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Bébés.

Publié le 03 juillet 2010 par Reenco

J'ai vécu aujourd'hui un véritable moment de douceur.

Pas seulement parce que par cette chaleur, la fraicheur des salles obscures est vécue comme un merveilleux cadeau, mais surtout grâce au film que j'ai pu voir.

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"Bébés" de Thomas Balmès, produit par Chabat.

Je me demande pourquoi dans mon métier, on s'évertue à chercher et défendre des bons  scénarios qui devraient donner (si il y a un bon réal, si il y a assez de sous, et encore plein de si) de bons films, alors qu'il suffit parfois de prendre des images de la vraie vie pour faire le bonheur des spectateurs.

Non mais franchement, ce que j'ai vu aujourd'hui était atypique, émouvant et plein d'enseignement.

On suit, de leur naissance au début d'une certaine autonomie (un peu après les premiers pas) quatre bébés totalement différents.

Un (Ponijao) en Namibie, un (Bayar) en Mongolie, une (Mari) au Japon, une (Hattie) à San Francisco.

Pas de jeu d'acteur, pas de mise en scène, pas de voix off. Juste des images prises sur le vif, de la musique et un très joli montage.

Les dix premières minutes, je me suis demandé si j'allais tenir. Non seulement parce que les protagonistes parlent peu, mais quand ils l'ouvrent, c'est dans des langues que je ne comprends pas. Et comme je n'ai jamais vu de film sans dialogues au cinéma, j'avais peur de m'ennuyer.

Mais si j'en parle ici, c'est parce que ça a été tout le contraire. J'aurais trop de mal à en parler correctement, car seules les images peuvent le faire. Ce que je peux dire, c'est qu'on s'y ouvre sur le monde, sur les différentes cultures, d'une manière tout à fait étonnante. Juste en regardant évoluer ces bébés.

Le montage est fait pour qu'on les voit tous à chaque fois à la même période de leur vie.

Les premiers regards, premiers sourires, premières colères, premières découvertes, de leur corps, des animaux, de ceux qui les entourent, des rapports humains, de leurs capacités physiques, les premiers mots, les premiers pas ...

Et c'est là qu'on voit la différence entre chacun d'eux. Le petit Namibien passe ses premièrs mois tantôt accroché  aux seins usés de sa mère,  tantôt  à plat ventre dehors, devant leur cabane de terre et de bois, à goûter des cailloux, des bouts de bois, des os. Le petit Mongol, quant à lui, est emmailloté dans des couvertures nouées et subit la supposée jalousie de son grand frère qui a plus d'un tour dans son sac. Leur vie se déroule sur une immense plaine entourée de troupeaux de chèvres où campent quelques yourtes. La petite Japonaise est choyée, habillée comme une petite fille modèle, inscrite à toutes les activités pour bébés qui lui permettraient d'évoluer plus vite que ceux qui n'en ont pas les moyens. Quant à la petite Américaine, elle est le centre de la vie de ses parents, entre baignade dans le jaccusi et promenades au parc.

On découvre les différentes manières de nourrir ces bébés, avec les moyens du bord, celles de les laver (relativement surprenantes), celles de leur apprendre à parler, de les amuser, de les occuper.

On sursaute quand on craint pour eux, parce qu'il faut reconnaître qu'ils n'ont peur de rien contrairement à nous, on rit quand ils nous surprennent avec des attitudes ou des comédies qui attendriraient les moins réceptifs, on s'énerve quand on a l'impression que quelqu'un leur fait du mal, on ouvre grand les yeux quand on découvre des habitudes qu'on imaginerait même pas chez nous, en France (par exemple la tétine faite d'une allumette et d'une sorte de bout de viande cuite en Mongolie, ou la tonte des cheveux du Namibien avec un couteau) et quand on est comme moi, hypersensible, on finit par s'essuyer les yeux qui ont trahi l'émotion procurée par un tel moment de bonheur simple.

On s'interroge sur le fait que chez nous, on dépense tout ce qu'on a pour l'arrivée et l'éducation des enfants, on se focalise sur les moindres détails, on exécute à la lettre ce que préconisent les médecins et les publicités, on essaie d'éviter toute défaillance dans le déroulement de l'existence de ces bambins ... Mais en réalité, si on y pense vraiment, est-ce que ça ne pourrait pas être plus simple que ça? Puisque ça l'est chez certains, à des milliers de kilomètres ...

Qui a tort? Qui a raison? On ne sait pas. Tout ce qu'on voit, c'est qu'un enfant peut s'épanouir dans des mondes tout à fait opposés.

On se demande ce que deviendront ces bébés, quel métier ils feront, quel caractère ils auront, si ils voyageront, si ils suivront les traces de leurs aieux, si on les croisera un jour, si on les reconnaitra, si ils auront une vie heureuse.

On voudrait les revoir.

Ce film, il donne envie de parcourir le monde, d'apprendre, de découvrir, mais surtout, il donne envie d'aimer l'être humain.

Mille fois, je vous conseille d'aller le voir avant que ce ne soit plus à l'affiche.


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