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Salaire des profs: les vacances ont bon dos

Publié le 01 juillet 2010 par Emelineecologie
Jean-Paul Brighelli rappelle que les longues vacances valent aux enseignants d'être payés deux mois de moins que les autres fonctionnaires de grade équivalent. Le décret date de 1946. Depuis, les choses ont changé, la charge de travail s'est alourdie pour les profs. Mais le salaire, lui, est toujours amputé.
« Engagez-vous, rengagez-vous », qu’ils disaient…
« Oui, M’sieur… Qu’est-ce que je gagne, M’sieur ? »« Bac + 5 ? Disons… 1310 € pour commencer, que vous soyez instit ou certifié… »
« Heu… Je viens de passer l’agrégation, M’sieur… Bac + 6, M’sieur… »« Alors… Si vous êtes agrégé, 1423 €. 1423 ! Hein ! C’est pas beau ? »
« Et… Des avantages ? Des primes ? Des tickets-restaurant ? Un treizième mois ? »
« Vous n’y pensez pas ! Vous avez la vocation, vous — c’est déjà quelque chose… Et puis il y a les vacances…
Et les vendanges. »
Parlons-en, des vacances : c’est à cause de ces trois mois de vacances que le décret du 10 juillet 1946, concluant sur les délibérations des 6 janvier 1945 et 11 avril 1946, a fixé le traitement des enseignants au 10/12ème de celui des autres fonctionnaires de grade équivalent. Agrégé, dites-vous ? Vous aviez rang de colonel, et vous voilà ‘pitaine…
Ah, 1945… Grande année pour les vins… C’est même à cause de la vigne que votre salaire est calculé sur 10 mois — 10 mois répartis sur 12 : en ces temps-là, dans une France qui restait fondamentalement campagnarde, les grandes vacances allaient de fin juin à fin septembre — fin septembre ! — afin que les gamins et leurs maîtres (il y avait alors bon nombre d’instituteurs-vignerons) participent aux vendanges… Si, si, ce fut le motif officiel ! Trois mois pleins, à une époque où les congés payés, dans le reste du pays, n’excédaient pas trois semaines…
Heu… Oui, M’sieur… Mais voilà : aujourd’hui, les congés payés, ce serait plutôt six semaines. Sans parler des RTT. Et ceux des enseignants, l’été, moins de deux mois, si l’on tient compte des examens qui débordent allègrement sur juillet, et des pré-rentrées qu’il faut bien assurer. Moins de deux mois pour préparer ses cours — parce que nous appartenons à un monde bizarre où l’on ne s’arrête pas de travailler, où l’on amène ses copies à la maison, où l’on est bien obligé de se tenir au courant, sous peine de se retrouver rapidement obsolète… Et on ne complète pas nos revenus avec le produit des vendanges… D’ailleurs, combien d’enseignants aujourd’hui seraient capables de différencier, à vue d’œil, un chardonnay d’un sauvignon, un carignan d’une syrah ?
Mais les salaires, eux, en sont restés aux 10/12ème. Pour rattraper ne serait-ce que le reste de la fonction publique (et je ne parle même pas du privé, où l’on gagne un peu plus, à ce niveau de qualification…), il faudrait qu’un débutant touche, en fin d’année, les deux mois manquants. Soit 2620 euros.
Alors, les récentes augmentations proposées par Luc Chatel sont très loin du compte. 157 € nets par mois, a annoncé le ministre, pour un instit ou un Certifié. Cocagne !
Désolé : il manque 2463 euros. Pourquoi diable croyez-vous que malgré des lois restrictives, qui interdisent à un fonctionnaire de cumuler deux salaires, tant d’enseignants se vendent aux cours particuliers, et pour des gratifications de misère, autour de 10 euros de l’heure — qui permettent à Acadomia de flamber en Bourse, je suis bien content pour eux…
18h avec les élèves mais 39 heures effectives!
C’est de cela que l’on devrait parler, quand on parle revalorisation. La vraie « revalo », ce serait d’exiger la fin de cette ponction « viticole », de cette vendange qu’opère la rue de Grenelle dans nos traitements. Deux mois de salaire de moins par an, sur quarante ans de service, en mettant, l’un dans l’autre, le salaire moyen d’une carrière à 2000 euros par mois, (Byzance !) ma foi, ça permettrait de s’acheter… quelques arpents de vigne.
Alors, M’sieurs-dames des syndicats, vous qui savez, mieux que le ministre, qu’il y a aujourd’hui une crise des « vocations », vous qui savez que des concours qui attiraient il y a dix ans 10 ou 12 000 candidats n’en rassemblent pas plus du tiers aujourd’hui, qui n’ignorez pas, de surcroît, que les conditions de travail se sont sérieusement dégradées, et que la « prime de ZEP » ne compense pas les crachats jetés sur l’enseignant montant chaque jour au calvaire de son collège, voilà un vrai cheval de bataille : je réclame pour chaque enseignant en fin de carrière les 160 000 euros (minimum — j’ai calculé très juste, mais je ne voulais pas charger la barque) qu’a retenu le gouvernement pour cause de vendanges qui ne se font plus. Et pour ceux qui entrent dans la carrière, là, tout de suite, un salaire calculé sur 12 mois — c’est la moindre des choses, à l’heure où il est fortement question, au nom des « rythmes scolaires », de raccourcir encore les vacances d’été, et de rogner sur les autres.
« Oui, justement, dit monsieur Bidochon, opportunément entré dans la conversation. Il y a les autres ! Quinze jours par ci, quinze jours par là ! Vous croyez que j’y ai droit, moi ? »
« Triple buse — restons correct —, les vacances d’hiver ont été inventées pour que les hôteliers de montagne remplissent leurs stations. C’est même l’unique justification des « zones ». Inventées pour que les enseignants aient l’opportunité d’aller claquer à la neige les émoluments considérables que leur octroie le ministre. Et, accessoirement, pour que les enfants de Bidochon se reposent des fatigues excessives que leur occasionnent des programmes forcément surchargés, sans parler du stress d’un système forcément élitiste. Et faut-il que je te rappelle, crétin patenté, que nous travaillons tous, pendant les vacances ? Que le ministère même, qui sait compter — ô combien ! — sait que les 18 heures passées devant les élèves par un enseignant lambda correspondent à 39 heures effectives — pas 35 ! Nous devrions demander le paiement de ces heures sup’, tiens ! Mais allez, je te les offre — je les offre à la nation, qui est encore pour nous quelque chose, parce que c’est son futur que nous bâtissons tous les jours. »
M’sieur le ministre ! La prime de 160 000 euros aux 300 000 enseignants du baby-boom qui vont partir à la retraite dans ces prochaines années ! Tout de suite ! Et un treizième et un quatorzième mois pour tous les autres — comme à la Banque de France, autre service d’Etat.
Tout de suite.
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