Magazine Journal intime

Boat-lag dans l'hémisphère sud

Par Crapulax

03 juillet 2010

Boat-lag dans l'hémisphère sud

IMGP0343Lorsque Pierre et Shabby se font virer sans préavis de Clube Naval Charitas,  j'en suis sincèrement désolé mais en même temps, ça me procurera du repos, enfin. Après la transat, ces trois semaines à Rio faites de réparations, de formalités diverses, de fëtes et de rencontres m'ont fatigué. L'avant dernier jour s'y termine en feu d'artifice. Le Brésil vient de gagner une nouvelle fois, Olga est à Rio avec Lila et participe à la liesse populaire. Lorsque Pierre et moi les rejoignons, je sens comme de l'electricité dans l'air, et pas qu'un peu. Etat de surexcitation maximal chez Olga généralement plus posée; brésiliens par grappes autour d'elle. Je sens intuitivement que tout cela pourrait facilement dégénérer. Je tente vainement de lui rappeller où nous sommes et les possibles dangers que cela implique mais ma crédibilité en matière de tempérance et de calme semble des plus limitée auprès d'elle. Je me fais donc pourrir copieusement et ni Lila ni Pierre n'obtiennent de meilleurs IMGP0330résultats. Olga part de son côté, fachée. Lila, Pierre et moi poursuivons la soirée sans elle avant de rentrer plus tard aux canots. Et puis c'est au tour de Lila de disparaître mysterieusement. Nous sommes alors au Clube Naval et Lila n'a pas pu rentrer à Rio vu qu'elle a laissé ses affaires, portable, argent, clés, tongs sur Shabby. Où est elle? Au matin, Pierre et moi sommes toujours seuls sur nos canots respectifs. Je m'inquiète un peu pour Olga mais les probabilités que quelque chose de  facheux lui soit arrivé restent faibles. C'est surtout Lila qui m'angoisse, d'autant qu'il lui manque pas mal de cases. Pierre et moi avons ratissé Clube Naval Charitas à sa recherche et encore une fois, elle n'a pas pu rentrer à Rio sans argent. Alors quoi? Alors, le plus probable désormais est qu'elle soit tombée dans le port et ait coulée à pic..... La dernière fois que je l'ai vue, elle était assise sur le balcon avant de Shabby à regarder les étoiles. Pour avoir vécu un tel cauchemar à Hyeres, juste avant mon départ, je sais comme tout peut très mal tourner, très vite. Pierre et moi agissons comme des robots. Je drague le port aux alentours de Shabby avec mon grappin. On se donne jusqu'à 13h pour prévenir la police et chercher un plongeur. Et puis img_172revoilà Lila, fraîche comme une rose, vivante. Elle a dormi dans un des salons de réception, dernier endroit où nous avons pensé la chercher. Pierre et moi revenons de l'enfer, ou presque sinon la légère inquiétude concernant l'absence d'olga qui réapparait aussi en début d'après-midi après une belle nuit Carioca sans scorie de notre dispute de la veille. Nous sommes aux anges, tels des rescapés d'un cauchemar très, trop vraisemblable.

Les brésiliens sont relax mais dans ces Iate Club huppés, il y a quand même une étiquette à respecter. Lorsque les employés du club trouvent au matin une clando sans carte d'accès dans l'enceinte, qu'en plus elle dort dans le salon de réception du club sur le sofa du Commodore et qu'en plus, elle a un peu fait pipi dessus, on atteint alors un stade où le Commodore de ce club d'origine militaire est très très fâché. Shabby est donc sommé de deguarpir dans l'heure avec Lila. Je suis fatigué de toutes ces péripéties, un peu comme si, tel un gros goinfre maladivement insatiable, j'avais commandé un festin trop gargantuesque dont je ne peux venir à bout. Je n'en veux plus. J'ai envie de repos

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et de calme. Nous appareillons à minuit le lendemain pour Ilha Grande, distante de 55 milles.  La sortie de la baie et la nav ne présentent aucune difficulté particulière mais mes sens me donnent des indications totalement erratiques et erronnées par rapport aux instruments et à la carte. Tel rocher si proche, tel feu mouvant qui ne doit pas l'être, ce courant qui n'existe pas. Je suis pourtant parfaitement éveillé et en forme mais mon sens marin généralement au moins correct, ne cesse de m'induire en erreur. Si j'étais seul encore, mais Olga aussi est également complétement azimutée par ses perceptions. Alors on s'en tient au rationnel: instruments et cartes, laissant de côté notre radar interne completement détraqué pour une raison que je ne m'explique pas. L'hémisphère sud?

Pas de vent, pas de vent, pas de vent. Moteur, moteur. Quelle pétole par ici.... Juste cet énèrvement bizarre qui intervient vers 7h, quand je laisse le canot à Olga. Un Nord Est improbable s'excite pour passer de presque zero à 30 noeuds en moins d'une heure. Pas prévu, aucune logique. Bah, au moins ça booste les dernières heures de nav mais va-t-on alors pouvoir mouiller dans cette baie exposée NE justement? Et bien oui car le vent diminue et cesse alors que nous y arrivons. Absurde. Incompréhensible, digne de la Méditérannée. Le baro n'a même pas bougé. Je renonce à comprendre. Hemisphère sud?

Ilha Grande est une île fantastique. Montagneuse et couverte quasiement partout d'une forêt tropicale dense, e

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lle ne compte que quelques villages de pêcheurs, une petite ville touristique, point de départ des excursions en bateau, quelques poussadas isolées et quelques bars à Caipis flottant où l'on va prendre un verre en annexe (trop forts ces brésiliens). Pas de voiture, pas de route, des oiseaux invraisemblables, des mouillages plus somptueux les uns que les autres, distant de quelques milles à peine. Si le grand Architecte ne s'est pas trop cassé pour disons, le Nord de France, il a fait par ici du très bon boulot. Je n'aime généralement pas m'éterniser dans un même mouillage mais ici, chaque départ vers le suivant est repoussé au lendemain. Enseada Das Palmas: plage idyllique et eaux parfaitement calmes, à à peine une demi-heure à pied à travers la forêt de Lopes Mendes, orientée sud, où déferle un gros swell qui attire tous les surfeurs de la région. Eclate en body board dans les vagues jusqu'à ce qu'Olga se fasse briser par une grosse vague et que j'achève le moorey en le cassant en deux; Abraao, le village touristique, où nous sommes gentiment invités à une fête par des brésiliens après que le Brésil ait à nouveau gagné; Saco De Ceu, cirque de verdure protégé de tous les vents où la surface de l'eau est si lisse que les
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étoiles s'y reflètent; Lagoa Azul où comme son nom l'indique, les eaux sont idéales pour la plongée..... Pierre et Shabby nous ont retrouvé et nous passons nos journées à nager, plonger, explorer la côte en canoe ou en annexe, fêter avec un peu d'avance les 30 ans d'Olga en faisant griller du poisson sur la plage. Hédonisme total d'autant que nous sommes en hiver et en morte saison. A part le week-end dans certains mouillages, nous sommes souvent seuls et goûtons cet extrême privilège, à la façon dont on jouit de Porquerolles un jour de semaine, par une belle journée encore chaude de septembre alors que trois semaines plus tôt, le mouillage était encore noir de monde. Le soleil bas de l'hiver émbellit ce joyau de sa lumière rasante. La nuit tombe vite, vers 17h et ces jours courts dans une ambiance d'été ne cessent de bousculer nos repères habituels. Sans le soleil, nous sommes parfaitement incapable d'estimer l'heure qu'il
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peut être. Minuit? Non, seulement 21h... Troublant cet hémisphère sud. Hiver en été ou le contraire, je ne sais plus trop. Et puis ces heures diurnes qui  passent merveilleusement lentement... Pierre n'a pas ce probléme. En tant qu'africain, c'est évidemment parfaitement naturel pour lui. C'est même pour lui la meilleure époque de l'année, « Just like Durban!». Alors à défaut de nous habituer à ce boat-lag durable, Olga et moi nous en amusons. Tant pis pour l'horloge interne détraquée, les sommeils en pointillés quelque part entre 22h et 2h du mat puis entre 4h et 8h. C'est intriguant mais pas désagréable.

Nous avons mis fin à notre robinsonnage le 1er et mis le cap sur le continent, à Angra Dos Reis. Olga retourne en effet en France le 7 juillet et elle souhaite aller faire un tour à Paraty ainsi que passer encore deux jours à Rio. Angra ne me tentait pas plus que ça mais la ville, la plus importante sur la côte entre Rio et Sao Paulo, se révèle très vivante et agréable. Angra vit autour du tourisme, de la pêche et du pétrole et est ultra commode à bien

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des niveaux. Bus toutes les 30 minutes pour Rio ou Sao Paulo; Shopping mall nickel où l'on peut se garer gratos en bateau et amener les caddies jusqu'à son bord; shipchandlers de rêve où je lutte pour ne pas me laisser aller à de achats compulsifs après tant de mois de disette.... Angra est cool aussi. Populaire, bigarée, ses habitants nous ont donné aujourd'hui une belle leçon d'élégance: Après s'être fait sortir des quarts de final par les pays bas, ils se sont malgré tout rendus en masse sur la place, ont lancé le massive sound system et ont dansé.....



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