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Critique constructive des évaluations nationales de CE1

Publié le 22 mai 2010 par Cetaitdemainorg

Les évaluations nationales de CE1 sont sommatives. Elles constituent un bilan des connaissances et des compétences attendues à la fin du cycle 2. Le livret de l'enseignant fournit des indications pour une adaptation pédagogique adossée à l'analyse des types d'erreurs.

Nous nous intéresserons aujourd'hui aux seuls aspects pratiques de la passation des épreuves. La mise en miroir des préconisations du ministère et de la réalisation dans les classes sera assortie de quelques recommandations à l'usage de qui voudra bien s'en emparer...

Durée globale des épreuves :

1) Les instructions officielles, (I.O.), prévoient 7 séquences de 30 minutes environ étalées sur 4 jours.

2) Dans les faits, les séquences durent plutôt 45 minutes et l'étalement sur 4 jours génère fatigue et anxiété chez les élèves.

3) Recommandation : Un étalement des épreuves sur 6 jours voire 8 serait préférable. 

Durée des exercices :

1) Les I.O. prévoient des exercices qui durent de 2 à 20 minutes selon leur longueur ou leur niveau de difficulté. Le temps de passation inclut le temps consacré à donner la consigne.

2) Dans les faits, la nécessité de reformuler la consigne pour une meilleure compréhension par tous les élèves et les rappels à l'obligation scolaire allongent la durée des exercices. 

3) Recommandation : Tous les élèves n'ont pas le même niveau verbal, dans les "zones sensibles" notamment où le français n'est pas toujours la langue parlée à la maison. Tous les enfants ne sont pas égaux au moment de la passation. L'un sera fatigué, l'autre stressé. Le degré de coopération ou/et d'application sera moindre et faussera les résultats. Un temps supplémentaire devrait donc être prévu pour chaque exercice afin d'établir une plus grande égalité devant la tâche.

Difficulté des exercices :

1) Les I.O. prévoient, en conjugaison, la maîtrise du présent, du futur et du passé composé. Le passage d'un temps à un autre temps doit être connu. Les élèves ont aussi à concevoir et écrire de manière autonome un texte narratif de 5 à 10 lignes. Sont évalués l'enchaînement des éléments de l'histoire, l'organisation des idées, l'utilisation d'un vocabulaire approprié en évitant les répétitions, les accords dans le groupe nominal, la relation sujet/verbe et l'orthographe des mots courants.

En mathématique, les élèves doivent savoir diviser mentalement par 2 et 5 et résoudre des problèmes faisant appel à la division.

2) Dans les faits, le passé composé est rarement maîtrisé à la fin du CE1. Les contraintes de l'exercice d'expression écrite sont trop nombreuses d'autant qu'il faut tenir compte des personnages existants puisqu'il s'agit d'une histoire à continuer. Les élèves, y compris les "meilleurs", ont bien du mal à terminer leur récit par une "vraie" fin.

En mathématique, la résolution de problèmes autour de la division n'est pas acquise à la mi-mai. 

3) Recommandation : Il serait souhaitable de ne pas évaluer la maîtrise du passé composé et de la division puisque ces apprentissages ont lieu en juin, soit après les évaluations. En expression écrite, un objectif plus modeste serait le bienvenu. Une histoire dessinée, découpée en 4 ou 5 vignettes avec une chronologie claire, constituerait un support plus concret. La rédaction d'une phrase par vignette en serait facilitée. De même, la notion de fin en écriture narrative est très floue, surtout dans la littérature contemporaine. Bien des écrivains de renom ne savent pas dire au juste ce qu'est une fin. 

Correction et codage des exercices :

1) Les I.O. prévoient un codage simple dans la correction des exercices : code 1 ; réponse attendue, code 9 ; autre réponse, code 0 ; absence de réponse. 

2) Dans les faits, ce codage est parfois difficile. Il met en jeu les propres représentations de l'enseignant sur les savoirs eux-mêmes et sur les élèves qu'il évalue. Un "littéraire" ne corrigera peut-être pas l'exercice d'expression écrite de la même façon qu'un "scientifique". Et nul ne peut déterminer qui des deux sera le plus rigoureux ou le plus tolérant quant à la marge d'erreur acceptable. 

Enfin, et cela n'enlève rien à l'intégrité et à la conscience professionnelle des maîtres, les élèves perçus comme moins performants, ou ceux dont le comportement est souvent gênant en classe, seront peut-être "notés" soit plus sévèrement soit plus généreusement. Moins de tolérance avec le casse-pieds brillant élève et davantage avec l'enfant démuni socialement, affectivement, culturellement. 

3) Recommandation : Les concepteurs des évaluations nationales pourraient inventer un système de péréquation qui permettrait de moduler l'interprétation des résultats en fonction de la configuration socio-économique et culturelle des établissements scolaires. Pourquoi ne pas imaginer des points bonifiés pour les enfants des milieux les plus défavorisés s'ils ont donné le meilleur d'eux-mêmes ? Dans un esprit de discrimination positive ? Nul doute qu'un pareil chantier serait complexe à mettre en oeuvre. Mais, au nom de l'équité à défaut d'égalité, soyons certains qu'il en vaut la peine. Puisque l'évaluation est devenue un fait social incontournable, qu'elle soit un outil pour soigner la souffrance scolaire, dans le respect des différences de chacun et pour le bien de toute la communauté humaine.


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