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"Layla Lavan à Tel Aviv"

Publié le 05 juillet 2010 par Perle

Un gamin émerge victorieux des vagues entre deux fanions jaunes, tient à bouts de bras devant lui une masse visqueuse transparente, dégoulinante d'eau salée. Comme tous les ans, les méduses envahissent les plages dans les semaines qui mènent au jeûne de Tisha Be'Av. L'été bat enfin son plein. Dans la fournaise des villes côtières, l'air porte une odeur de crème solaire. Les températures continuent de grimper, les affaires des vendeurs de glaces ambulants sont florissantes, la sécheresse s'installe, les touristes déferlent, les copains de l'étranger reviennent de Toronto, Budapest, Londres, Leiden ou Adis Ababa. Mais pour les étudiants locaux, le stress est à son comble. La période des examens a débuté, les délices du fichage systématique des lectures et de la génétique clinique se savoureront jusqu'à début aout.
Jeudi, après un crochet matinal à Tel Hashomer¹, je décide sur un coup de tête de rejoindre Nic et les nouveaux volontaires internationaux de Magen David Adom sur le sable brulant de Tel Aviv. Affalés sur des chaises en plastique rouge, nous échafaudons des plans complexes pour parvenir à nous retrouver dans la foule qui ne tardera pas à s'amasser dans les rues du centre pour la nuit blanche - "Layla Lavan à Tel Aviv!" proclament les prospectus jetés négligemment près des douches au sortir de la plage.
Et ils ont raison. Quelques heures plus tard, la foule fourmille sur l'avenue Rothshild, les galleries et musées grouillent de monde, le centre Français attire les curieux et tout Tel Aviv semble s'être donné rendez-vous pour descendre Allenby dans une ambiance familiale très détendue, vers la plage et le port où le très célèbre Gidi Gov se produit en plein air. De Yaffo à Ramat Aviv, les flots dansent avec les passants au rythme d'un swing endiablé. Et pourtant, il semblerait presque que rien de spécial ne se passe. La sécurité est discrète, Jérusalem semble un lointain souvenir. On est dehors, simplement assis sur une extrémité de trottoir, devenus partie prenante d'un décor surréaliste, entre la démesure des tours et les immeubles vétustes. Sous un palmier, sirotant un shake de chocolat glacé, occupés à regarder Tel Aviv qui s'amuse sans soucis, on serait prêt, un peu ébahis quand même, à lui accorder son surnom de ville "qui ne dort jamais". 
Vendredi commence tard. Plus que quelques heures avant le dernier bus pour Jérusalem, nous profitons d'une table à l'ombre dans une cabane à humus au bord de nulle part. Une assiette de piments forts, de poids chiches concassés et de tehina, une coupelle d'olives amères, quelques oeufs durs, des tomates et une limonade glacée. La discussion s'amorce sur les derniers appels des volontaires de Tel Aviv, leurs dernières gardes et l'effarante situation du quartier de la nouvelle station centrale, devenue avec les années une véritable cour des miracles, où se pressent dealers, voyageurs, soldats, passeurs et trafiquants de chair. Prises d'assaut par des réfugiés soudanais sans statut et quelques milliers de travailleurs illégaux, ses ruelles se transforment à la tombée de la nuit en de sordides coupe-gorges dont les immeubles abritent bordels et marchands de sommeil. Garde après garde, les ambulances reviennent aux mêmes adresses, dans ces foyers détruits par la misère et la drogue, affronter les mêmes yeux de ces gosses sans avenir, sans pays, sans espoir.
On finit la pita, se promet de se retrouver jeudi pour la fin de la marche pour Gilad Shalit à Jérusalem, organisons les trajets en bus de chacun avant de se séparer pour shabbat, un à un dévoilés par une discussion presque banale mais toujours à vif. Une vision particulière de ce pays nous unit surement, à la fois idéaliste et désabusée. Je traverse la station centrale vers la plateforme du bus 405, fondue parmi les anonymes qui grimpent dans un bus climatisé.
1. Tel Hashomer - centre vital de la paperasserie militaire, la base abrite également le centre de recrutement militaire par lequel passent tous les nouveaux conscrits le jour de leur entrée à l'armée.


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