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«2010, l’année du Cameroun ?» ainsi s’interrogeait Afrique Magazine dans son édition du mois de mai.

Publié le 04 juillet 2010 par Lebrunal

Les visages des villes changent, un réseau routier surgit, des centrales thermiques sortent de terre, un port en eau profonde émerge, une université virtuelle s'ouvre... Le pays des Lions indomptables met le cap sur l'avenir. Après une longue période d'ajustement structurel et deux ans de crise mondiale, l'heure est à la relance de la machine économique et des grands chantiers sur fond de commémoration des 50 ans d'indépendance.

DOSSIER DIRIGÉ PAR EMMANUELLE PONTIÉ. RÉDACTION : FRANÇOIS BAMBOU, JEAN-MARIE MOLLO-OLINGA. Pour AM.

Seuls les non-initiés de passage dans la capitale administrative camerounaise peuvent avoir l'impression qu'elle sommeille. Car on a beau sempiternellement dire que la jolie ville aux sept collines égrène ses jours comme un long fleuve tranquille, en 2010, Yaoundé est en ébullition. Au palais d'Étoudi, on s'affaire aux préparatifs d'un 20 mai pas comme les autres. C'est en effet le jour de la fête nationale célébrant l'unité du Cameroun qui a été choisi cette année comme point d'orgue des festivités liées aux cinquantenaires de l'indépendance (1er janvier 1960 pour la partie francophone) et de la réunification du pays (1er octobre 1961, avec le ralliement de la partie anglophone). Le directeur du cabinet civil, Martin Belinga Eboutou, est le président du comité d'organisation.

Dans son grand bureau clair du palais, il commente les moments forts : " De nombreuses activités culturelles, avec des soirées de gala, et sportives se dérouleront du 10 au 20 mai. Nous organisons aussi la Conférence internationale de Yaoundé les 18 et 19 mai, où des politiques, des entrepreneurs, des intellectuels venus du monde entier débattront sur le thème "L'Afrique, une chance pour le monde. Défis et réalités". De nombreux chefs d'État sont invités pour le défilé du boulevard du 20-Mai. Et surtout, nous continuerons les festivités jusqu'en octobre 2011. L'important, selon le souhait du chef de l'État, c'est de placer ces commémorations sous le signe de la mémoire. Car, à la différence d'autres pays, le sang camerounais a coulé, et nous ne voulons pas oublier ceux dont le sacrifice a contribué à notre indépendance. "

Un vaste programme de réhabilitation des monuments historiques répertoriés dans tout le pays, comme celui de la Réunification ou l'ancien palais, est aussi prévu. D'autres oeuvres pérennes devraient voir le jour, comme à Foulassi, à 150 kilomètres de Yaoundé, le village où l'hymne national a été composé. On pense encore à faire ériger un ouvrage qui immortaliserait le cinquantenaire. Après le 20 mai, une grande marche de l'Unité devrait parcourir les 10 régions et porter un flambeau dans les 53 départements du pays, à l'image de la flamme olympique. Enfin, la première dame du Cameroun, Chantal Biya, inaugurera une grande exposition itinérante, présentée dans les écoles et collèges, intitulée " Le chemin parcouru ". Il s'agira de 16 panneaux présentant les institutions de la République, les progrès réalisés en matière d'éducation et les avancées dans le domaine de la liberté d'expression. Le but étant d'éveiller l'intérêt et la responsabilité des jeunes, à travers une perception plus vivante et moderne de l'histoire du Cameroun. Et, bien sûr, au coeur de Yaoundé, le long du boulevard du 20-Mai, les ouvriers s'activent à la rénovation de la tribune officielle, qui devra être fin prête le jour J pour un défilé 2010 exceptionnel...

Un demi-siècle d'indépendance, c'est aussi une date qui inspire de nombreux bilans dans la presse ou dans les salons des intellectuels camerounais, depuis le début de l'année. L'occasion de revenir sur l'histoire contemporaine d'un pays où, dès 1982, le président Paul Biya lançait le concept de la rénovation, et avec lui les projets d'infrastructures, les importants chantiers sociaux de l'éducation et de la santé, les grandes orientations d'une économie prospère. Sur les plans de l'éducation et de la santé, chacun s'accorde à reconnaître que le pays des Lions indomptables a connu de grandes avancées. Aujourd'hui, le Cameroun compte un lycée dans chaque arrondissement et, pour exemple, une cinquantaine à Yaoundé, contre un seul en 1982. Le pays abrite sept universités d'État, et de nombreux étudiants de la sous-région choisissent Yaoundé ou Douala pour venir faire leurs études.

Plusieurs programmes efficaces en matière de santé ont vu le jour, notamment dans le domaine de la lutte contre le sida, avec dépistage gratuit et accès facilité aux antirétroviraux génériques. En revanche, les grands chantiers de l'économie et les infrastructures en matière de routes ou d'énergie ont mis du temps à démarrer. Le Cameroun, avant d'atteindre le point d'achèvement du FMI en 2006, a été placé durant près de vingt ans sous ajustement structurel, sans qu'aucun grand investissement n'ait été entrepris. En 2010, le retard est déjà en passe d'être comblé. Les travaux fleurissent dans tout le pays. Des routes, des ponts, des échangeurs, un Palais des sports ont déjà été achevés. Une autoroute Doula-Yaoundé, un deuxième pont sur le Wouri vont être mis en chantier. Et surtout, de sérieuses infrastructures dans le domaine de l'énergie, véritable bête noire des consommateurs et entrepreneurs camerounais depuis des années, sont en construction. La centrale à gaz de Kribi sera livrée au début de 2012, le barrage de Lom Pangar en 2013, et celui de Memve'ele, le moins avancé, en 2014. L'usine en approvisionnement d'eau d'Ayato a été inaugurée par Camwater au début de cette année. En février dernier, on posait aussi la première pierre du vaste projet de dorsale numérique (backbone) en fibre optique, qui va traverser le pays de long en large, avec de nombreuses ramifications et une dorsale qui descendra de Maroua jusqu'à l'extrême sud. Le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, déclarait récemment : " Le Cameroun, dans les prochaines années, sera un vaste chantier. " Dont acte.

Sur un autre plan, la lutte contre la corruption, avec la célèbre opération Épervier, entamée en 1999, s'est intensifiée, avec une détermination affichée du président Paul Biya. Ce dernier n'a pas hésité à faire embastiller des hauts fonctionnaires, en luttant parallèlement pour le rapatriement dans le pays des deniers détournés. Les audits et vérifications en tout genre se multiplient dans les sociétés, refroidissant davantage chaque jour les velléités bien ancrées dans la mentalité de certains Camerounais de confondre les caisses de l'État avec leurs fonds propres. De quoi, parallèlement, rassurer les investisseurs étrangers, souvent découragés par ces pratiques. Enfin, de nombreuses mesures ont été prises pour alléger les formalités de création d'entreprise dans le pays, autre casse-tête ancestral au Cameroun, notamment en lançant des guichets uniques appelés centres de gestion intégrés où l'on peut créer sa société en quelques jours, en un seul point.

2010, l'année du Cameroun ? En tous les cas, certains feux paraissent être passés au vert en ce mois de mai, et le pays semble avoir pris un nouvel élan. En ville, comme dans les cercles du pouvoir, on n'oublie pas que cette année précède celle d'une échéance politique importante. Le président Paul Biya sera très certainement candidat à sa propre succession à l'élection de la fin de 2011. Comme d'habitude, certains Camerounais se perdent en conjectures sur l'avenir politique de leur pays et multiplient déjà les joutes politiciennes. À Étoudi, on reste imperturbable. On assainit, on investit, on construit. Et dans les quartiers de Yaoundé, on observe avec curiosité l'évolution des nouveaux chantiers, les préparatifs des festivités du cinquantenaire, et aussi, bien sûr, la préparation de l'équipe de foot des Lions indomptables pour la Coupe du Monde par l'entraîneur Paul le Guen. Après le 20 mai, il y aura le 11 juin où, au Cameroun, tous les regards seront tournés vers l'Afrique du Sud. Finalement, 2011, ce n'est pas encore tout à fait demain...
Emmanuelle Pontié, envoyée spéciale

«2010, l’année du Cameroun ?» ainsi s’interrogeait Afrique Magazine dans son édition du mois de mai.


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