoire d’amour gonflante à la sauce texane, venez-vous de grimacer ? Rangez vos colts, car Crazy Heart est loin d’être un énième film d’initiation boursouflé de bons sentiments.

Tout d’abord car Jeff Bridges et Maggie Gyllenhaal sont tous deux d’excellents acteurs - l’un dans le rôle du vieux cow boy blasé, l’autre de la journaliste paumée -, et que le réalisateur Scott Smith sait éviter les lourdeurs : on n’est ni dans un film-hommage au dénouement insipide comme une cannette de bière américaine, ni dans un film de genre. Rien à voir donc avec Walk the Line, ou encore moins avec Walk Hard, sa parodie délirante menée tambour battant par John C. Reilly.

Autre qualité majeure : la musique, très bonne. Pas de reprises de tubes ni de mimétisme à la Johnny Cash, la bande originale est composée par l’excellent T. Bone Burnett, qui a joué avec Bob Dylan dans les années 70 (sur la Rolling Thunder Review pour les amateurs) et fut conseiller artistique pour la musique du film O Brother. Et Jeff Bridge chante, plutôt bien d’ailleurs.

Enfin, si les histoires de rédemptions, on en a déjà vu un paquet, elles ont rarement sonné aussi juste que celle-là. La scène où Jeff Bridge perd le petit garçon de Jean dans un Mall - un de ces centres commerciaux démesurés - et qui titube imbibé d’alcool, bousculant les passants qui préfèrent s’éloigner de ce vieux débris, est réellement magnifique. On pense à Macadam Cowboy, à la démarche cassée de Dustin Hoffman, mais aussi aux âmes en peine qui peuplent les nouvelles de Salinger.

Bad Blake est plus généralement le symbole d’une époque en voie de disparition, celle des musiciens sans portables, avalant les kilomètres dans des camionnettes poussives, loin des bus de tournées luxueux et des hôtels aseptisées. La rencontre avec le frétillant Tommy Sweet, celui à qui il a tout appris, lorsqu’il doit - humiliation ultime - faire sa première partie, est un beau symbole de cette confrontation entre deux époques du show business, le vieux briscard et la nouvelle star, la vieille école et la country FM. Comme un ultime représentant d’une Amérique complexe qui n’en finit pas de mourir, Bad Blake traite son groupe de musiciens d’un soir de “hippies” mais marmonne à Jean qu’il “doit tout aux gars du Delta” (du Mississippi, c’est-à-dire les bluesmen noirs).

On aurait pu en sortir blasé, maudissant un mythe américain recyclé à l’envi. On en ressort au contraire les joues en feu, ravi de voir Jeff Bridge dans un rôle aussi juste. Si juste qu’il lui a permis de décrocher l’Oscar du meilleur acteur. Allez-y, ca vaut le coup.

Un “Crazy Heart” qui bat la chamade

En salles le 3 mars 2010

Crédits photos : © Twentieth Century Fox France


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