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Poujadisme ?

Par Pseudo

christine-boutin-174016_L.jpgTout ça commence à bien faire, il va falloir un jour avoir un peu de courage...

Tout ça, c'est cette accumulation soudaine de faits de Cour – est-ce la "loi des séries", comme diraient les superstitieux, un hasard tout bête, un complot du Canard Enchaîné ? –, faits de Cour qui surgissent sans vergogne comme autant de doigts d'honneur de "l'élite" politique à notre adresse, nous les Petits Chose ployés vers le sol.

Tout ça, c'est cette rémunération nette mensuelle de 9500 Euros que Mme Christine Boutin, présidente du parti chrétien-démocrate,  jugeait comme la moindre des choses dues pour "étudier les conséquences sociales de la mondialisation" (sic), rémunération qui se serait ajoutée, bien sûr, à sa retraite de parlementaire (environ 6000 Euros par mois pour 21 ans de mandat), et à son indemnité de conseillère générale des Yvelines de 2600 Euros. Devant le tollé, elle finira par lâcher l'os à moelle, contrainte et énervée comme un beau diable – ça la fout mal pour un cul-béni ! Pardonnez-leur mon Dieu, ils ne savent pas ce qu'ils font...

Tout ça, ce sont ces 12 000 Euros de cigares partis en fumée dans les poumons de M. Christian Blanc, secrétaire d'Etat chargé du Développement de la Région capitale, qui nous assure qu'évidemment il s'apprêtait à payer l'ardoise sans barguigner – mais non, le Canard n'y est pour rien, qu'allez-vous donc penser là, et puis d'abord c'est la faute à son cabinet, bourrés d'incompétents même pas foutus de distinguer la poche droite de la poche gauche, et  peut-être même de malveillants, il faut se méfier de tout le monde maintenant, et tout faire soi-même. Où va-t-on, je vous le demande s'il faut passer au bureau de tabacs pour s'acheter des cigares...

Tout ça, c'est ce joyeux conflit d'intérêts intra-familial entre un M. Eric Woerth ministre du Travail, de la Solidarité et de la Fonction publique, maire de Chantilly, trésorier de l'UMP, ci-devant ministre du Budget – ancien champion, donc, de la lutte contre la fraude fiscale – et gente dame Florence, son épouse devant M. le maire, et même devant la Justice, qui vient de se rendre compte qu'elle co-gérait la petite fortune de Liliane Bettancourt, dont quelques dizaines de millions d'Euros (près de 80...) avaient été oubliés dans des paradis fiscaux sans que puisse le deviner – évidemment ! – le cabinet pour lequel elle travaillait. Ah, mais s'il faut retourner tous les tiroirs, maintenant, quand on gère une fortune, on n'est pas sorti de l'auberge !... Pourquoi pas s'occuper des îles privées, tant qu'on y est ? Mais dès qu'elle a su, dame Florence, vous avez vu? Ça n'a pas fait un pli, elle a démissionné sur le champ. Non mais ! C'est qu'on ne mange pas de ce pain-là, chez les Woerth (coup de menton)...

Tout ça, c'est cette suite à 700 Euros la nuitée, réservée pour Mme Rama Yade, secrétaire d'Etat chargée des Sports et Saint-Just du football, se permettant de faire la leçon à l'équipe de France pour avoir choisi un hôtel aussi luxueux que celui qu'on prévoyait pour elle – suite délaissée au profit d'une chambre moins dispendieuse aussitôt la bévue découverte. Son coût ne fera que se rajouter à l'avance versée pour la première réservation,  qui ne sera pas remboursée puisque décommandée trop tard. Ah, ce foutu cabinet – ou cette stupide ambassade, allez savoir avec ces faignants de fonctionnaires (autre coup de menton)...

Tout ça, ce sont ces logements de fonction un peu... "détournés". Celui de M. Christian Estrosi, par exemple, ministre de l'Industrie, maire de Nice, qu'on soupçonne à peine de ne servir qu'à loger sa chère fi-fille, contrairement à la loi ; ou celui de Mme Fadela Amara – eh oui, même elle... – qui a au moins le courage de reconnaître qu'elle en laissait l'usage aux frérots, avec maître d'hôtel et tout le bataclan, s'il vous plaît – ah, faut pas déconner non plus : ils auraient dû faire la vaisselle, aussi ? Ce que c'est beau le sens de la famille... Ça nous rappellera ce brave Hervé Gaymard, ministre de l'Economie et des Finances en 2005, qui l'avait tellement lui aussi le sens de la famille qu'il lui avait fallu six cents mètres-carrés aux frais de la princesse pour l'entreposer. Et ce salopard de Canard qui avait vendu la mèche, précipitant la démission du maître des lieux ! Que le sens de la famille pousse à de tels sacrifices, qu'est-ce que vous voulez, moi ça me met les larmes aux yeux...

On pourrait inclure dans le tout ça qui précède des mignardises du genre prises illégales d'intérêts – les juristes ont de ces expressions ! –, cette domesticité privée, par exemple, qu'on se fait payer par la bête, tel un Charles Millon, ancien ministre et qui fut pendant dix ans président de la Région Rhône-Alpes, à qui la Justice a fini par tirer  méchamment les oreilles – des délateurs de caniveau, là encore, avaient dû cracher leur bile, des opposants mesquins, évidemment, quelque collaborateur incapable qu'on avait renvoyé... L'ingratitude, que voulez-vous... Mettons-y également toutes ces voitures de fonction bidon, avec carte de paiement des carburants, ça coule de source, auxquelles les élus locaux n'ont pas droit, faut-il le rappeler, pas plus qu'au logement ou à la domesticité (Code général des collectivités territoriales), mais enfin on se débrouille... Vous avez forcément dû en croiser, de ces voitures de la débrouille républicaine, si vous habitez une ville de quelque importance – n'est-ce pas, Didier Boulaud ? Ce brave sénateur PS – comme quoi, l'appartenance politique dans ce cas... mais vous deviez bien vous en douter, non ? – récemment démissionnaire de la mairie de Nevers, s'est fait asticoter par un méchant journaliste d'investigation, Yvan Stefanovitch, pour avoir commandé aux frais de sa bonne ville, entre autre, un bijou de voiture de près de cinquante mille Euros – de marque française, attention ! – destinée à son usage personnel exclusif. Les méchancetés de Stefanovitch ont tellement contrarié le-dit Boulaud qu'il en a annulé la commande. Et voilà ! Autant de travail en moins pour ces braves O.S. de l'automobile...

Tout ça, c'est cet écrêtement des rémunérations que la loi impose aux élus cumulards, mais à qui elle laisse la liberté d'en attribuer le report aux bénéficiaires de leur choix, sans justification, pourvu qu'ils soient eux-mêmes élus du peuple. Eh oui, forcément – vous l'avez vu venir ! – des petits malins n'allaient pas rater l'aubaine. M. et Mme Balkany, notamment, des experts en matière d'argent public, conservent dans le budget familial le surplus que Monsieur devrait rendre pour le cumul des indemnités de député des Hauts de Seine et de maire de Levallois-Perret : c'est à Madame, sa première adjointe à la mairie de Levallois, qu'il affecte le report ! La famille, je vous dis. La famille. Il n'y a que ça de vrai...

Tout ça enfin, parce qu'on ne peut pas en faire trois cents pages, ce sont ces voyages à cent mille ou cent cinquante mille Euros de jet privé, qu'on s'offre, par exemple, pour entrelarder une visite officielle aux Antilles d'un saut à la Confrérie du Pâté de Vesoul – comment faire autrement : on intronisait le nouveau Grand maître ! Qu'aurait-on dit de l'absence du ministre... J'exagère ? Demandez à M. Alain Joyandet, secrétaire d'Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie, ou à M. Christian Estrosi – tiens, encore lui...

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Tout ça pour aboutir à quoi ? Des dénonciations ? Des braillements ? Des "Tous pourris !", des "Sortez-les !" ? Je le vois bien : vous êtes gênés aux entournures. On tutoie des choses pas propres, des relents, comme ça... Les mots nous viennent aussitôt : "poujadisme"... "populisme"... "démagogie"... "anti-parlementarisme"... "corporatisme"...

A bien y réfléchir, c'est vrai que la frontière n'est pas si nette entre populisme et... civisme. Devrait-on dire : que la frontière n'est plus si nette ?... Il me semble qu'il fut des temps où décrier l'esprit de lucre et de prébende chez les princes et les mandataires du peuple ne posait pas tant de difficulté morale – je dis morale, bien sûr, la liberté physique de prononcer ces critiques étant une autre paire de manches. Non point que les personnes en cause fussent moins cupides ou cyniques, mais peut-être parce que l'esprit général de l'époque, lui, conservait la capacité de discriminer désintéressement et vénalité, et de les hiérarchiser sans hésitation sur l'échelle des valeurs en cours. Ces temps ont existé sans doute, même subrepticement. Du côté d'Athènes ? De Rome ? Chez nous, à la charnière de l'Ancien régime et des temps contemporains peut-être aussi ? – même si l'on se garde par-dessus tout de confondre révolution et incorruptibilité, les Thermidoriens du Directoire nous ayant vaccinés de cette naïveté.  Moments rares mais assez denses en tout cas pour que la mémoire nous en soit restée, et le mot vertu aussi, comme un idéal inaccessible peut-être, mais un idéal quand même.

A-t-on perdu ce pouvoir discriminant, pour qu'on n'ose plus trop dire aujourd'hui  :

– les profiteurs sont indignes des charges publiques et doivent en être chassés ;

– la distinction absolue entre affaires publiques et affaires privées s'impose sans défaillance à tous les mandataires du peuple ;

– le désintéressement est une vertu et se place plus haut que la notoriété ;

– la frugalité dans le fonctionnement de l'Etat ou de la cité est un bien pour le peuple et la nation, et doit être recherchée constamment ;

– la loi s'impose uniformément à tous les citoyens mais le devoir d'être exemplaire est proportionnel à la hauteur de la charge publique exercée ;

– l'homme public doit être insoupçonnable de prévarication ou de concussion, et organise en conséquence sa vie privée pour qu'aucun doute ne soit jamais permis.

Sans jouer au Juvenal de service, il faut bien constater que les temps ont changé. Et c'est sans doute que l'esprit a changé. Je crois que notre époque, qui crie sa vindicte, hurle, s'emporte d'indignation, pétitionne et enflamme la rue pour un oui pour un non, n'a que des égosillements de pourceaux dans leur soue. Je grogne dans ma merde contre les autres pourceaux, contre la baccade renversée, contre mon trou du cul bouché ou Porcinette qui ne veut pas se faire monter, mais je reste à me vautrer là sans en sentir le fumet. La merde que j'ai chiée me rentre dans le corps par tous les pores, je m'en repais, j'en suis constitué. Comment sentirais-je l'odeur de merde qu'exhale ce ministre trop bien logé, ce sénateur trop richement nourri, ce maire trop somptueusement servi, ce conseiller du Président trop

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grassement payé ? Comment la sentirais-je cette odeur de fric à tous les étages de la République, si caractéristique, comme on repérait immanquablement, autrefois, les immeubles populaciers à leur odeur de pisse, de cuisine au poireau et d'eau de Javel ? Mais je l'exhale moi-même, cette odeur de fric ! Je gueule contre ce fumier de pédégé qui gagne cent fois ce que je gagne, mais parce que je l'envie ! Pas parce que c'est injuste, injustifié, immoral, inadmissible même économiquement. Parce que je voudrais être à sa place ! Et les pauvres minables qui sont au-dessous de moi dans la seule échelle des valeurs qui nous est restée, celle du pognon, je les méprise ! Je veux du pognon, moi aussi. Je hais ceux qui en sont bourrés parce que je les jalouse et les admire d'avoir su y faire, les salauds. Je m'en tape de vos solidarités affichées, je fais semblant tant que ça me rapporte, mais donnez-moi la clé du coffre et je vous cracherai à la gueule comme n'importe quel Nicolas Anelka. Non, ce n'est pas ça ?...

Observez les pauvres arguments qu'avancent ceux qu'on a pris le doigt dans le pot de confiture. D'abord ils nient, bien sûr. Main sur le cœur, bouche en cul-de-poule, rengorgements indignés, phrases de tribun, appel aux mânes de la République, ouvrez le ban, etc. Quand le Canard enchaîné en rajoute une louche, qu'on est coincé, alors on n'a plus le choix : c'est la faute à ces cons de collaborateurs. Ils auraient dû, ils n'ont pas su, n'ont rien compris, ont interprété, ne m'ont rien dit, vous pensez bien si j'avais été mis au courant, mais c'est évident, illico je le faisais cesser ce brin, illico, vous pouvez me faire confiance... Mais quand le journaliste, l'opinion publique – aïe, quand elle s'en mêle enfin, celle-là... –, ou le juge, ce mesquin personnage, insistent un peu trop, alors je me lâche. Je dis ce que j'ai sur le cœur, il n'y a plus à mégoter : oui, c'est injuste qu'on trouve injuste ce que je m'accordais. C'est de la démagogie, du poujadisme, peut-être pire, suivez mon regard. Vichy n'est pas loin, croyez-moi. Non les élus ne sont pas choyés. Non les ministres ne sont pas assez payés : vous rendez-vous compte, ces responsabilités qu'ils ont, dans le privé ce qu'ils toucheraient pour ça ? Et puis ça ne dure pas longtemps, qu'est-ce qu'on fait après, quand on se retrouve citoyen lambda ?

Ces derniers arguments sont les plus minables, car ils sont les plus faux. Le mandat d'un élu ou la charge d'un membre du gouvernement n'est en rien une profession, que l'on exerce ordinairement pour gagner sa vie, s'enrichir ou constituer un patrimoine privé ; il s'agit d'une mission temporaire déléguée par le peuple, révocable et non rémunérable mais indemnisée – et l'adjectif n'a pas été choisi indifféremment : il exclut toute velléité de comparaison avec  quelque système de rémunération privée que ce soit. Le critère de cette indemnisation ne relève donc pas de l'ordre économique ordinaire, auquel ces missions ne participent pas car elles le surplombe. Niveau des responsabilités exercées, temps de travail, et même accaparement de la personne – toutes choses éminemment contraignantes, qu'on ne discute pas – ne s'assimilent en rien, de ce fait, à l'exercice professionnel de n'importe quel responsable du monde économique et ne sont pas rémunérées à leur aune, comme essaient pathétiquement de nous en persuader les plus cupides. Pourquoi pas la pointeuse de l'usine, bientôt dans les ministères, pour calculer le salaire de base du ministre ? Ou tant qu'on y est, l'évaluation périodique de la réalisation du contrat d'objectifs passé entre le parlementaire et son "manager" – au fait, ce serait qui ? – pour fixer sa "part variable de rémunération", comme n'importe quel cadre dirigeant de grande entreprise ?

Ces arguments ne valent rien... mais le public les entend, même vaguement. Même quand il s'insurge de n'en tirer aucun avantage, lui. C'est que ce public, nous tous, avons fait définitivement nôtre cette échelle des "valeurs" que coiffent amour de l'argent, individualisme cynique, exhibitionnisme social, opportunisme, matérialisme intégral... Comment se sentir à l'aise pour critiquer un prévaricateur quand on se dit soi-même, in petto : "S'il en avait la possibilité, il aurait été bien bête de ne pas en profiter. Si j'avais pu être à sa place... Mais quel idiot, aussi, de s'être fait prendre !" Dans ce contexte-là, où notre pente nous pousse si bien à "comprendre" l'esprit de lucre et l'extension du mercantilisme à la gestion des affaires publiques, il suffit au coquin pris sur le fait de brailler que c'est une bande d'inciviques qui l'attaque et le menace, des factieux mûs par une idéologie sulfureuse de bien mauvais souvenir, pour nous faire croire que c'est la République qu'on menace. Et voilà jusqu'à nos plus solides penseurs de hocher gravement la tête, perplexes et tétanisés par l'injonction républicaine à "respecter les élus du peuple" – la démocratie serait en danger, vous dis-je, au moindre article du Canard Enchaîné...

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Eh bien, c'est sans doute exactement le contraire. Qu'on se fasse traiter de Savonarole ou pas, si notre démocratie est en danger, ce n'est pas pour la dénonciation des faits de corruption – ça peut s'appeler comme ça, aussi. Elle l'est pour la lente imprégnation des esprits par cet "air du temps", l'accoutumance tranquille à ce qui n'est même plus vu comme corruption, tellement notre discernement s'est lui-même laissé corrompre.

Mais point besoin d'aller jusqu'à la corruption avérée pour débusquer le relâchement des mœurs civiques. Quand une certaine Elisabeth Boyer, vice-présidente du parti radical de gauche (!) s'offusque qu'on évoque le devoir d'exemplarité  s'imposant aux responsables politiques dans l'effort de rigueur demandé à la nation – légère diminution de leurs indemnités, rabotage de leur train de vie, etc. –, ne pas sursauter, c'est manquer d'esprit civique. Idem quand Mme Lagarde, élégante ministre de l'Economie, tente  en douceur la même plaidoirie. Ou quand M. Woerth – il est sur tous les fronts, celui-là – prétend nous démontrer que ce n'est réglementairement pas possible pour les membres du gouvernement, car leurs émoluments étant établis en relation avec la grille des rémunérations de la haute Fonction publique, diminuer les indemnités ministérielles impliqueraient de diminuer les traitements des fonctionnaires. Argument imparable. Vive le Réglement ! Vive la République ! Vive le Régleblique répumentaire !

Ce qui lui ferait du bien, à la démocratie, c'est qu'au lieu de se répartir les postes dans l'attente de la victoire à venir, les partis prétendant avoir quelque souci du peuple mènent une lutte féroce pour exiger l'audit, à l'Euro près, de la dépense publique et redéfinisse avec la plus extrême rigueur les postes des budgets de fonctionnement de l'Etat et des collectivités territoriales. Bien plus qu'une question technique, c'est la seule voie de rénovation de notre République, l'indispensable rafraîchissement civique sans lequel aucune revitalisation du contrat social, en faillite totale aujourd'hui en France, ne sera possible. Ce serait d'une nature comparable au bouleversement de la fameuse Nuit du 4 Août 1789, débutée, à l'initiative insolite d'un vicomte de Noailles ou d'un duc d'Aiguillon, dans un enthousiasme que l'on qualifierait sûrement aujourd'hui de démagogique, populiste, mais qui aboutira pourtant au renversement de l'ordre ancien.  Enfin, gardons-nous d'être optimiste : la frugalité, c'est surtout bien pour les autres...  tant qu'on n'est pas parvenu soi-même sous les lambris.

On n'entend nulle part, dans les rangs de l'opposition actuelle – ne cherchons pas dans la majorité ! –, cette voix du dépouillement à rechercher dans l'action publique... Ah, de l'emphase sur la limitation des déficits en général, sur la rigueur de gestion en général, sur le souci de la transparence en général, sur la chasse aux niches des copains-coquins en général, patati patata, autant qu'on en veut ! Socialos, écolos, gauchos officiels, la vertu en général dégouline des programmes. Mais sur l'adaptation vertueuse des statuts du mandataire du peuple, élu, gouvernant, membre des cabinets ? Cette peccadille, un peu démago n'est-ce pas, mais sans laquelle aucun renouvellement de confiance ne se fera, surtout avec la jeunesse de ce pays, cherchez donc voir si vous y trouvez la moindre allusion... Tant qu'un parti ou un mouvement "d'opposition" n'en aura pas fait son cheval de bataille, sans enfermement idéologique ou sectaire mais sans faux-fuyant ou poudre aux yeux, il semblera au pessimiste que l'on en est toujours au dilemme "blanc bonnet - bonnet blanc"...

Reste donc le citoyen, poujadiste ou pas. Et le Canard Enchaîné. Alors ne craignons plus d'appeler civisme ce que le voyou s'empressera d'appeller populisme.  Il a bien raison de nous siffler, le voyou, vu sous son angle de tir à lui. Mais nous, citoyens sans complexe ni compte à rendre, avons bien raison de ne pas nous laisser impressionner par les grands mots que les voyous ont vidé de sens. Vu sous notre angle de tir à nous, bien sûr. Il ne faut plus craindre le voyou.

C'est pour ça qu'il va bien falloir un jour faire preuve d'un peu de courage. Du courage moral d'abord, avant le courage politique...


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