Magazine Société

Publié le 27 novembre 2007 par Jlhuss

A Villiers-le-Bel, le dispositif policier à nouveau renforcé pour éviter de nouvelles violences
LEMONDE.FR | 27.11.07

Philippe Gras a interviewé Maxime Gremetz :

Ph.G. : Les troubles qui ont eu lieu dimanche soir à Villiers-le-Bel se sont propagés dans la nuit de lundi à mardi aux communes voisines : doit-on redouter une flambée de violence identique à celle de l’automne 2005 ?

Maxime Gremetz : Non, je crois que la situation n’est pas comparable. Pour autant, si on pense qu’on a résolu le problème en rétablissant le calme, c’est une erreur ! Le problème est toujours là, c’est l’accumulation du chômage, du développement des familles monoparentales avec des bas revenus… À Amiens, ce sont 60% des jeunes qui sont à la recherche d’un emploi, malgré des qualifications. Il y a aussi la discrimination : beaucoup de se plaignent de la police à Amiens, disent qu’on leur manque de respect, qu’on les traite de délinquants en puissance alors qu’ils sont français. Ces jeunes ont les mêmes devoirs, mais ils ont aussi les mêmes droits. Alors, il y a bien sûr la drogue et le développement de l’économie souterraine, et certains arrivent à en être des organisateurs dans les quartiers.

Le gouvernement Villepin avait promis beaucoup d’argent pour les quartiers déshérités, qu’en est-il aujourd’hui de cette manne financière ?

Rien n’a été fait ! On a parlé d’un plan Marshall pour les cités, mais la réalité est tout autre. Rien n’a été résolu : ce ne sont pas les grands groupes qui s’installent dans les ZUS, ce sont de petites entreprises du secteur tertiaire, des bureaux d’études par exemple, qui n’embauchent pas forcément les gens qui habitent là. Ce ne sont pas des mesures réelles… Pourquoi, dès qu’il y a un incident, ça prend des proportions extraordinaires ? Des gens ont cru aux promesses qui leur ont été faites et ils s’aperçoivent qu’il existe un gros décalage. Il ne faut pas nous raconter d’histoire : les crédits pour la politique de la ville sont en régression. Il y a un malaise chez les étudiants, la réforme de la carte judiciaire etc. Ce que voient les jeunes, c’est que le pouvoir d’achat de leurs familles est en baisse. Alors ça mijote et ça peut bouillir : on peut arriver à une situation explosive !

Les observateurs ont depuis souvent tiré la sonnette d’alarme au sujet de la dégradation des conditions de vie en banlieue, comment les ressentez-vous dans les contacts que vous avez au niveau local ?

Le fait est qu’on impose et on n’écoute pas les gens… Au point que le maire ne peut plus se rendre dans les cités d’Amiens-Nord ! Moi, j’y vais toujours, sans garde du corps. Ce n’est pas si facile d’établir une relation de confiance, et c’est la volonté des communistes de ne rien faire sans avoir écouté les gens. On fait de grandes réalisations, de grands chantiers sans toucher à des quartiers qui restent délaissés. Il faut au contraire donner la priorité au social et mettre l’humain au cœur de tout. Il faut des lieux de rencontre où les associations jouent un grand rôle, mais il faut aussi leur donner les moyens d’agir.

Y a-t-il une responsabilité des édiles dans leur façon de gérer les communes : le cadre de vie, l’habitat, l’emploi ?

Il y a bien sûr une part de responsabilité des collectivités locales, mais elle n’est pas grand-chose tant qu’il n’y aura pas une politique globale à même d’offrir un emploi à tout le monde. On dit qu’il faut travailler plus, on recule l’âge du départ à la retraite, et il n’y a toujours pas de place pour les jeunes. C’est essentiel de construire des crèches, de favoriser l’accès au logement, mais aussi d’apporter du soutien scolaire, de l’animation culturelle et sportive. Il est important pour cela de beaucoup aider les associations. Il faut les rassembler pour avec elles définir les priorités, parler le langage de la franchise et de la confiance. Il ne faut pas seulement des moyens, mais discuter avec les gens des choses à mettre en œuvre.

La plupart des troubles qui se sont produits en novembre 2005 l’ont été dans des communes gérées par des socialistes, et très peu dans les municipalités communistes : y a-t-il une façon de faire propre à celles et ceux qui partagent votre sensibilité politique ?

Il ne faut pas politiser ces choses-là et surtout, il faut écouter les jeunes. À Amiens par exemple, on a de grands ensembles où habitent 32.000 personnes. On rassemble les gens dans des ghettos, et on accumule les difficultés. Souvent, le maire doit se battre pour faire construire du logement social, mais en définitive, c’est le préfet qui donne son quitus ! L’important à mon avis, c’est de toujours associer les gens aux décisions, car ils ressentent le besoin de participer. Il y a une attitude communiste plus qu’une réponse tout faite à ces questions, mais j’observe que dans certaines communes, des maires de droite s’en sont inspirés.

Guérilla

Pierre-Jules GAYE
Mercredi le 28 novembre 2007

Les événements des deux dernières nuits dans le Val d’Oise qualifiés d’émeutes sont des révoltes en forme de guérilla urbaine, L’utilisation d’armes à feu était déjà de rigueur lors des violences dans les banlieues du 93, il y a deux ans, mais cette fois, la pratique s’est généralisée à Villiers-le-Bel où plus de quatre-vingt policiers ont été blessés. Des manifestations de violence qui ont atteint le paroxysme. Y compris à l’hôpital où les blessés s’employaient à en découdre. au point qu’il a fallu mettre en place un hôpital de campagne réservé aux policiers afin de les protéger.

Ces actes qualifiés de criminels par François Fillon sont “inacceptables, intolérables et incompréhensibles”, sauf à légitimer une guerre civile. Rien ne saurait justifier la destruction des équipements publics, école maternelle, bibliothèque, les tirs rangés contre les forces de l’ordre, l’ordre républicain, l’autorité de l’Etat ébranlée par cette guérilla urbaine.

Rien ne saurait le justifier, même pas l’état de déshérence dans lequel se trouvent les banlieues où les efforts objectifs déployés par l’Etat sont sans commune mesure avec les attentes et les besoins recensés.

Le principe de l’égalité des chances dans des cités, où la situation s’aggrave sous l’effet de l’échec scolaire, du chômage et de la discrimination, est une utopie qui révèle l’impuissance de l’action publique actuelle, incapable d’endiguer le développement d’une économie parrallèle souterraine et de territoires claniques. La loi de la jungle règne au royaume de la drogue.

A peine rentré de Chine, le Président de la République est déjà au chevet des policiers blessés. Le terrain, le dossier, il les connâit puisqu’il a passé cinq ans au ministère de l’Intérieur. Quoi qu’il pourra dire pour ramener l’ordre républicain, c’est objectivement un constat d’échec de sa politique auquel Nicolas Sarkozy est affronté. Le “nettoyage au karcher” et la politique pour empêcher “la glandouille dans les cités” ont démontré leurs limites.

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