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Iran : “on ne troque pas le crime contre l’innocence”

Publié le 18 mai 2010 par Hmoreigne

 Soulagement et interrogations. Le retour en France de la jeune Clotilde Reiss est, à juste titre unanimement salué. Un rayon de soleil pour un nuage sombre. A peine débarquée de l’avion, on apprenait que les autorités françaises avait décidé de procéder en sens inverse au renvoi en Iran d’ Ali Vakili Rad, condamné en 1994 à Paris à la réclusion criminelle à perpétuité pour l’assassinat dans des conditions affreuses de Shapour Bakhtiar. Pour les fidèles de cet ancien premier ministre francophile du Shah, ce troc constitue le deuxième assassinat d’une personnalité hors du commun.

Invité de C dans l’air, Yves Bonnet ancien directeur de DST sous François Mitterrand a résumé la situation actuelle par une formule de l’ancien président de la république, directement confronté en son temps à la violence de la république islamique Iranienne : “on ne troque pas le crime contre l’innocence”.

Qui mange à la gamelle du diable a besoin d’une longue cuillère. Dans une langue de bois très diplomatique, Bernard Kouchner a affirmé la main sur le cœur, avec un naturel désarmant, qu’il n’y avait eu “aucun marchandage”, “aucune contrepartie”. Seulement des coïncidences donc.

Difficile à croire même s’il est difficile pour un Etat d’avouer que par moment il faut bien négocier parfois avec des homologues peu fréquentables. Nicolas Sarkozy s’est coulé pour une fois dans une discrétion inhabituelle. Pouvait-il faire autrement dans de telles circonstances ? Pas sûr.

Adepte du rapport viril avec l’Iran, le Chef de l’Etat avait avec la même fermeté en septembre dernier refusé de procéder à ce qu’il qualifiait de de la part de l’Iran. “Est-ce que vous croyez que je suis un homme à aller échanger l’assassin de Shapour Bakhtiar contre une jeune étudiante française dont le seul crime est (…) d’aimer la civilisation perse ?” avait ainsi déclaré Nicolas Sarkozy lors d’une interview. La réponse s’impose désormais d’elle-même.

On aura beau rétorquer qu’il ne s’agit que d’un hasard d’agenda judiciaire, personne n’est dupe. La logique juridique avancée est boiteuse. Certes, Ali Vakili Rad est juridiquement libérable mais, tout autant qu’un autre terroriste toujours maintenu dans les geôles françaises : Georges Ibrahim Abdallah . Ce n’est pas parce qu’Ali Vakili Rad arrive au terme de sa période de sûreté de dix-huit ans et qu’il peut légalement demander sa libération conditionnelle que, moralement celle-ci est acceptable. Le gouvernement en a jugé autrement en signant l’arrêté d’expulsion qui conditionnait la remise en liberté. Un arrêté qui n’est pas, contrairement aux déclarations de Brice Hortefeux que la conséquence logique d’une situation judiciaire mais bien, un feu vert des autorités françaises.

Ali Vakili Rad n’est pas un délinquant ordinaire, c’est l’un des assassins de Shapour Bakhtiar . Un crime commis en 1991 à Suresnes dans des conditions atroces . Dans une haine qui a conduit les auteurs à trancher la tête et les mains d’un vieil homme de 82 ans après qu’ Ali Vakili Rad l’ait étranglé.

Pourquoi un tel acharnement dans cette exécution ? Parce que Shapour Bakhtiar plus qu’un homme politique était un symbole. Petit fils de premier ministre il passe une partie de ses études à Beyrouth où il décroche le baccalauréat dans une école française. En 1936, il part étudier en France à la Sorbonne. Dans une période des plus troubles de l’histoire, il choisit le camp de la liberté. Il s’engage aux côtés des républicains espagnols comme volontaire dans les brigades internationales puis il rejoint par dérogation l’armée française et non la Légion étrangère pour combattre et l’Allemagne nazie.

Le conflit terminé, il retourne en Iran où il devient ministre dès 1953 de Mohammad Mossadegh. Quand le Shah est remis au pouvoir par un coup d’État soutenu par les États-Unis et la Grande Bretagne (Opération Ajax) il passe dans l’opposition et sera à ce titre emprisonné à plusieurs reprises.

Ce n’est qu’à la fin du règne du Shah, quand celui-ci fût contraint de composer avec l’opposition que Shapour Bakhtiar fût nommé Premier ministre, comme ultime rempart face à la montée des révolutionnaires khomeynistes, pour une courte période avant l’éclatement de la révolution islamique et la chute du Shah en 1979.

Exilé à Paris d’où il mène un mouvement de résistance contre les Mollahs, Shapour Bakhtiar échappe une première fois à un commando de la mort emmené par Anis Naccache en juillet 1980 avant d’être assassiné après le retournement par les services secrets iraniens d’un homme de confiance, le 7août 1991. Cet ami de la France repose au cimetière Montparnasse à Paris.

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