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D’UNE VIE A L’AUTRE ou rupture d’anévrisme une bombe dans ma tête (Préface)

Publié le 21 février 2009 par Mariecriture

Préface

En 1993, j'ai subi un accident vasculaire cérébral, suivi d'un coma et de 3 ans de rééducation, ce qui a coupé ma vie en deux. Certains souvenirs se sont enfuis et j'essaye désespérément de les retrouver.

La pêche aux souvenirs est une tâche difficile, après cette "bombe" dans la tête qu'est la rupture d'anévrisme. J'essaye de recoller, petit à petit, les "lambeaux" de ma vie qui me manquent, pour restaurer l'ensemble en un tout cohérent. Certaines personnes détiennent des morceaux de ce puzzle. Mais elles ne savent pas combien ces petits moments de vie où nous nous sommes croisés sont importants pour moi.

Alors, pour essayer de reconstruire, retrouver les bons souvenirs et laisser les mauvais là où ils ont croisé ma route, j’ai effectué ma propre « recherche du temps perdu ». Et l’écriture de ces pages s’est imposée à moi.

J’ai donc commencé à écrire ces pages quelques mois après mon "accident de parcours", pour me débarrasser d’un poids trop lourd pour moi : celui de mes souffrances !

J’écris depuis que j’ai appris à tenir un crayon et à former des lettres, puis des mots, à l’âge de six ans. A partir de ce moment, l’écriture est devenue, pour moi, une seconde nature. Je ne puis pas plus m’en passer que l’air que je respire. J’écris au crayon à papier, sur tous les supports que j’ai sous la main, feuilles, enveloppes, tickets de transport, etc… liste non exhaustive. Cela me prend n’importe où, à n’importe quel moment. Il m’arrive de me réveiller la nuit pour noter une idée, un cri de colère, écrire une lettre ouverte, un poème.

Ce manuscrit a commencé à prendre forme sur papier, 57 premières pages écrites à la main, au crayon. Puis je les ai recopiées peu à peu en les tapant, laborieusement, à la machine. Je ne me sers que de deux doigts, étonnamment, l’index gauche et le majeur droit. Ne me demandez pas pourquoi, je ne le sais pas moi-même. Cela s’est fait d’instinct et installé.

D’abord, j’ai utilisé une bonne vieille machine, comme on en voit dans les films, genre Remington. Il fallait taper comme un sourd sur chaque lettre. Quelquefois, les lettres -- placées en éventail sur des sortes de petits marteaux -- se coinçaient et il fallait démêler tout cela, délicatement. Changer le ruban usagé était une vraie partie de plaisir. On s’en mettait plein les doigts, pour le même prix, d’une encre noire, bleue ou rouge. Le déclic sonore du retour à la ligne accompagnait, musicalement, votre créativité.

Ensuite, j’ai investi dans une machine à marguerite, dite électronique. Plus souple, plus confortable pour le bout des doigts. Il y avait, progrès important, un ruban effaceur, pour réparer les fautes de frappe et une sorte de mémoire de texte, dont je ne savais trop me servir, l’usage m’en étant resté, à ce jour, encore, un mystère. Car les lignes que je cherchais ne réapparaissaient jamais. En revanche, j’avais droit à des sortes de hiéroglyphes, morceaux de phrases, mots épars, dont je n’avais pas souvenir d’en avoir été l’auteur.

Cela, c’était juste avant ma rencontre avec l’informatique. Ce mot, informatique, me parlait d’un monde étranger, venant d’une autre planète : la planète jeunesse ! Je me tenais, résolument, à l’écart de ce progrès -- si c’en était un -- qui n’était pas pour moi, pas de ma génération, pensais-je.

Je n’aurais jamais cru qu’un PC put devenir un ami, un confident, un compagnon des bons et mauvais jours. La rencontre entre un ordinateur et moi, a eu lieu. Rencontre arrangée, pas souhaitée, mais obligée. Pas le coup de foudre, loin de là, mais l’obligation de travailler sur cet engin ! J’ai dû apprendre, peu à peu, à entrer dans ce monde bizarre, qui me faisait peur, aussi inconnu que futuriste. Les clefs m’en semblaient trop ésotériques. Mais, avec la connaissance, la passion est venue. J’ai apprivoisé cela comme le Petit Prince a apprivoisé son renard ou plutôt, comme pour lui, c’est l’inverse qui s’est produit : le PC m’a apprivoisée.

Internet, informatique, tout cela n’a plus trop de secrets pour moi. J’évolue dans ce monde "virtuel" comme chez moi. Pour rien au monde, je ne pourrais me séparer de mon PC. J’en ai deux, portables, un petit taille livre, pour la commodité de déplacements en transports en commun et un grand pour le confort de l’écriture, la mémoire et les différents logiciels dont je me sers avec délice.

Au départ, je me servais d’un ordinateur de bureau. Quand j’ai, enfin, maîtrisé l’informatique, -- du moins suffisamment pour me servir d’un clavier, d’une souris et d’une unité centrale -- j’ai voulu transcrire mes écrits par un traitement de texte plus moderne permettant une certaine flexibilité, comme effacer sans raturer ou et ne pas être obligée de recommencer toute une page de frappe.

Pour ces 57 feuillets que j’avais" pondus", tapés laborieusement sur mes différentes machines, la mise en page laissait vraiment à désirer.

Je n’avais pas rédigé ces lignes en pensant les faire publier. Et puis, un jour, l’idée a fait son chemin, amenée par des circonstances fortuites.Une sorte de challenge en fait. Et c’était parti.

En dehors de ces feuillets écrits noir sur blanc, je portais ce livre en moi. Mais une gestation de 14 ans est un peu trop longue et il me fallait "accoucher" de ce bouquin, une fois pour toute. Le continuer sur sa lancée et y inscrire le mot : fin !

Dans l’art d’écrire, Pierre Tisseyre déclare que l’écriture, c’est 10% de talent et 90% de transpiration. Je dirais, pour ma part -- car je ne transpire pas, même moralement, en écrivant -- qu’il y a 10% de talent, 20% d’imagination (ou de mémoire, c’est selon) et 70% de travail.

Pour les 70% de travail, j’y parviens, sans trop l’angoisse de la page blanche, comme certains. Pour l’imagination ou le souvenir, ils sont présents. Pour le talent, je ne suis pas à même de juger, car je doute de moi. Et chaque relecture rajoute une nouvelle couche d’incertitude sur le bien fondé de mon désir d’édition, car je trouve que ce n’est pas bon du tout.

Mais cette rupture d’anévrisme, c’est une vraie bombe dans la tête. Et les conséquences, sans parler des séquelles, sont très lourdes à porter. Si l’on en réchappe, on peut reprendre une vie "quasi" normale. Mais il faut se battre et, si possible, être entouré de l’amour des siens ! Comme cela n’était pas mon cas, cet entourage affectif, ce cocon tissé autour de quelqu’un qui vient d’échapper à la mort, si je voulais continuer à vivre, il me fallait me libérer du saccage, provoqué dans mon existence, par ce cataclysme. Et le meilleur moyen pour moi, qui refuse les psy, les analyses et tutti quanti, ce fut l’écriture.

Tout ce qui empoisonnait mon existence, depuis ce jour fatal où j’ai "pété" un plomb, toute cette charge de souffrance éprouvée, il fallait que je m’en libère. J’étais, depuis ce jour, comme une cocotte minute, prête à exploser si l’on ne libérait pas la vapeur en excès, par la soupape de sécurité.

Pour moi, ce trop plein de souffrances, morales et physiques, qui m’empoisonnait mes jours et mes nuits, c’était tous ces non-dits, ces choses que je gardais en moi, et plus que tout,ce ressenti de comportement des autres envers moi. Il me fallait m’en libérer. C’était une question de survie. Et d’avoir tout mis noir sur blanc, je respire enfin à pleins poumons et peux continuer à avancer vers ce que le destin me réserve encore !

Et, ce que je souhaite par-dessus tout si suis éditée un jour -- me trompant sur mon manque de talent et en possédant un tout petit peu plus que je ne le pense -- c’est que ces pages deviennent un message d’espoir pour tous ceux qui, comme moi, ont dû se reconstruire, entièrement, autant moralement que physiquement.

Et, parce qu’ils n’avaient pas d’autre choix que celui-là, passer…d’une vie à l’autre !


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