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Le paysage musical français en deuil

Publié le 01 décembre 2007 par Nicolas Lordier


Fred Chichin, co-leader des flamboyants Rita Mitsouko, nous a quitté brusquement cette semaine. Je ne vais pas revenir sur la vie et la carrière de l'artiste (libé, le monde, les hebdo musicaux... s'en sont occupés) mais plutôt me pencher sur quelques unes des réponses qu'il a donné dans dans diverses interviews. Voici quelqu'un qui ne maniait pas la langue de bois. Fred, c'est à toi.

La musique :

Votre passion pour la musique remonte à loin?
F.C. La musique, c’est ma vie, depuis toujours. Elle m’a sauvé. J’habitais à Aubervilliers, dans une tour qui donnait sur des toits et des usines. J’étais un gamin un peu fantasque, plongé dans Jules Verne. Tout jeune, j’étais confronté à une contradiction flagrante : mon père était un communiste fou de westerns. Il était critique de cinéma mais, à cause de ses convictions, il voyait les westerns en cachette. Parce qu’officiellement il fallait détester le western américain, pur produit de l’idéologie impérialiste US. Quand on va voir des westerns avec son père en douce, comme si c’était un crime, on a vite un peu de mal avec le communisme. Sinon, mon père fréquentait les situationnistes, j’ai lu Marx, Aron, etc. Autant dire que j’ai appris le nihilisme et cette culture de se construire dans la haine de ce que l’on est. Tout ce qui n’était pas blanc était formidable, tout ce qui était blanc était mal. J’ai été élevé là-dedans. Il fallait admirer les Black Panthers. Toute la musique que j’aimais était honnie, jugée décadente, impérialiste. La seule musique admise, c’était Le Chant des partisans. Il fallait toujours que je défende mes goûts, que je me batte pour eux. 

source : www.telerama.fr

La musique française :

Vous suivez la nouvelle scène française?
F.C. On a de bons auteurs, mais ils veulent tous chanter. C'est dommage. Regardez Charles Dumont. Bénabar, pareil, dans les années 1950, il serait resté auteur-compositeur... Et Gilbert Bécaud l'aurait chanté!

Et le rap ?
F.C. Sauf exception comme Oxmo ou Jean Gabin, le rap français a du mal à swinguer. Il a donc peu d'intérêt. Et puis bosser avec eux, bon courage! Si tu arrives au studio à deux heures, qu'à quatre tu bâilles et qu'à six t'es parti... Excuse-moi, mais les Beatles et les Stones, ils se pointaient à neuf heures du mat et ne sortaient qu'à cinq heures du mat le lendemain, les doigts en sang.

Et la jeune scène rock parisienne... Naast, Plasticines?
F.C. Les jeunes aujourd'hui ont une mentalité plutôt saine. Ils ne se prennent pas la tête. Depuis un an je travaille avec les Lemon Incest et ça se passe superbien. Ils ont 19 ans de moyenne d'âge, ils ne sont pas là pour la thune. Ils jouent bien et pour trois balles au Gibus... ça rappelle nos débuts.

source : www.lejdd.fr - avril 2007


Le rap :

FC : Je suis resté deux mois avec une quarantaine de rappeurs. C’est édifiant sur le niveau et la mentalité… Le rap a fait énormément de mal à la scène musicale française. C’est une véritable catastrophe, un gouffre culturel. La pauvreté de l’idéologie que ça véhicule : la violence, le racisme anti-Blancs, antioccidental, antifemmes… C’est affreux.

source : www.telerama.fr

La Nouvelle Star :
Marcia Baila ou Les Histoires d'A. Interprètés à la Nouvelle Star, ça vous fait quoi? 
FC : Rien à cirer. On sert juste d’alibis culturels, de garants de crédibilité. Même aux Restos du cœur, ils ont joué une chanson des Rita. C’est pareil. Ça la fout mal si on n’y figure pas. Pour eux, ça donne une illusion d’ouverture. C’est toujours un peu de crédibilité de gagnée. Mais je ne suis pas naïf. Je connais toutes les combines, toutes les manipulations.

source : www.telerama.fr

L'artiste :

A quoi ressemble le métier d’artiste aujourd’hui ?
FC : C’est lui qui choisit de vous envoyer une claque dans la gueule ou d’applaudir des deux mains. A toi de te remettre en question, de ne pas céder à la facilité. Par ailleurs, un artiste aujourd’hui doit aussi savoir gérer son affaire et arrêter de croire que tout arrive naturellement ou que la maison de disques va tout prendre en charge. Subventions, salles de concerts, matos… Il n’y a pas de secret. Il faut mettre les mains dans le cambouis.

source : www.evene.fr - avril 2007


PS / Pour le souvenir...



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