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Comment se porte l'Eglise en France? - Réponse de Jean-Baptiste Maillard - 5

Publié le 08 juillet 2010 par Walterman

ZENIT - En Europe en général, les vocations diminuent ainsi que la pratique religieuse. Dans certains pays d'Amérique latine, d'Afrique, d'Asie, la croissance est en revanche étonnante. Pensez-vous que l'Europe puisse en tirer une leçon ? Ces pays évangélisent-ils davantage ?


J.-B. Maillard - Il est certain que ces pays connaissent une « nouvelle jeunesse ». Peut-être est-ce dû à leur récente évangélisation, quand l'Europe est une « ancienne » sur le plan spirituel, ce qui veut dire qu'un enrichissement mutuel est possible. Je connais mal ces pays, mais prenons par exemple le Brésil, où j'ai accompagné un évêque français en 2007 pour y visiter les communautés nouvelles. Bien que toutes très différentes, j'ai été impressionné par leur zèle missionnaire et le nombre de vocations. Dans toutes ces communautés, l'existence de chapelles vivantes, en permanence habitées par la présence priante de leurs membres, m'a beaucoup donné à réfléchir. J'ai visité notamment la chaîne de télévision de la communauté Cançao Nova (« Chant nouveau »), qui bénéficie d'une fréquence sur les ondes nationales, et qui ne vit que de dons, comme Zenit. Elle a été créée dans un objectif d'évangélisation par les mass media, après que son fondateur se soit penché sur l'exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi de Paul VI, consacrée à l'évangélisation dans le monde moderne (Benoît XVI la cite d'ailleurs dans sa dernière encyclique et dans son message pour la Journée mondiale des missions 2009, le 19 octobre prochain). Aujourd'hui, Cançao Nova touche 50 millions de téléspectateurs et 2,5 millions d'internautes par semaine. Quand ils organisent un événement pour les jeunes, ceux-ci viennent depuis tout le Brésil, et ils remplissent leur hall de 70.000 places. Sur cet exemple, nous avons beaucoup de leçons à tirer : bien sûr qu'il faudrait adapter le contenu des émissions brésiliennes au public européen : une inculturation est toujours nécessaire. Mais ce ne doit pas être un prétexte pour nous contenter, avec nos médias actuels, de simplement revigorer la foi des catholiques « existants ». Dans ce domaine, il faudrait au minimum que chaque pays ait une chaîne d'évangélisation sur les ondes nationales, une radio et un site Internet pour évangéliser les masses.

Un autre exemple : fin septembre, à Brasilia, a eu lieu un événement diocésain d'évangélisation des foules, le 14ème « Hallel » (Alléluia), premier rassemblement musical chrétien d'Amérique latine. C'est un séminariste français étudiant là-bas qui nous le raconte sur Anuncioblog : « A grands renforts d'artistes catholiques brésiliens et de nombreux orateurs, ce sont plus de 200.000 personnes qui sont passées sur le site tout au long de la journée, inaugurée par la messe présidée par l'archevêque de Brasilia. Une grande chapelle montée pour l'occasion accueillait le Saint Sacrement exposé durant toute la durée de l'événement. A côté de l'exposition se tenait le lieu dévolu aux confessions, où entre 2000 et 3000 personnes ont pu se réconcilier avec Dieu. Tous les mouvements, pastorales, congrégations religieuses, communautés nouvelles et paroisses du diocèse étaient présents, pour témoigner de leur foi et annoncer l'Evangile au tout-venant. » Ce concept est pourtant venu de France, mais les Brésiliens ont su le développer avec une ardeur nouvelle. D'une manière générale, l'Europe doit apprendre, comme eux, à parler à tous. Et elle doit surtout apprendre à se dégager de son intellectualisme. La France est restée très cartésienne : il faut tout expliquer, y compris les plus grands mystères de Dieu. Or la foi ne s'explique pas ! La foi est un don de Dieu qui répond au oui de chacun. Et voilà ce que nous apprennent ces communautés : il faut se laisser saisir par l'amour de Dieu.

C'est pourquoi, en France comme en Europe, l'évangélisation nécessite un changement de paradigme au niveau des méthodes : il faut une annonce explicite, kérygmatique, de la Bonne Nouvelle du salut, à tous nos contemporains éloignés de Dieu, sans exception. Nous ne pouvons pas rester repliés sur nous-mêmes, sur nos paroisses, nos mouvements, nos associations, et nous devons sans cesse garder à l'esprit toutes les âmes qui attendent, à deux pas - de porte-à-porte ? - de chez nous, qu'on vienne leur parler du Christ. Evangéliser, ce n'est pas une affaire de sensibilité ou même d'émotion. Evangéliser, c'est avant tout aimer. Proposer une rencontre née d'une autre rencontre. Et c'est répondre à l'appel du Christ : « Allez par toutes les nations, faites des disciples, et baptisez-les, au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit » (Mt 28, 19).

Références :

Dieu est de retour, la nouvelle évangélisation de la France, éditions de l'Oeuvre, juin 2009, 280 pages, 20 €.

Le blog : http://www.dieuestderetour.com

Propos recueillis par Gisèle Plantec


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