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Scrapbooking : entre l'atelier collage et la galerie d'art

Publié le 04 juillet 2010 par Sébastien Michel
Quel est le comble du snobisme ? Oser le ringard pour être au top de l'avant-garde ! Zieutez les Madonnas et autres Uma Thurman : elles s'affichent aiguilles et pelotes à la main en tricoteuses branchées ! Bon, le tricot n'étant pas une activité toutes saisons (monter une écharpe de 3 m au point de mousse un 15 août, ça risque de tenir chaud aux genoux !), pourquoi ne pas verser dans la nostalgic attitude via le scrapbooking ?
Ça commence bien…
Tout d'abord, un peu d'étymologie pour ceux qui souhaiteraient introduire leur nouveau hobby de façon plus intellectuelle (évitez l'un peu trop nature "je décore des albums photos" !). Le mot scrapbooking (scrap ou chutes de tissus, rejets métallurgiques et book, livre, album) apparaît au XVIIIème siècle. En ce temps-là, cher Guillaume Durand, le concept partait d'une harmonisation des images, notes, poèmes contenus dans des carnets de voyages ou de souvenirs (voir les productions de Thomas Jefferson datant de 1801, véritables mines d'or quant à la psychologie du personnage). Au cas où Jefferson vous semblerait décalé dans vos soirées underground, citez Andy Warhol, ça en jette aussi… Ensuite, restez vague
Ça tourne mal ?
… Car vos références contemporaines sont à chercher du côté des ménagères et mères de famille pour qui le scrapbooking a détrôné les réunions communautaires autours du patchwork (32 millions d'adeptes outre-atlantique) tandis qu'en France, il s'impose de façon exponentielle dans le domaine du loisir créatif. Chargée d'une valeur émotionnelle forte (la sauvegarde et la transmission de la mémoire), cette activité sublime l'album de photo jusqu'à le considérer comme une œuvre d'art en devenir, ultime héritage familial. C'est ainsi qu'une page se verra dédiée dans son intégralité à la cueillette des mûres par Marie 8 ans ,optimisée à grand renfort de collages et découpages en tous genres. D'ailleurs, le commerce développé à l'adresse de ce public donne une idée de la diversité des techniques et outils disponibles : gabarits de coupe, ciseaux cranteurs, tables à gaufrage, perforeuses, tampons, stickers, pochoirs, etc. Le matos et des conseils : www.scropines.com. Autre fournisseur : www.gluedotsuk.co.uk
Books
Ça sent le neu neu ?
Détrompez-vous : nonobstant la tendance patronage inhérente à un manque d'imagination ou de confiance en soi (encadrements total stickers à paillettes, appositions de rubans, dentelles, petits cœurs tamponnés…), le scrapbooking peut se révéler un réel tremplin vers la création artistique pure. A l'instar de monsieur Jourdain faisant de la prose sans le savoir, le scrapbooker démocratise le graphisme en se le réappropriant. Ainsi, les constantes du travail graphique servent-elles à structurer les meilleurs feuillets : mises en page audacieuses, jeux de typographies, inserts de croquis, fusions des visuels. Néanmoins, c'est au niveau de la sémantique que le scrapbooking s'émancipe : tandis que le graphisme s'inscrit dans l'instantanéité de la narration (pub, affiche…), le scrap raconte une histoire, une tranche de vie. La composition finale du graphisme se limite à la compréhension immédiate de la page, le format cognitif du scrapbooking vise une existence. La créativité est donc bien au rdv, pour preuve le prêt-à-employer (autocollants, papiers décoratifs, kits divers), potentielle source de niaiseries, de lieux communs manuels, parvient à soutenir le talent de bon nombre. Hors des sentiers battus, ces artistes du quotidien picorent des disciplines adjacentes avec bonheur : la BD, l'illustration, la peinture, le rought s'y mêlent afin de construire une œuvre intime, une biographie visuelle. Reconnus, certains publient, exposent, enseignent et sont même qualifiés de designers . Formatages réussis : www.azzascrap.com
Ça se complique !
Cependant, investi d'une mission qu'il ne s'agirait pas de perdre de vue (transmettre une mémoire packagée), le scrapbooking s'étoffe de quelques problématiques qui lui sont propre : qu'en est-il du respect du travail photographique, lequel devenu matière première court le risque d'être dénaturé (coupes intempestives des décors ou des personnages annexes, introduction de matière dans le champ même du cliché…) ? La mise en forme du cliché ne nuit-elle pas au souvenir, à la lecture des éléments informationnels (tiens, ce papier peint à fleurs, c'était chez mémé…) ?
D'où les obédiences divergentes semblant émerger. L'une préconiserait l'usage de photos reléguées dans nos boîtes à chaussures (généralement des doublons ou des séries). L'avantage reviendrait à la créativité libérée de la sacralisation du souvenir argentique. L'autre se positionnerait nettement pour une ornementation respectueuse du cliché choisi selon des critères d'esthétique et d'apports affectifs.
Gageons qu'adoptée par nos concitoyens ( en majorité citoyennes!), cette discipline ne tardera pas à s'enrichir d'autres problématiques typiquement hexagonales. D'une occupation à visée familiale, ciment d'une communauté, le scrapbooking passé au chinois de l'individualisme français pourrait muer vers l'expression beaucoup plus personnelle d'un ressenti, vers une sorte de journal non-intime illustré… A vous d'apposer votre French touch !Une galerie à visiter : www.scrapjazz.comDéontologie : www.toga-scrapbooking.com

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