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L'Inter, championne d'Europe : plus qu'une victoire !

Publié le 22 mai 2010 par Atango

Qu'elles étaient émouvantes, ces images des joueurs de l'Inter Milan brandissant le "trophée aux longues oreilles" en cette soirée du 22 mai 2010 au stade Santiago Bernabeu de Madrid. En réalité, on a rarement vu une victoire aussi forte en termes de symbole. En effet, il ne s'agissait pas simplement de deux équipes en confrontation dans un match de football. Il y avait plus que cela, largement plus.

45 années d'attente

Il y avait d'abord une grande anomalie à résoudre. La dernière victoire de l'Inter Milan en Coupe d'Europe des clubs champions remontait en effet à 1965. 45 années de disette pour l'un des clubs les plus titrés dans son pays : on avait largement dépassé le seuil de la simple malchance, et même celui de la malédiction. Les Lombards, seigneurs chez eux en Italie, venaient inlassablement échouer aux portes de l'Europe. 45 ans plus tard, le club retrouve enfin la consécration continentale, et de quelle façon !

C'était en effet très mal parti, sur le papier. L'Inter était tombée dans le même groupe que le FC Barcelone de 2010, assurément l'équipe la plus redoutable depuis que le football existe. Après être sortie modeste 2e de sa poule, les Lombards ont dû croire qu'ils étaient décidément damnés lorsqu'ils ont appris que les mêmes Catalans leurs barraient le chemin en demi-finale. N'importe quelle équipe de football aurait alors simplement tourné casaque sans que nul ne songe à lui reprocher quoi que ce soit : il n'y a pas de honte à se faire éliminer par la meilleure équipe du monde. Mais les hommes de Mourinho ont réussi l'exploit de battre les Catalans au match aller en Italie, ce qui n'a fait que rendre plus redoutable la perspective du deuxième round : ils étaient prévenus, ils allaient souffrir. Et ce fut le cas. Les Nerrazurri livrèrent au Camp Nou un match retour qui est déjà entré dans les annales du football: 90 minutes de tourment et d'abnégation, 1 h 30 à se battre sur chaque ballon, à négocier chaque trajectoire, à rester concentrés, à souffrir comme des forçats et... la qualification au bout, malgré le but encaissé. "La défaite la plus douce de ma vie, dira José Mourinho." Après ce match épique, on avait compris : dame Coupe avait fait son choix, cette année ce serait l'Inter Milan.

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The Special Two

José Mourinho, à la fin du match, était épuisé, en larmes. Vainqueur de la CL en 2004 avec Porto, il n'a pas arrêté après cela de chercher à rééditer cette performance ; mais que ce soit à Chelsea ou à l'Inter, le "trophée aux longues oreilles" le fuyait jusqu'ici. Ce 22 mai, "The Special" est passé de "One" à "Two". Cet entraîneur, qui n'a jamais été joueur de football professionnel, a montré cette saison une maîtrise tactique qu'on a rarement vue de la part d'un coach. Chaque match portait la griffe de celui qui a réussi à transformer un buteur en série comme Samuel Eto'o en quasi milieu de terrain. Qu'on l'aime ou pas, Le Mou est bien la vraie star des équipes qu'il encadre : sa présence et son influence ont autant d'impact sur les matches que ceux d'un joueur de champ. Alors qu'il est annoncé partant, "le Mou", avec le triplé réalisé cette saison, a prouvé qu'il est bien le Roi de l'Europe.

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Equipe d'Argentine : l'autre Diego

On ne saura jamais ce qui est passé par la tête des responsables de la fédération argentine de football pour qu'ils nomment Diego Maradona au poste de sélectionneur national. En tout cas, l'ex Pibe de oro n'en finit pas de nous inquiéter par ses choix. Ainsi, Javier Zanetti, capitaine et homme clé du dispositif de l'Inter Milan, n'a pas été retenu dans la liste des 23 joueurs argentins qui participeront à la Coupe du Monde. Pour dire les choses franchement, il s'agit d'une décision stupide, que Maradona ferait bien de reconsidérer, tout comme il gagnerait à regarder du côté de Milito, l'autre Diego. Ce joueur qui n'est même pas assuré d'être titularisé dans l'attaque albiceste en Afrique du Sud a pourtant été l'homme de la finale au stade Santiago Bernabeu : deux buts, marqués juste au moment où il fallait (35e et 70e minutes). Au-delà de ces buts magnifiques et ô combien décisifs, Diego Milito a réalisé une saison exceptionnelle à la pointe de l'attaque nerrazurri : 30 buts marqués en tout cette saison pour ce trentenaire qui ne paie pas de mine.

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Retour chez le parent prodigue

Eto'o, Sneijder, Cambiasso, en venant jouer cette finale à Santiago Bernabeu, étaient en fait de retour sur le terrain de leur jeunesse : c'est ici, au sein de la Maison Blanche, que ces joueurs ont été formés, avant d'aller faire le bonheur d'autres équipes, juste parce que le Real n'a jamais su gérer ses jeunes. Dans le contexte actuel, quand on sait que l'aventure des madrilènes s'est pitoyablement arrêtée en quart de finale face à Lyon, ces joueurs sont des reproches vivants adressés à la politique locale, qui consiste à privilégier le recrutement tapageur de stars confirmées à la promotion interne des joueurs formés au club.

Eto'o, deux fois trois

Samuel Eto'o, après avoir tout reçu, tout offert et tout gagné avec le FC Barcelone, avait été chassé par Pep Guardiola dans les conditions les plus humiliantes (échangé contre Zlatan Ibrahimovic' + 45 millions d'euros). Le Camerounais a pourtant donné à tous les sportifs, une grande leçon de courage et de détermination. Quelle force mentale faut-il pour digérer un tel camouflet ! Quel sens du collectif faut-il avoir pour accepter de se mettre en retrait alors qu'on sort d'une série de six saisons à la pointe de l'attaque de l'équipe la plus offensive du monde !

Le départ du Camerounais pour l'Italie ne se fit pas dans l'enthousiasme, c'est le moins qu'on puisse dire. L'adaptation au football italien et au jeu très peu altruiste de ses coéquipiers, quant à elle, s'est carrément faite dans la douleur. Pourtant, Eto'o a serré les dents et a accepté son sort sans broncher. Il a compris très tôt qu'il pouvait apporter à l'Inter l'esprit de sacrifice qui manquait à cette équipe pour qu'elle accède au toit de l'Europe. Cela impliquait qu'il sacrifiât lui-même son plaisir de marquer des buts, au bénéfice du collectif, et il l'a fait sans hésiter. Cette victoire en finale de CL est donc historique à plus d'un titre : non seulement Samuel Eto'o remporte, pour la deuxième année consécutive, un triplé Championnat national-Coupe nationale-Coupe d'Europe, non seulement il le fait dans deux clubs différents appartenant à deux championnats séparés (première mondiale), mais en plus il le fait dans des registres complètement opposés. Le docteur Samuel du FC Barcelone 2008-2009 avait donné les trois titres à son équipe en marquant une avalanche de buts, et ce fut un triplé obtenu dans le plaisir. Le mister Eto'o de l'Inter Milan vient d'amener ses camarades à la consécration suprême en jouant un rôle plus "ingrat" de faiseur de stars, et l'on a bien vu que le triplé de cette année a été obtenu dans la souffrance. Mais, au bout du compte, il s'agit bien du même joueur, le seul qui a touché le trophée aux grandes oreilles l'année dernière, et qui s'en empare à nouveau cette année. Le Camerounais, qui est sacré pour la troisième fois en cinq ans (2006 et 2009 avec le Barça, 2010 avec l'Inter), accède à un statut très loin au-dessus des joueurs avec lesquels on a pu le comparer jusqu'ici. On comprend donc quelle importance revêtait cette victoire sur le terrain d'un club (encore un) qui n'a pas su reconnaître son talent.

En tout cas, si le football commence à nous proposer des scénarios avec autant d'intensité dramatique, le théâtre et le cinéma ont du souci à se faire.


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