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La République adopte le 14 juillet comme jour de fête nationale annuelle

Publié le 14 juillet 2010 par Sd (blog Pour Convaincre)

On connaît rarement l'année - comme le dit Henri Martin, rapporteur au Sénat de la loi du 6 juillet faisant du 14 juillet une "journée Fête Nationale annuelle", "ce jour-là, le 14 juillet 1790, a fait, je ne veux pas dire l'âme de la France [...] mais la révolution a donné à la France conscience d'elle-même". 1880 - qui marque pour la France la consécration du 14 Juillet comme fête nationale. Voici les textes fondateurs :

En 1878, le ministère Dufaure avait fixé au 30 juin une fête parisienne en l'honneur de la République. Elle est immortalisée par un tableau de Claude Monet. Le 14 juillet 1879 prend un caractère semi-officiel. Après une revue des troupes à Longchamp (le 13 juillet), une réception est organisée le 14 à la Chambre des députés à l'initiative de Gambetta qui la préside, une fête républicaine a lieu au pré Catelan en présence de Louis Blanc et de Victor Hugo. Dans toute la France, note Le Figaro : "on a beaucoup banqueté en l'honneur de la Bastille" (16 juillet 1879). Le 21 mai 1880, Benjamin Raspail dépose une proposition de loi signée par 64 députés, selon laquelle " la République adopte comme jour de fête nationale annuelle le 14 juillet ". L'Assemblée vote le texte dans ses séances des 21 mai et 8 juin ; le Discussion du projet de loi ayant pour objet l'établissement d'une fête nationale est promulguée le 6 juillet 1880. Le ministre de l'intérieur prescrit aux préfets de veiller à ce que cette journée " soit célébrée avec autant d'éclat que le comportent les ressources locales ". Sénat l'approuve dans ses séances des 27 et 29 juin 1880 à la majorité de 173 contre 64, après qu'une proposition en faveur du 4 août eut été refusée.

célébrée cette année-là fut à la mesure de l'événement.

Programme de la fête nationale du 14 juillet 1880

Je n'ai pas la prétention de vous refaire l'histoire de cette grande année 1789 ; mais enfin, puisqu'on vient de faire ici le procès du 14 juillet, puisqu'on a symbolisé, dans ce petit acte de guerre qu'on appelle la prise de la Bastille (Rires ironiques à droite) et qui est un très-grand événement historique, tout l'ensemble de la Révolution, il faut bien que nous nous rendions compte, en quelques mots, de la situation où étaient alors Paris et la France.

M. le rapporteur . Nous avons le droit de l'espérer. Mais n'oubliez pas que, derrière ce 14 juillet, où la victoire de l'ère nouvelle sur l'ancien régime fut achetée par une lutte armée, n'oubliez pas qu'après la journée du 14 juillet 1789 il y a eu la journée du 14 juillet 1790. (Très-bien ! à gauche.)

L'ancienne royauté avait fait pour ainsi dire le corps de la France, et nous ne l'avons pas oublié ; la Révolution, ce jour-là, le 14 juillet 1790, a fait, je ne veux pas dire l'âme de la France, - personne que Dieu n'a fait l'âme de la France, - mais la Révolution a donné à la France conscience d'elle-même (Très-bien ! sur les mêmes bancs) ; elle a révélé à elle-même l'âme de la France. Rappelez-vous donc que ce jour-là, le plus beau et le plus pur de notre histoire, que d'un bout à l'autre du pays, les Pyrénées aux Alpes et au Rhin, tous les Français se donnèrent la main. Rappelez-vous que, de toutes les parties du territoire national, arrivèrent à Paris des députations des gardes nationales et de l'armée qui venaient sanctionner l'œuvre de 89. Rappelez-vous ce qu'elles trouvaient dans ce Paris : tout un peuple, sans distinction d'âge ni de sexe, de rang ni de fortune, s'était associé de cœur, avait participé de ses mains aux prodigieux préparatifs de la fête de la Fédération ; Paris avait travaillé à ériger autour du Champ-de-Mars cet amphithéâtre vraiment sacré qui a été rasé par le second empire. Nous ne pouvons plus aujourd'hui convier Paris et les départements sur ces talus du Champ-de-Mars où tant de milliers d'hommes se pressaient pour assister aux solennités nationales.

M. le rapporteur . Nous trouverons moyen de remplacer le Champ-de-Mars. Un peuple trouve toujours moyen d'exprimer ce qu'il a dans le cœur et dans la pensée ! Oui, cette journée a été la plus belle de notre histoire. C'est alors qu'a été consacrée cette unité nationale qui ne consiste pas dans les rapports matériels des hommes, qui est bien loin d'être uniquement une question de territoire, de langue et d'habitudes, comme on l'a trop souvent prétendu. Cette question de nationalité, qui a soulevé tant de débats, elle est plus simple qu'on ne l'a faite. Elle se résume dans la libre volonté humaine, dans le droit des peuples à disposer de leur propre sort, quelles que soient leur origine, leur langue ou leurs moeurs. Si des hommes associés de sentiments et d'idées veulent être frères, ils sont frères. Contre cette volonté, la violence ne peut rien, la fatalité ne peut rien, la volonté humaine y peut tout. Ce qu'une force fatale a fait, la libre volonté le défait. Je crois être plus religieux que personne en proclamant cette puissance et ce droit de la volonté humaine contre la prétendue force des choses qui n'est que la faiblesse des hommes. (Très-bien ! très-bien à gauche.)


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