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Retraites: l'argumentaire du NPA

Publié le 06 juillet 2010 par Npa_le_havre @NPA_Havre

Retraites : Fatalité démographique ?

En avril prochain, le gouvernement ouvrira officiellement le débat sur les retraites pour légiférer en automne 2010. Mais la bataille idéologique a déjà commencé. Gouvernement, patronat et experts en tout genre, nous martèlent de plus belle que le fait que nous vivions plus longtemps , nous oblige à travailler plus longtemps. Derrière cette rengaine, ils nous préparent l'allongement de la durée de cotisation, la fin de la retraite à 60 ans et ainsi une baisse drastique du niveau des pensions.

Il y avait 11 millions de retraités en 2000, ils seront 21 millions en 2040. C'est un fait mais qui doit être analysé en détail pour en tirer toutes les conséquences. L'augmentation du nombre de retraités sera due à deux facteurs : l’allongement de la durée de la vie et l’arrivée à l’âge de la retraite de la génération du « baby-boom » entre 2036 et 2040. Ensuite ce sera autour des « classes creuses » et à partir de 2036-2040, le nombre de retraités se mettra à diminuer, ce que oublie de mentionner gouvernement et patronat. De plus, le gouvernement nous assène, pour mieux allonger la durée de cotisation, que l'espérance de vie s'accroit de 1 trimestre par an.

Inégalités face à l'espérance de vie

Affiche du NPA contre la réforme des retraites
Certes l'espérance de vie augmente mais plutôt de 0, 44 trimestre selon le rapport du Conseil d'Orientation des Retraites (COR) de 2007. Et ce n'est pas une nouveauté mais qui jusqu'à récemment a toujours été accompagné d'une réduction de la durée de travail. C'est ce que, nous appelons le progrès. Par ailleurs si l'espérance de vie augmente, l'espérance de vie « en bonne santé », c'est-à-dire sans handicap majeur, n'est pas si élevée que cela puisqu'elle est de 63, 1 ans pour les hommes et de 64, 2 ans pour les femmes, selon une note récente de l'INSEE. Mais l'un des problèmes majeurs, c'est que les « séniors » sont inégaux face à l'usure du travail. En effet, l'espérance de vie chez les hommes varie de 6 ans entre un ouvrier et un cadre. A 35 ans, un ouvrier peut statistiquement espérer vivre encore en moyenne 41 ans (47 ans pour les cadres). Sur cette période, il vivra en moyenne 17 ans avec une incapacité (13 ans pour les cadres) ainsi, il peut espérer vivre en bonne santé jusqu'à 59 ans, soit 10 ans de moins qu'un cadre. Les femmes ouvrières vivent plus longtemps que les hommes ouvriers mais avec une durée d'incapacité plus longue (22 ans).
Ces écarts montrent l'ampleur des inégalités sociales face aux conditions de travail et de vie. En partant à la retraite à 60 ans, un cadre peut espérer vivre 15 ans sans difficultés alors que l’ouvrier ne peut espérer que 7 années de retraite dans ces conditions. Alors si, à 59 ans en moyenne, un ouvrier souffre d'importants problèmes de santé, comment peut-il continuer à travailler au-delà ? A moins de partir à la retraite en renonçant à sa pension à taux plein. Et avec l’augmentation des trimestres de cotisations nécessaires, obtenir une retraite à taux plein sera quasiment impossible pour de nombreux cotisants, obligés de partir en retraite du fait de leur incapacité à travailler. Vu la faiblesse des pensions du régime de base, les salariés bénéficiant des plus faibles revenus auront comme unique alternative de travailler le plus tard possible pour obtenir une pension presque correcte.

Le chômage à la place de la retraite

Ils veulent donc nous faire travailler plus longtemps mais encore faudrait-il avoir du travail. Actuellement 6 salariés sur 10 sont, sans emploi ou touchent des aides sociales, au moment de la retraite. En 2007, on évaluait le taux d’emploi des 55-59 ans en France à 55, 4 %. Dans la plupart des cas, les salariés de 55 ans et plus ont été chassés de leur entreprise au nom d’un « plan de modernisation » ou autre plan de soit disant sauvegarde de l'emploi (PSE). Pas un jour sans que l’on n’annonce des licenciements et des suppressions de postes, les cinquantenaires étant massivement touchés et pratiquement sans espoir de retrouver un emploi .Alors prenons un exemple, si l'âge de la retraite est repoussé à 62 ans: les pensions de retraites seraient en partie transformées en indemnités Assedic ou en RSA pour une majorité des salariés de 60 ans à 62 ans. Pour répondre au chômage des plus de 55 ans, un Plan d’emploi national pour l’emploi des seniors a été mis en place et s'est fixé l'objectif de parvenir à un taux d’emploi des 55-64 ans de 50 % en 2010. Et pour arriver à ce résultat, la droite, pour inciter le patronat à embaucher les salariés âgés, a mis en place des « emplois vieux », des contrats à durée déterminés (CDD) de 18 mois, renouvelables une fois, à temps partiel. Les employeurs bénéficient ainsi d’une main d’œuvre moins chère (salaires réduits, exonération des cotisations patronales) et qualifiée. C'est donc désormais la précarité qui attend les salariés les plus âgés comme les jeunes. Et pour être bien sûr qu’ils n'y échappent pas, le gouvernement veut supprimer la dispense de recherche d’emploi pour les chômeurs de plus de 57 ans et demi d'ici 2013 car à cet âge là « on n’est pas fichu ». Ben voyons, avec l'intensification du travail, les conditions de travail de plus en plus dégradées, la souffrance au travail et le développement de nouvelles pathologies...

Solidarité intergénérationnelle

Autocollant du NPA sur la réforme des retraites.
Comme d’habitude, les chiffres les plus catastrophistes sont brandis pour faire accepter l’inacceptable à la majorité de la population. En 1960, il y avait 4 actifs pour 1 retraité ; en 2000, 2 actifs et en 2020, 1, 5. C’est vrai. Mais en raison de la productivité du travail (toujours plus importante), les 2 actifs d'aujourd'hui produisent plus que les 4 de 1960 et dans dix ans, un actif produira plus que ceux d'aujourd'hui. Autrement dit, il y aura autant de richesses disponibles pour les retraités à condition de permettre à tous et toutes de travailler. Ce n’est pas le chemin qui est pris aujourd’hui avec la tendance à faire travailler toujours plus et plus longtemps et en développant la précarité. Quand il y a 5 millions de chômeurs, des millions de précaires touchant essentiellement les jeunes, des temps partiels imposées en particulier aux femmes, l'urgence c'est bien évidemment de faire le contraire que ce qui est mené depuis plus de 30 ans par les gouvernements de gauche comme de droite. En finir avec les stages non rémunérés (donc sans cotisations), les contrats précaires sous payés et exonérés de cotisations, en finir avec les temps partiels imposés cantonnés aux femmes. En décembre 2008 , le nombre de personnes à temps partiel souhaitant un travail à temps plein s’élevait à 1, 2 million, soit 4, 8 % des actifs dont les trois quarts sont des femmes. Quand on sait qu’un million d’emplois à plein temps supplémentaires représentent 20 milliards d’euros de cotisations vieillesse de plus en moyenne, on comprend qu’avant de faire travailler plus longtemps ceux qui ne veulent pas et ne peuvent plus, il serait urgent à faire travailler ceux qui le veulent et qui le peuvent. Et pour en finir avec le chômage de masse, la reprise de la croissance n'est pas la solution. L'urgence est de réduire le temps de travail à 32 heures avec obligation d'embauches ce qui aurait aussi comme avantage d'en finir avec le fameux manque à gagné. L'urgence également est que les salariés âgés laissent leur place à la jeune génération. Retarder l'âge du départ à la retraite revient, dans les faits, à préférer développer le chômage que de payer les retraites.

Nous ne devons pas laisser penser qu'il y a une fatalité démographique car derrière ce discours idéologique, de statistiques, un nouveau recul social majeur se prépare. Rappeler sans cesse que la question des retraites n'est pas une question démographique mais bel et bien une question de répartition des richesse, de partage du travail, bref un choix de société.


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