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Connexion cérébrale directe

Publié le 26 novembre 2007 par Anne-Caroline Paucot

ET SI LE VIRTUEL DEVENAIT RÉEL ?

« Vous n'avez jamais rêvé de chevaucher un dragon ? Moi si. Et maintenant je sais que bientôt, ce sera possible ». Le visage de J. Chipan s'éclaire d'un sourire béat. Ce quarantenaire faisait partie, le 12 novembre 2022, des dix volontaires de la première séance de simulation/stimulation (simstim) par Connexion cérébrale directe (CCD). Une technologie développée à Grenoble au sein de l'unité « Neurobiotique » de l'Inserm.

Mission impossible

Quatre longues années que le professeur Krapecski, le directeur du projet, planchait sur la simstim. « J'ai bien failli tout lâcher ! », nous confie-t-il avant d'ajouter : « La simstim n'est pourtant qu'une simple amélioration des interfaces homme/machine… ». En effet, la CCD est utilisée depuis presque 10 ans par les amputés et les tétraplégiques. C'est un réseau de 100 000 nano-électrodes qui plonge entre les neurones, recueille les influx nerveux et les transmet aux boîtiers de commande des prothèses cybernétiques. Dans le cas de la simstim, il suffit, en théorie, d'inverser le processus. Le même réseau d'électrode envoie de brèves décharges pour stimuler les neurones et donner naissance à des sensations. Mais parmi les milliards de connexions neuronales, lesquelles faut-il activer pour créer l'image d'un chat ? Et celle d'un vieux matou gris et déplumé ? A une synapse près, tout change… Mission impossible, apparemment.

L'éminent chercheur se souvient : « c'est en 2019 que j'ai eu l'idée de cibler les neurones avec des nanorobots à tête chercheuse, les "nanolimiers" ». Trois ans plus tard, cette technologie qu'on n'espérait plus, était enfin au point.

« Ça va arracher »

La simstim par CCD est lourde pour le cobaye, avec un passage obligé au bloc opératoire. Mais l'expérience est complexe. Tout d'abord, des marqueurs sont administrés directement dans la boîte crânienne. Ils se fixent sur les synapses en attendant d'être activés. Puis on injecte les nanoélectrodes dans le cortex cérébral à l'aide d'une couronne d'implants. À la pointe de chacune de ces milliers d'électrodes, il y a un nanolimier. Quand une synapse est activée, ses marqueurs s'aimantent et les nanolimiers sont attirés. Ainsi, les nanorobots guident leur électrode à travers la matière grise pour la connecter à un neurone, en toute sécurité et en moins d'un dixième de seconde.

Il ne reste qu'à stimuler tour à tour les différentes aires cérébrales par une succession effrénée d'images subliminales et d'hypnomusic. Le cerveau est bientôt quadrillé par les mailles serrées et précises d'un filet d'électrodes. La séance de CCD peut maintenant commencer…

Le film ? Tout juste un quart d'heure de promenade dans la dernière réserve de la forêt amazonienne. Mais pour certains, ce fut une révélation. J. Chipan témoigne : « J'en avais les larmes aux yeux… j'ai toujours rêvé de me planter une électrode dans le crâne. Le livre "Neuromancien" et le film "Matrix" m'ont fasciné quand j'étais gosse ! ». D'autres voyageurs étaient plutôt déçus, à l'image de R. Gharbi, un collégien de 18 ans : « C'était tout naze. Mais quand on se branchera en C2D sur le réseau, ça va arracher… ».

Avant la fin de l'année

La « C2D » promet bien un raz de marée commercial, l'Inserm en a conscience. Le laboratoire s'est donc associé à IBM-Free-Alcatel l'année dernière. Les ingénieurs de la multinationale planchent encore sur les modems Internet de Connexion cérébrale directe. Mais la modernisation des antiques salles de cinéma 4D a déjà commencé et Ibfreetel prévoit d'inonder le marché de platines CCD de salon avant la fin de l'année. Face à cette frénésie, le professeur Krapecski oppose quelques réserves : « La simstim cinéma devra être rigoureusement testée. Le réseau, les jeux vidéo ? Pour tous les scénarios incontrôlables, il est peut-être trop tôt. Les réactions psychologiques et physiologiques sont encore mal connues… ».

Deux voyageurs étaient absents de la conférence de presse du 13 novembre 2022. D'après le professeur, ils avaient ressenti un léger stress ainsi qu'un vague malaise pendant l'expérience.

Gageons qu'améliorer la technique permettra d'éviter ces petits désagréments.


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