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Quand Hugo Chavez s’invite dans la campagne électorale colombienne

Publié le 29 avril 2010 par Mrabier

Quand Hugo Chavez s’invite dans la campagne électorale colombienneIl semble que l’opposition colombienne se trouve à l’extérieur du pays. A l’intérieur, dans une société où l’opinion publique se déclare à 60 % de droite, elle reste difficile à entendre hormis quelques éditorialistes et journalistes. Politiquement, le parti de gauche issu de la reconversion d’une guérilla – le Pôle démocratique – représente peu dans les sondages (environ 5 %). Inaudible à cause de ses divisions internes, l’opposition colombienne et, de plus, gênée par la voix du tonitruant Hugo Chavez et par son intromission dans la campagne électorale. Entre la social-démocratie partagée par plusieurs candidats à la présidence et le « socialisme du XXIe siècle » vénézuélien, la porte de la gauche colombienne est étroite.

Son candidat emblématique et charismatique, Gustavo Petro, rejeté par la frange radicale de son parti et par la pasionaria de la gauche Piedad Cordoba (du Parti libéral) pour cause d’uribisme dissimulé, s’est même vu traité de « lâche » par Hugo Chavez à la suite de ses attaques contre les déclarations du président vénézuélien pendant la campagne colombienne. Antanas Mockus, qui, sans véritablement représenter une opposition à l’uribisme (il préfère plutôt se déclarer « post-uribiste ») en constitue une alternative indépendante et critique, a du se rétracter après les propos qui avaient déclenché une polémique il y a deux jours : après avoir avoué son « admiration » pour Hugo Chavez , il a précisé qu’il s’agissait plutôt de « respect » qu’il ressentait à l’égard d’un président élu démocratiquement.

Finalement tous les candidats présidentiels ont rejeté, lors du débat de mardi soir, l’ingérence du caudillo vénézuélien comme celle de son allié équatorien, Rafael Correa, lequel a demandé l’extradition du candidat uribiste et ex ministre de la Défense Juan Manuel Santos pour l’opération militaire à la frontière colombo-équatorienne ayant conduit à la mort d’un des chefs des Farc, Raul Reyes. Les deux compères « bolivariens » encerclant la Colombie se sont donc associés dans une virulente campagne anti-Santos en déclarant que son élection conduirait à une guerre avec les deux pays voisins. Mais il n’est pas sûr que leur participation concertée et inconvenante dans le processus électoral colombien favorise la candidat de l’opposition « jaune » (Pôle démocratique) ou de l’alternative « verte ».

Comme le fait  remarquer Eduardo Mackenzie dans sa tribune, il y a en effet de nombreux précédents d’interventionnisme chaviste dans les campagnes présidentielles en Amérique latine. Mais si l’on prend l’exemple du Pérou, en 2006, on se souvient que l’appui verbal  d’Hugo Chavez au candidat socialiste et indigéniste Ollanta Humala et ses violentes diatribes contre ses concurrents ont plutôt défavorisé ce dernier au point qu’il ait du s’en distancier. L’ogre « rouge » Chavez avait effrayé les électeurs péruviens et fait disqualifié le candidat du PNP (Parti nationaliste péruvien), Ollanta Humala, au second tour au profit du social-démocrate Alan Garcia. Qui, en Colombie, bénéficiera de cette maladroite ingérence vénézuélienne ?

Étant donné le précédent péruvien, plus probablement Juan Manuel Santos qu’une gauche de toutes les façons minoritaire. Il ne serait d’ailleurs pas surprenant que cela fasse partie des calculs machiavéliques d’Hugo Chavez. Fragilisé par la situation sociale et économique de son pays, menacé d’un retour de son opposition lors des prochaines législatives de septembre, le militaire qu’il est sait bien que rien ne vaut un bon ennemi à ses frontières pour renforcer l’unité intérieure.



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