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Prenons Eric Woerth Par L’Absurde

Publié le 11 juillet 2010 par Sagephilippe @philippesage

Woerth La Solitude.jpgOui, comme le claironne le titre de cet article, allons-y gaiement, et prenons le trésorier de l’UMP par l’absurde !
Pourquoi, me direz-vous ?
Pourquoi pas, vous répondrais-je !
Après tout c’est l’été, et dans une France en tongues, ma foi, je ne vois guère pourquoi nous prendrions quoi que ce soit au sérieux.
Non vraiment, je vous l’assure, l’absurde est la meilleure des voies. Et se marie extraordinairement bien avec le soleil et le sel. Il est également, l'absurde, gage de franche rigolade. Et comme nous en avons besoin, n’est-ce pas, de rire, de nous bidonner, de laisser, présentement, nos zygomatiques s’exprimer !
Ceci étant, j'aime autant vous prévenir : cet article est délicieusement scandaleux ! Mais à qui la faute, hein ? Qui a commencé à nous prendre pour des cons ?
Oh, bien sûr, et vous le comprendrez aisément, j’insiste bien sur le fait qu’il s’agit là d’absurdité. Notez-le en rouge. Et en gras, de préférence. Tant il est important de garder cette notion d’absurdité à l’esprit. C’est que, voyez-vous, dans un pays, qu’autrefois nous qualifions béatement des “Lumières” (qui, c’est clair, se sont éteintes depuis belle lurette) un pays disais-je où avec une promptitude qui me laisse songeur, l’on dégaine des mots pour le moins lourds de sens comme “fascistes” ou des références peu glorieuses, telle “la France des années 30”, je ne voudrais point qu’il y eût quelconque malentendu ou autre méprise. Comme dirait Nicolas Sarkozy, que ces aucuns gardent leur “sang-froid”. Ou se cassent à la plage. Et laissent la justice et la presse faire leur travail.
Bien.
Or, donc, prenons Eric Woerth par l’absurde. Notre ex-ministre du Budget (et futur ex-ministre du Travail) était, samedi en 10, en déplacement dans sa bonne petite ville de Chantilly. Les caméras (qu’il n’avait certainement pas conviées, n’est-ce pas ...) d’i>télé étaient là, le suivant, ternes mais amicales, dans son pèlerinage. Quand soudain, entre deux poignées de mains, notre homme déclara :
«Je fais de la politique depuis vingt ans ou vingt-cinq ans, on me connaît par cœur, chacun sa réputation, vous pouvez tricher pendant un an, vous ne pouvez pas tricher pendant vingt ans ou vingt-cinq ans, jamais.»
Comme on sent, n’est-ce pas, toute la détresse de cet homme dans cette phrase ! Ses tourments. Vrai, ce qu’il vit, cet homme “intègre”, “honnête”, même que, l’a pas "une tête à couvrir la fraude fiscale", c’est, reconnaissons-le, “insupportable” ! De fait, on peut comprendre qu’il dise des choses absurdes. Tellement, perdu, il est.
Car cette phrase, oui, est totalement absurde, ne trouvez-vous pas ?
Mais entrons, si vous le voulez bien, dans le vif.
Que nous dit, ou tente de nous dire, M. Woerth ?
Qu’ici, à Chantilly, on le "connaît par cœur". Comprendre qu’aucun charmant habitant de cette rupine commune de l’Oise ne pourrait imaginer qu’il puisse être un "tricheur". Tellement on le "connaît par cœur".
Et là, je sais, vous me dites : que voilà un bien faible argument !
Et comme vous avez raison ! Nous avons tous en tête ces petits reportages tournés par la télévision française, où, nous découvrons des citoyens hébétés, parfois même anéantis, qui avouent ne pas comprendre. Eux aussi, ils le connaissaient "par cœur", Marcel. C’était un mec bien. Honnête, ah ça oui ! Jamais, ô grand jamais, ils n’auraient pu penser que Marcel, mon Dieu Marcel, mais comment est-ce possible ?
Vous le voyez, hein, comme moi, ce petit reportage avec tous ces sympathiques micro-trottoir .. Et ces gens qui ne comprennent pas comment Marcel, ce type "honnête", "intégre", même que l’avait pas la tête à .. Eh oui .. Pourtant, c’est bien lui, Marcel, qu’a commis l’irréparable.
Je sais ! C’est absurde ! Mais ne vous ai-je pas prévenus ? Je vous prie, donc, de garder votre légendaire "sang-froid".
Toujours est-il que l’argument avancé, ce samedi après-midi, par M. Woerth est tout aussi faiblard qu’absurde.
Bon, pour amuser la galerie, notons également que M. Woerth nous refait le coup très cocasse, je dois dire, de :
On peut tromper mille personnes une fois, mais on ne peut pas tromper une personne mille fois”.
Et je vous prie encore une fois de garder votre "sang-froid". Le premier qui crie au "fascisme" est éliminé. Oui, éliminé. Comme le ridicule ne tue point, je préconise à la place : l’élimination. Démocratique, cela va de soi. J’ai le sens des valeurs voyez-vous !
Non, ce qui est plus embêtant, c’est ce passage : “On peut tricher pendant un an”.
Dans une République irréprochable, c’est absurde ! ... Non ?
Ceci dit, je conçois fort bien qu’avec tout ce qu’il endure, et qui touche de plein fouet sa famille, M. Woerth est à ce point désemparé que, voilà, il avoue que “on peut tricher pendant un an”. Peut-être est-ce une façon de parler. Je veux dire qu’il n’en pense pas un mot. Mais comment en être sûr ? Dois-je consulter Paul le Poulpe pour en avoir le cœur net ?
Ah, mais ne croyez pas que je chipote ou cherche je-ne-sais-quels-poux dans la tête du trésorier "intègre" de l’UMP. Juste, ce passage m’amuse et m'ébouriffe : “On peut tricher pendant un an”.
Or, donc, raisonnons par l’absurde. Puisque tel est le mode choisi.
On peut” signifierait que c’est possible ... Non ? Or, si c’est possible, pourquoi s’en priverait-on ?
Souvenez-vous, c’est comme le sketch hilarant de Coluche où qu’il cause des “milieux autorisés”. Des milieux où des politiques s’autorisent "des trucs".
- Qu’est-ce tu fais aujourd’hui ?
- J’sais pas, j’vais peut-être m’autoriser un truc.
Ben là, c’est pareil.
- Qu’est-ce tu fais cette année ?
- J’sais pas, j’vais peut-être tricher, tiens !
- Ah ouais ! Mais tu sais que t'as pas le droit de tricher plus d’une année sinon ça finirait par se voir ?
- T’inquiètes, j’suis au courant. Et puis, oh ? Est-ce que j’ai une tête à tricher plus d’une année ?
Reste à savoir ce que veut dire, très exactement le verbe “tricher” dans l’esprit de M. Woerth. Bourrer des urnes ? ... Non, ça c’est un truc de socialistes où à la fin, c’est Martine Aubry qui gagne.
Oh, j’avoue que je suis bien embarrassé. Tricher ? Sur quoi ? Aux dépens de qui ? Comment ça marche se serait écrié Michel Chevalet ?
C’est dingue, voyez-vous, il fait très beau, un temps à bâtir un putain de château de sable bling-bling sur une plage bretonne, et moi, comme un crétin, je suis là, avec cette ... – comment dire ? – cet aveu, peut-être, ou cette maladresse plus certainement :
On peut tricher pendant un an”.
Ça m’obsède.
Nonobstant, si nous continuons sur ce chemin, absurde, dois-je vous le rappeler, nous validerions le fait que, ma foi, même dans une République irréprochable, on peut tricher. Mais pas plus d’un an.
Et ensuite, il se passe quoi (comme dirait un tricheur prénommé Charles ..) ?
Eh bien, toujours par l’absurde, imaginons sur une période de 20 ou 25 ans, un relai, tel le relai 4x100m. Admettons que ça doit être du même ordre. Un politique lambda triche et, au bout d’un an, hop, il passe le bâton à un coéquipier (donc, de la même famille politique) qui, à son tour, triche pendant un an (mettons : sur les mêmes dossiers) et ainsi de suite.
Vous me suivez dans cette métaphore sportive ? Ce raisonnement complètement absurde ?
Et là vous dites, je sais : c’est bien joli, mais où va-t-on ?
Je vous répondrais que nous, on ne sait pas. Mais eux, ceusses qui courent avec le bâton, ils le savent.
Le problème c’est que si un des gars du relai se plante, logiquement, il va pas vouloir se planter tout seul. Il va balancer. Un tantinet.
- Oh mais moi, je f'sais juste que porter le bâton. C'est tout !
- Et qui vous l’a filé, ce bâton ?
- Ben … C’est machin, qui lui-même l’a hérité de truc, qui lui, l’avait hérité de Marcel.
- Marcel ? Cet homme "intègre", "honnête", qu’a pas la gueule à … Et que tout le monde "connaît par cœur" ?
- Ben oui.
Je sais, c’est absurde. Mais c’est l’été. Faut bien s’amuser un peu. Ça occupe. Mais tout de même, c’est fou non, jusqu’où une malheureuse phrase peut nous conduire ? Certes, et je suis pleinement d’accord avec vous : nulle part.
Mais c’est rigolo.
Ah, bel absurde, quand tu nous tiens !
Cela dit, maintenant qu’on s’est bien marré avec cette phrase venue de Chantilly, j’ai une question qui me taraude, et qui là, ne me semble pas le moins du monde absurde, et qui s’énonce ainsi :
A votre avis, combien de temps encore, vont-ils nous prendre pour des benêts de compétition ?


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