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Livre: D'un autre monde de Claude Crozon

Par Jemlyre

Titre: D'un autre monde

Auteur: Claude Crozon

Editeur: Robert Laffont

Nombre de pages: 480

9782221114667

4è de couverture:

1914. Appelés sous les drapeaux, les hommes de la famille Kergalin sont arrachés à leur maison et à leur Bretagne natales. Ils reviendront blessés ou traumatisés et, désormais, pour eux comme pour les femmes qui ont dû s’organiser en leur absence, “rien ne sera plus comme avant ”…

Vaste fresque éclairant notre temps, D’un autre monde fait vivre plusieurs générations emportées dans le siècle par les grondements de l’histoire. Affrontant le fracas des guerres et les assauts de la modernité, héros ou lâches, tour à tour jouets et maîtres de leur destin, les Kergalin nous touchent,
comme s’ils étaient les membres de notre propre famille.

Mon avis:

Le choix de lire ce livre n'était pas fortuit car j'ai toujours été attirée par les sagas familiales et le suivi de l'évolution des personnages d'une génération à l'autre.
Voir que Mme Crozon est psychanalyste était un argument de plus pour ce choix, et je me réjouissais de lire ce roman.
On se plonge très vite dans le récit, la description des premiers personnages est parfaite. L'état d'esprit de la mère, sa dépression qui pousse le fils à vouloir devenir psychiatre et le bouleversement de l'ordre établi avec ces enfants qui veulent quitter le giron familial pour évoluer en dehors du domaine séculaire, de la terre de leurs ancêtres.
Puis la guerre éclate en suscitant des réactions diverses. Savons-nous réellement pourquoi l'on s'en va en guerre ?
Nous assistons au retour avec son lot de blessures physiques et psychiques.
Les Kergalin essaient de se reconstituer tant bien que mal. Comme dans  toutes les familles, il y a des non-dits , des secrets qui ont un impact non négligeable sur les individus.
Je n'en dirai pas plus pour ne pas trop gâcher la lecture de ceux qui n'ont pas encore lu le livre.
Le personnage d'Etienne m'a beaucoup touchée. Son courage, sa droiture, sa sensibilité.
Cela révèle sûrement quelque chose à propos de ma propre personnalité.
La scène de l'enterrement d'Alice m'a tiré des larmes. Joliment décrite, elle est très émouvante.
Au fur et à mesure des descendances, les personnages se multiplient et il devient difficile de les suivre, à moins d'essayer de faire un arbre généalogique (ce que je n'ai malheureusement pas fait).
Heureusement, l'auteur fait parfois, et très adroitement, des rappels qui remettent dans le contexte.
Cette multitude de personnages fait qu'il devient malaisé de creuser la personnalité de chacun.
J'avoue avoir eu énormément de mal à suivre vers le milieu du roman, et que mon enthousiasme a faibli mais, j'ai bien fait de continuer ma lecture.
Il est très intéressant de voir comment les lois de la génétique font que certains traits de caractère ou traits physiques apparaissent chez la descendance, même lointaine.
Avec l'histoire des Kergalin, nous suivons également l'Histoire de l'humanité. Des reflexions très intéressantes sont faites sur les guerres en général et les guerres coloniales en particulier. La période nazie, la politique nationale et autre.
Belle phrase que celle d'un des personnages qui explique qu'il lui serait difficile de dire à ses enfants
qu'il les nourrit avec l'argent de la mort et de la désolation.
La Bretagne est également un élément central. J'ai personnellement appris des choses sur les bretons et certaines de leurs spécificités culturelles.
Venons en à Pauline. Personnage auquel l'auteur consacre plusieurs pages.
C'est celle qui réfléchit à l'histoire de la famille, celle qui remue les cendres et découvre quelques « faces cachées » de certains membres de sa famille.
Celle qui lit les carnets familiaux et décide d'écrire un roman. L'écriture qui peut parfois exorciser quelques démons...
Pauline, prénom équivoque qui désigne deux personnes importants dans la vie d'un homme dont j'éviterais de citer le nom pour ne pas trop en révéler.
Enfant, elle avait peur de son père et s'est sentie rejetée par lui. Plus tard, elle comprendra la complexité de ce père et les souffrances qui l'ont marqué. Ce qui explique au moins partiellement son incapacité à témoigner de l'affection à ses enfants.
Comme quoi, il faut parfois s'abstenir de juger les gens sur leur partie « émergente ».
L'histoire de Kergalin me semble parfois tellement vraie...
Est-ce basé de près ou de loin sur certains faits réels ? Qui est Pauline dans la réalité ?
Bravo à l'auteur qui a su donner vie à tous ces personnages !
Un clin d'oeil aux générations de chiens de Kergalin. Leurs noms m'ont beaucoup intriguée.
Par exemple, « Penn du » me rappelle « pain dû » mais peut-être est-ce juste le fruit de mon imagination ?

Je viens d'apprendre que cela veut dire "tête noire" en breton .


A noter également l'importance de la transmission de la « terre » , du « domaine », porteurs d'histoire.
L'importance de la famille qui malgré les nombreuses séparations et les événements déstabilisants réussit toujours à se reconstituer.
Le sort du domaine de Kergalin à la fin du roman m'a un tout petit peu déçue. J'aurais préféré que l'on continue à y vivre.
Par ailleurs, le style sobre et le bon découpage en chapitres rend la lecture de ce livre vraiment très agréable.
Ayant lu et beaucoup apprécié tous les romans de Zola notamment la série des Rougon-Macquart, je me demande si l'auteur a prévu d'écrire d'autres romans pour détailler la vie de  certains personnages ? Ce serait à mon sens, une excellente chose.

Un grand merci à Blog O Book qui propose toujours des partenariats de grande qualité et aux éditions Robert Laffont ainsi qu'à Mme Crozon pour ces bons moments de lecture.


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