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Banlieue sans justice

Publié le 06 juillet 2010 par Malesherbes

Le 25 novembre 2007, une voiture de police et une mini-moto entraient en collision à Villiers-le-Bel. Les adolescents présents sur la moto, Laramy Samoura, et Moshin Sehouli, étaient tués sur le coup. Il s’ensuivit deux journées d’émeute. Lors de celles-ci, trente policiers furent blessés et des coups de feu ont été tirés contre eux. Le procès des participants à ces émeutes s’est achevé dans la nuit du samedi au dimanche 4 juillet avec la condamnation de certains prévenus à 3, 9, 12 et 15 ans d’emprisonnement.

Brice Hortefeux s’est félicité de voir de tels agissements condamnés dans un Etat de droit comme le nôtre. Si des événements de ce genre ne sont pas admissibles, il est néanmoins étrange de voir, dans un Etat de droit, des peines aussi lourdes prononcées sans la moindre preuve matérielle et sur la base de témoignages anonymes recueillis avec la promesse de récompenses.

Dans le journal télévisé d’Antenne 2 de dimanche soir, le journaliste présentant le sujet s’est exprimé ainsi : « pour les policiers blessés et le Ministère de l’Intérieur, le verdict avait surtout une valeur symbolique ». Cet aimable jeune homme semble ignorer le sens des mots qu’il prononce ou, accordons lui une circonstance atténuante, qu’il se contente peut-être de lire. Dans certaines affaires judiciaires, une partie peut se voir condamnée à un euro symbolique de dommages et intérêts. Le mot symbolique est là pour indiquer que la peine est insignifiante mais symbolise le tort du condamné. Voir un symbole, dans les douze années de détention qui frappent un innocent possible, témoigne d’un défaut absolu d’humanité.

Ce mot symbolique a peut-être été utilisé par précaution, pour éviter de parler, comme on le fait si souvent, d’une peine exemplaire. L’exemple est la négation même de la justice. Dans l’Etat de droit si cher à ce pauvre Brice, chacun doit être jugé pour ses actes et en prenant en considération son histoire. Sinon, on peut faire l’économie des juges et appliquer aveuglément des peines prédéfinies. Sous l’impulsion de notre merveilleux souverain, on s’est d’ailleurs engagé dans cette voie avec des peines automatiques.

Si des troubles ont éclaté, c’est parce que des doutes ont surgi sur les responsabilités de cet accident. Prenant argument du fait que les deux adolescents ne portaient pas de casques et circulaient à plus de 15 km/h au-dessus de la vitesse limite de 50 km/h admise pour leur véhicule, ils furent considérés comme seuls responsables de leur sort tragique. Le 23 octobre 2009, les policiers impliqués dans la collision bénéficièrent d’un non-lieu. Mais un rapport d’expertise démontra que le véhicule de police était en phase d’accélération et roulait à 64 km/h au moment du choc, sans qu’aucun gyrophare ou avertisseur ne vienne indiquer sa priorité. Le 7 avril 2010, il a donc été demandé un supplément d’information. Il est étrange, surtout dans un Etat de droit, qu’une affaire née de la mort de deux adolescents aux noms visiblement non auvergnats, ne se trouve pas résolue alors qu’une réaction passionnelle n’ayant pas entraîné mort d’homme se trouve jugée et pour ainsi dire sans preuve.

Les policiers sont les défenseurs de la loi et de l’ordre. J’ai le fâcheux sentiment qu’ils ont une fâcheuse tendance à préférer l’ordre à la loi.


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