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Qui veut gagner des millions ?

Publié le 30 juin 2010 par Copeau @Contrepoints
Qui veut gagner des millions ?

Puisque cet article de conjoncture est le dernier avant la suspension de Libres.org pendant l'été, nous n'allons pas nous tourner vers les déficits, la récession, le chômage, le trou de la Sécu, l'impasse des retraites par répartition, la faillite des dépenses publiques, mais essayer de vous faire rêver en parlant des millionnaires. Ils n'ont jamais été aussi nombreux : 11,2 millions de foyers millionnaires en dollars. Est-ce scandaleux ?

Faut-il tuer tous les riches au nom de la justice ? Ou faut-il se demander comment ils sont devenus riches et ce qu'il faudrait faire pour rendre les millionnaires plus nombreux ? Ce n'est pas le grand nombre de riches qui pose un problème, mais le trop grand nombre de pauvres.

11,2 millions de foyers millionnaires

Chaque année, le Boston Consulting Group (BCG) publie un rapport (« Global Wealth ») sur la richesse privée mondiale. Ce rapport est réalisé à partir d'une enquête auprès de 114 institutions financières mondiales. Les chiffres, publiés il y a peu, (mais passés inaperçus entre la crise des finances publiques et la question des retraites) portent sur l'année 2009. La richesse privée, qui avait baissé de 10% en 2008, progresse en 2009 de 11,5%. Les résultats de 2008, avec une chute de 10%, montrent qu'il ne suffit pas d'appauvrir les riches pour enrichir les pauvres : tout le monde avait été touché. Et le rebond substantiel de 2009 est une bonne nouvelle, qui laissait présager la reprise quasi-générale qui s'est produite en 2010.

Le BCG s'est intéressé au nombre de foyers millionnaires (en dollars US). Il y avait, en 2009, 11,2 millions de foyers millionnaires dans le monde, soit environ 1% des ménages du monde. La progression est sensible : 14% de millionnaires en plus en 2009. Cette progression est un signe encourageant, et va de pair avec la spectaculaire reprise, notamment dans les pays émergents. On ne sera cependant pas surpris de voir que les Etats-Unis restent en tête pour le nombre de millionnaires : 4 715 000 ménages. On trouve ensuite le Japon, (1,239 million), la Chine (670 000), le Royaume-Uni (485 000), l'Allemagne (430 000), l'Italie (300 000), la Suisse (285 000). La France vient ensuite, avec « seulement » 280 000 ménages ; il est vrai qu'on n'y aime guère les riches, qui pour les Français s'enrichissent sur le dos des pauvres.

En valeur relative, c'est Singapour qui arrive en tête, avec 11,4% de sa population millionnaire ! A ce rythme là, on pourra bientôt dire « tous millionnaires ». En Suisse, il n'y a, si l'on ose dire, que 8,4% de millionnaires. Quant à la croissance du nombre de millionnaires, elle a été de 35% à Singapour, de 33% en Malaisie, de 31% en Chine. La zone Asie-Pacifique est la plus dynamique (sauf le Japon), la fortune globale y progressant de 22%. Les projections montrent que le nombre de millionnaires dans cette région devrait progresser deux fois plus vite que la moyenne mondiale : la richesse bascule vers l'Asie et le Pacifique, ce que confirment toutes les autres analyses (PIB, commerce international, etc.).

Dépouiller les riches ou suivre leurs traces ?

La notion de richesse, comme celle de pauvreté, est toute relative. La définition courante (et contestable) de la pauvreté est effectivement relative : on est pauvre en dessous de 60% du revenu moyen. Dans ces conditions, un pauvre Français ou Américain serait riche dans certains pays d'Afrique, voire même de l'Europe de l'Est. Il en va de même pour la richesse. Dans le débat américain sur l'assurance maladie, Barack Obama fixait la richesse (devant être taxée pour cette réforme) à 250 000 dollars, tandis que John McCain fixait la barre à 5 millions de dollars, et que pour beaucoup le million reste le signe de la richesse, même si ce chiffre est symbolique. En France, avec la réforme des retraites, on a appris qu'on pouvait être riche avec des niveaux de revenus très modestes, bien inférieurs même à l'estimation d'Obama.

Aux Etats-Unis, la plupart des Américains pensent que la mobilité sociale permet à chacun d'avoir sa chance et on rappelle volontiers que tel millionnaire (comme Ralph Lauren ou Sam Walton, fondateur de Walmart), a commencé comme vendeur de journaux. Un récent sondage montre que 52% des Américains admirent les riches et 8% seulement ne les aiment pas. On ne veut pas dépouiller les riches, on veut suivre leurs traces. Une grande majorité d'Américains considère qu'une classe aisée bien fournie est bénéfique pour la société toute entière. En France, le riche n'est pas aimé, il est honteux de gagner de l'argent, ce qui justifie que le fisc vous le reprenne : les riches ou les jeunes qui veulent s'enrichir partent donc sous des cieux fiscaux plus cléments.

L'effet des mentalités et des institutions

Cette différence de mentalité vient sans doute aussi largement des différentes façons de s'enrichir. Aux USA, la plupart des millionnaires sont des entrepreneurs et en général ils se sont faits eux-mêmes : Bill Gates ou Michael Bloomberg viennent de la classe moyenne. En France, il y a bien entendu de vrais entrepreneurs, mais beaucoup de millionnaires le sont pour des raisons familiales ou parce que l'Etat, d'une façon ou d'une autre, leur a accordé des privilèges, des professions fermées, des marchés publics, des monopoles protégés par la loi. Devenir millionnaire parce que l'on répond à de vrais besoins, à une demande de services venant d'un vrai client, n'est pas la même chose que devenir millionnaire parce qu'on a su faire jouer ses relations avec le pouvoir ou profiter de telle astuce du système bureaucratique.

Mais cette différence n'est pas seulement le fruit d'une mentalité (les pionniers américains contre les « grands serviteurs de l'Etat » en France). Les institutions y sont pour beaucoup. Quand le système est centralisé, après des siècles de colbertisme, quand l'ampleur des réglementations sociales, administratives, empêche les entrepreneurs d'agir, quand le système fiscal détruit la richesse dès sa source, quand la vraie liberté économique est absente, quand la propriété est mal vue et brimée par les règlementations, comment s'étonner que la richesse soit suspecte et la vraie richesse, celle des services rendus, rare, parce qu'empêchée de naître ? Au contraire, quand, dans les pays émergents, notamment d'Asie ou aux Etats-Unis, la vraie création est encouragée par tout le système institutionnel fiscal, social, il ne faut pas s'étonner de voir de vraies richesses s'accumuler.

Le riche et le pauvre

Il est vrai que la richesse peut-être insupportable et injuste : quand elle n'est pas méritée par de vrais services rendus, mais par des opérations douteuses et quand la mobilité sociale est absente et favorise la reproduction sociale chère à Bourdieu. Mais ce que Bourdieu n'a pas compris, c'est que cela n'existe pas dans les vraies sociétés libérales, qui reposent sur la mobilité et la chance offerte à tous. Ce qui est insupportable, ce n'est pas que l'un gagne cent fois plus que l'autre, ce ne sont pas les écarts de revenus ou de patrimoine, s'ils sont justifiés, ce qui est insupportable c'est la statique sociale, les mêmes occupants toujours les mêmes places, sans espoir d'en sortir, dans les sociétés figées, statufiées.

L'existence de la richesse favorise-t-elle la grande pauvreté ? La lecture marxiste de la réalité économique le laisse croire : le riche s'enrichirait en exploitant le pauvre. Pourtant c'est bien dans les pays où il y a le plus de millionnaires qu'il y a le moins de pauvres et que les pauvres sont moins pauvres. Ce n'est pas en Amérique ou en Europe ou en Asie du sud-est qu'il y a le plus de pauvres, mais en Afrique ou en Amérique latine, là où il y a moins de riches (ou des riches qui doivent leur richesse à des privilèges intolérables).

Bien sûr, cela dépend aussi de ce que les riches font de leurs richesses. Quand ils sont pourchassés, montrés du doigt, ils préfèrent alors les placements spéculatifs, ou délocalisés, ou improductifs. Mais s'ils sont libres, ils dépensent leur argent, ce qui crée des emplois et des revenus pour d'autres, et ils investissent, ce qui là aussi favorise l'avenir de tous. Les Chinois l'avaient compris il y a plus de 2000 ans, en affirmant que « quand le riche maigrit, le pauvre meurt » : ruiner le riche, c'est tuer le pauvre. Et si les riches le veulent, ils peuvent aussi suivre la voie proposée par Bill Gates et Warren Buffett (2ème et 3ème fortune du monde), impliqués dans la philanthropie, créateurs de fondations, et qui viennent de suggérer aux plus riches de donner à des œuvres la moitié de leur fortune. Cela a une autre valeur morale que leur prendre de force en tarissant ainsi la source des richesses. Et qui peut être généreux si l'Etat lui a déjà tout pris ? Ne tirons pas sur les riches, mais interrogeons-nous sur la possibilité donnée à tous de s'enrichir, de faire valoir ses talents, de disposer librement de ses richesses. C'est cela qui favorise le bien de tous. Or cela ne peut exister que dans une société de libertés économiques. Si l'Etat rogne nos libertés, il n'y a plus de riches et c'est la misère assurée pour tous, la Corée du Nord illustre la loi : tous pauvres !


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