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Karachi, affabulations politiciennes en eaux troubles

Publié le 02 juillet 2010 par Vogelsong @Vogelsong
On m’a proposé un chèque de 674 000 euros. Je leur ai dit de vider leurs tiroirs plutôt…” La fille d’une victime de l’attentat de Karachi, le 30 juin 2010 à Paris lors d’une conférence à la maison des métallos.
La France est (devenue) un pays formidable. On y raconte des histoires à dormir debout. Des récits fantasmagoriques qui auraient pour personnages principaux les hauts dignitaires des palais et autres châteaux de la République. Des affabulations journalistiques mettant en exergue des pratiques répréhensibles pour le commun des citoyens, des turpitudes entrainant la mort de ressortissants français travaillant à l’étranger. De grandes amitiés de trente ans, qui finissent en petites coupures et en tôles dévastées. Avec l’affaire Karachi, l’Hexagone plonge dans le trou noir de la République. L’inavouable business occulte de la mort et de la politique. Celui que l’on lit habituellement dans les chefs-d’œuvre de J. Le Carré. Trahisons et ambitions Deux ressorts de toute bonne histoire, l’ambition et la trahison poussent le plus probe des hommes (ainsi que sa suite) à piétiner une relation confraternelle de trois décennies, au sein d’une même organisation politique. E. Balladur, Premier ministre se rêve monarque en lieu et place de son ami J. Chirac. Qui attend patiemment son tour depuis des lustres. Profitant des oracles sondagiers, avec ses séides du moment N. Sarkozy et F. Léotard, le Premier ministre fomente une rébellion qui débouchera sur une candidature alternative à droite. En janvier 1995. Une campagne présidentielle coûte horriblement cher. Alors que le candidat naturel du RPR dispose des fonds du parti, les sécessionnistes doivent trouver les deniers nécessaires à leur entreprise. Espèces sonnantes et trébuchantes Karachi, affabulations politiciennes en eaux troublesLe donateur balladurien est réputé prodigue. C’est 10 millions de francs en petites coupures (500 et 100 francs) qui seront déposés sur le compte de campagne du candidat Balladur. Selon les dires de l’intéressé dans une première version, issus de la collecte auprès des militants, puis dans une seconde où la banque aurait transformé cette (collecte de) menue monnaie en liasses bien formatées. En septembre 1994 (soit 4 mois avant le coming out balladurien), une vente de sous-marins de type Agosta est signée avec le Pakistan. Le système de commission occulte, mais “légale” pour arroser l’administration et les intermédiaires afin de “faciliter » la vente constitue une pratique « normale”. Ce qui l’est moins, c’est l’apparition d’une seconde équipe de “consultants” pour la transaction. À ce moment-là naissent les soupçons de rétro-commissions qui auraient servi au financement de la campagne d’E. Balladur. L’argent de cette seconde équipe ne serait pas allé jusqu’au Pakistan, mais aurait fait le chemin de retour vers la France jusqu’à la caisse électorale du candidat Premier ministre. Z. Takieddine déclare aux journalistes de Mediapart à propos des infirmières bulgares “C’est moi qui les ai fait libérer en 2007”. C. Guéant, secrétaire général de l’Élysée confirmera du bout des lèvres “le rôle important” de Z. Takieddine. Les responsables de la DCN citeront l’homme d’affaires franco-libanais comme intermédiaire dans la vente des sous-marins au Pakistan en 1994. Et donc un rouage des rétro-commissions. L’ami de N. Sarkozy, comme il se plaît à le dire, nie et porte plainte contre X. Évidemment. Quand les ressortissants français paient de leur vie pour des “loosers” Le 8 mai 2002, un attentat pulvérise le bus transportant des travailleurs de la DCN. Bilan, 14 morts, dont 11 ressortissants français. La thèse officielle dans ce contexte post-11 septembre est la piste Al-Qaïda. Il ne peut en être autrement. 7 ans plus tôt, (presque) jour pour jour, le candidat Balladur prend le bouillon lors de l’élection présidentielle de 1995. Laminé par son rival J. Chirac. À titre de rétorsion, le nouveau président bloque les versements restants de commissions “occultes” pour la vente d’armes. Battement d’ailes de papillon ? Les conséquences sont épouvantables pour les victimes du bus de Karachi. Car d’une rétorsion, les lésés sur place en gardent une rancune tenace envers l’État français, mauvais payeur. Une rancune de 7 années. Qui finira en conflagration, déchiquetant corps et cœurs. Tout ceci n’est qu’une fable. La France est une démocratie irréprochable. Quand une mission d’information parlementaire (dont une des prérogatives est le contrôle de l’exécutif) sur Karachi ne reçoit comme pièce du dossier qu’une revue de presse de 20 pages, alors qu’elle demandait le contrat de vente des sous-marins et tous les éléments administratifs et diplomatiques relatifs à la transaction, la République évolue en plein fantasme. Lorsque sur un rapport de 137 pages du GIGN, 3 pages (d’une banalité confondante) sont déclassifiées, c’est qu’il n’y a rien à cacher. Le gouvernement s’arc-boutant sur la thèse : Il n’y a rien à voir, donc rien à chercher. Une affaire qui aura mis 8 mois pour arriver jusqu’au sommet des médias avec par exemple une diffusion de 60 minutes sur France 2. Des médias omettent scrupuleusement de citer le président de la République. Les journalistes de Mediapart, F. Lhomme et F. Arfi témoignent des railleries de leurs confrères, de l’ambiance pesante, et de menaces allusives sur les investigations du dossier Karachi. C’est un journaliste allemand de Der Spiegel qui dira du petit monde médiatico-politique français à propos de cette affaire “Je tombe sur mon cul !”. Tout ceci n’est qu’une fable. Racontée avec réalisme dans le livre de F. Lhomme et F. Arfi, “Le contrat”. Ils y relatent une histoire de mallettes pleines de billets qui circulent au sommet de l’État débouchant sur un attentat faisant 14 morts. Des hommes de l’ombre tirant les ficelles pour étouffer un dossier. Un gouvernement dégainant systématiquement “le secret défense” pour faire obstruction à l’avancement d’une enquête. Les auteurs soulèvent le couvercle de la boîte de Pandore des ventes d’armes, que leurs confrères rechignent à regarder. Une fable qui ne se trouve pas dans le rayon science-fiction des librairies. Vogelsong (relecture PookaSama) – 1 juillet 2010 – Paris Sources connexes :

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