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Genève: la salsa du maton ou le triomphe de l’éthiquement honteux

Publié le 24 novembre 2007 par Kalvin Whiteoak

Dans une édition récente, la Tribune de Genève glorifie le succès remporté par la dernière revue de la Prison de Champ-Dollon, la prison en chantant, qui a selon l'organe de presse pas très inspiré ni critique sur ce coup-là, enchanté deux soirs de suite plus de 900 personnes. On y voyait un directeur moustachu et des gardiens chantant et jouant la vie de prisonniers, les petites histoires de la maison, et bien sûr aussi quelques têtes couronnées du barreau genevois avec lesquels ce Messieurs Dames ont joué aux quilles comme si c'était drôle. Et tout le monde d'applaudir, de se marrer grossièrement comme est capable de le faire le maton lambda dont la cervelle et le sens critique sont proches de ceux de l'ornithorynque, sans injure pour cet animal.

Ce genre de revues est scandaleux tant sur le principe que quand on sait comment sont traités les "pensionnaires de cet établissement", brimades, abus de pouvoirs ou pas loin, combines diverses, trucs et astuces, compromis discutables bref toute la panoplie du parfait maton usant et abusant du pouvoir que lui donne son fameux trousseau de clés.

Ce blog s'est évidemment renseigné auprès d'ex-pensionnaires de l'établissement avant d'écrire ces lignes, et ceci de façon non univoque. Les témoignages sont terrifiants. Prison surpeuplée et complètement déglinguée, destinée à la prison préventive de personnes non encore jugées et donc réputées innocentes, tant en ce qui concerne le bâtiment que l'état d'esprit qui y règne.

Il y a certes encore quelques spécimens de matons d'une ancienne génération, qui font leur travail avec la noblesse et le respect requis par la fonction. Mais ces spécimens se font de plus en plus rare, retraite à 55 ans au maximum oblige …les nouveaux petits chefs en revanche, et aussi les petites cheffes car elles règnent de plus en plus sur leur population masculine, ont un tout autre état d'esprit : ils entrent dans le métier sans aucune conviction car ils ont généralement raté l'école de police ou leur examen de fin d'apprentissage, et ils ne voient que trois choses importantes dans leur choix : le travail de fonctionnaire hyper-cool et hyper-protégé (ils passent une grande partie de leur temps dans des petites cabines en verre au fond des couloirs de couleurs diverses pour jouer sur des ordinateurs, ou pour faire des travaux pour leur propre compte, ou encore pour planifier leurs futures vacances sur internet en machouillant le chocolat qu'ils ont retiré d'un colis à un détenu car il ne correspondait pas aux normes…), les horaires débordant sur la nuit qui leur donnent des compensations inégalées dans aucune profession, et la retraite est assurée comme celle des flics, à la fleur de l'âge. Il n'y a pas de vocation chez ces gens-là, il n'y a qu'opportunisme socio-économique. Et surtout que l'un d'eux ne s'avise pas d'être sympa avec un détenu, il sera immédiatement rangé au rayon des empêcheurs de tourner en rond.

Savez-vous que pour pouvoir espérer faire un téléphone de 5 minutes à sa famille, le détenu standard doit remplir des formulaires qui suivent toute une voie administrative et qui, en cas d'acceptation de la demande, permettront au requérant de faire un téléphone à une heure donnée (disons 15 h) le mercredi x du mois y mais avec un délai d'attente de plusieurs semaines. Supposez maintenant qu'il y ait un décalage horaire avec l'endroit où il souhaite téléphoner, et vous verrez le plaisir et la facilité avec laquelle le maton standard peut mettre les batons dans les roues quand et comme il veut. Enfin pour couronner le tout, le téléphone est lui-même surveillé voire enregistré selon les cas.

Et le nouvel arrivant qui voudrait des cigarettes, et bien il lui faudra patienter le temps que le préposé à la cantine veuille bien se réveiller, ceci à condition qu'il dispose d'une somme d'argent sur son compte… et le mépris marqué pour les visiteurs qui sont traités comme des co-responsables, etc. mais ceci ne sont que de petits exemples quotidiens.

Bien sûr il y a des exceptions comme partout, tant dans les matons jeunes que dans les chefs expérimentés. Mais malheureusement ce ne sont sont que des exceptions à une règle bien répandue.

Et après ce genre de traitements le maton s'en amuse publiquement en en tirant une revue destinée à faire rire le public, même si on peut penser que la majorité du public était composée des femmes de matons ou des maris de matonnes? c'est vraiment moralement n'importe quoi et scandaleux face aux détenus dont ils ont la responsabilité. Leur condition ne prête ni à rire ni à sourire. Quant à la Tribune de Genève, elle ferait mieux de réfléchir avant de publier n'importe quel article laudatif sur une manifesation choquante et absolument inacceptable.

Crédit photographique : Magali Girardin -Tribune de Genève 


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