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Mission sans fin

Publié le 04 juillet 2010 par Toulouseweb
Mission sans finAux Etats-Unis, bientôt un UAV ravitailleur en vol.
Northrop Grumman va mettre au point un Global Hawk ravitailleur, capable de prolonger indéfiniment, ou presque, la mission de surveillance d’un UAV du męme type. Le programme, baptisé KQ-X, relčve de la Defense Advanced Research Projects Agency et témoigne, une fois de plus, des capacités d’innovation des Américains. Plus que jamais, ils donnent le ton.
L’UAV Global Hawk, opérationnel depuis plusieurs années, est un appareil imposant de prčs de 15 tonnes affichant une envergure de 39,9 mčtres, capable de voler ŕ plus de 18.000 mčtres d’altitude pendant 32 heures. De telles performances suffisent ŕ expliquer pourquoi les UAV ont tout l’avenir devant eux et annoncent une refonte complčte des opérations militaires. En matičre de renseignement, en un premier temps, pour toutes les autres missions, ŕ plus long terme.
Pour tenir l’air encore plus longtemps, et pour disposer d’un rayon d’action quasiment illimité, le Pentagone, la DARPA et Northrop Grumman n’ont pas envisagé d’augmenter les dimensions et la capacité d’emport du Global Hawk. Tout au contraire, ils ont conjointement opté pour une maničre de faire trčs classique, si l’on ose dire, le ravitaillement en vol. D’oů cette nouvelle version de l’appareil, actuellement ŕ l’étude, qui portera la durée d’une mission ŕ plus de 120 heures, voire une semaine entičre. Un repčre de toute maničre théorique, les ravitaillements pouvant se succéder en fonction des exigences opérationnelles.
Cette avancée, qui n’est pas dépourvue de signification philosophique, relčgue le pilote dans une salle de contrôle au sol et lui confčre un rôle décisif, certes, mais trčs amoindri. Il mettra encore un uniforme pour se rendre au travail mais il fera du bureau, bien loin des dangers guerriers. C’est un pas de plus vers la notion de conflit Ťzéro mortť et, du męme coup, vers la guerre virtuelle. Tout cela reste trčs théorique, cela va sans dire, et les conflits régionaux en cours le rappellent jour aprčs jour, souvent de maničre sanglante.
Le Global Hawk est un pionnier, un HALE, High-Altitude Long Endurance, UAV qui compte déjŕ de beaux exploits ŕ son actif. Dčs 2001, il avait effectué un vol ŕ destination de l’Australie, au départ d’Edwards Air Force Base, 23 heures 20 minutes de vol par-dessus le Pacifique. Par la suite, il a réalisé des vols de plus de 30 heures de vol qui ont confirmé le bien-fondé de la formule.
Cette fois-ci, une nouvelle étape va ętre franchie, de valeur symbolique. La capacité de ravitaillement en vol va considérablement accroître le champ d’action des UAV. On est tenté de dire Ťavions non pilotésť ou Ťautomatiquesť mais ce n’est évidemment pas vraiment le cas. Les objectifs poursuivis sont trčs pointus : ils supposent une fiabilité exemplaire de tous les composants de l’appareil et la capacité ŕ voler en formation, indispensable au ravitaillement en vol. Détail remarquable, le ravitailleur se placera ŕ l’arričre du ravitaillé et poussera le carburant vers les réservoirs.
Mieux vaut résister ŕ la tentation d’humour facile aprčs avoir noté que KQ-X est révélé au grand jour au moment oů Boeing et EADS bouclent leurs offres dans le cadre du KC-X, c’est-ŕ-dire le remplacement des ravitailleurs KC-135R. Nous serions le 1er avril, peut-ętre aurions-nous annoncé un A330 militarisé-UAV télépiloté qui aurait relégué le KC-767A au rang d’antiquité volante.
Reste ŕ s’interroger sur l’avenir, avec inquiétude et émerveillement. Clément Ader et les frčres Wright n’avaient pas imaginé l’aviation sans pilotes. Autant dire qu’ils étaient un peu moins visionnaires qu’on la cru pendant des décennies… Du train oů vont les choses, un jour, Boeing 787 et Airbus A350 seront remplacés par des long-courriers automatiques. A moins, bien sűr, que nous ne décidions de ne plus voyager, de remplacer salles de réunion et déjeuners d’affaires par des téléconférences et, côté loisirs, de bronzer idiots sur des plages imaginaires venues ŕ nous en 3-D.
Il ne reste plus qu’ŕ attendre une alliance entre Northrop Grumman et James Cameron et l’affaire sera entendue. On demandera alors au philosophe Francis Fukuyama d’écrire ŤLa fin de l’aviationť et l’affaire sera définitivement entendue.
Pierre Sparaco - AeroMorning

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